Comparer la performance du Canada à celle d'autres pays peut nous apprendre beaucoup sur le dynamisme de notre économie et sur notre aptitude à maximiser les bienfaits économiques et sociaux de la recherche et des nouveaux produits, services, procédés et modèles de gestion. Nous avons des choix à faire et nous possédons des atouts que nous pouvons exploiter. Il y a cependant aussi certains domaines dans lesquels nous ne comptons pas parmi les meilleurs du monde. C'est normal, car aucun pays n'est premier en tout. Si nous voulons faire partie des tout premiers, nous devons savoir où nous nous situons maintenant, comprendre comment nous sommes arrivés là, décider ensemble dans quels domaines nous voulons exceller, agir en conséquence et, ensuite, mesurer constamment nos résultats.
Le Canada a du mal à suivre le rythme des meilleurs innovateurs. Quand nous nous comparons aux autres et que nous examinons notre performance au cours des années, nous constatons une amélioration modeste, mais nous voyons aussi que notre effort n'a pas été suffisant pour nous amener à la moyenne du G7, sans parler de devenir un leader mondial. Le Canada reste au milieu du groupe de 30 pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et il se classe sixième dans le G7 en ce qui concerne la proportion de R-D des entreprises par rapport au produit intérieur brut (PIB). L'une des constantes depuis 40 ans est que nos entreprises font globalement peu de R-D et de commercialisation.
Certaines caractéristiques purement canadiennes méritent qu'on s'y arrête. Le Canada a l'un des régimes d'incitation fiscale à l'innovation les plus généreux du monde, avec des crédits d'impôt de 3 à 4 milliards de dollars pour les activités de recherche scientifique et de développement expérimental (RS&DE). Quelque 80 % du capital-risque est utilisé dans les secteurs de l'information, des communications, de la technologie et de la pharmaceutique. Les politiques publiques et la réalité du monde des affaires ont fait de nos universités des centres de R-D plus importants que dans d'autres pays.
Cela dit, il importe de souligner que l'innovation englobe plus que la R-D. Beaucoup d'entreprises apportent de la valeur sur le marché en utilisant des connaissances qui ne découlent pas forcément de la R-D. Malheureusement, notre aptitude à mesurer ce type d'innovation est très limitée, car il s'agit de connaissances acquises en apprenant sur le tas et en collaborant à l'extérieur de l'entreprise.
Il y aura des changements profonds dans les économies nord-américaines et mondiales au cours des prochaines années à cause de la transformation de la structure industrielle et de l'émergence de nouvelles réalités économiques. La meilleure manière pour le Canada de s'adapter à ces changements, voire d'exceller dans ce contexte difficile, sera de veiller à ce que son économie soit souple, efficiente et dynamique. La complaisance n'est plus de mise si nous voulons bâtir une économie plus innovatrice, car cela exigera non seulement un engagement constant de nos ressources, mais aussi l'offre des bons stimulants et incitatifs à l'innovation, l'instauration d'une culture d'entreprise dans laquelle l'innovation est une source cruciale de valeur, et l'incitation de tous les éléments de notre système d'innovation à travailler ensemble afin de créer de la valeur pour tous les Canadiens.
Le CSTI s'est penché sur divers indicateurs du rendement des particuliers, des institutions et des entreprises, mais les indicateurs actuels ne sont pas suffisants. Par exemple, nous avons décidé de ne pas inclure dans ce rapport d'analyse plus détaillée de la R-D des entreprises par secteur car nous aurions dû fonder nos conclusions sur des données de 2002, les plus récentes dont on dispose à ce sujet.
Nous savons que les données présentées reflètent assez bien les activités d'innovation qui débouchent sur de nouveaux produits et procédés, mais traduisent mal celles qui débouchent sur de nouveaux modèles de gestion, de nouvelles pratiques commerciales ou de nouveaux marchés. Cela tient au fait que les enquêtes menées sur l'innovation dans les services, la fabrication et le secteur de l'exploitation des ressources naturelles sont relativement peu fréquentes et qu'il est souvent difficile de comparer les résultats internationaux par secteur.
Il y a aussi des limites à notre compréhension de la dynamique de la collaboration. Nos données nous permettent de calculer le nombre de collaborations par les entreprises ou les établissements de recherche publics, mais nous ne savons pas grand-chose sur la nature de ces collaborations. Nous ne savons pas non plus lesquelles sont couronnées de succès et lesquelles échouent, si elles diffèrent d'une industrie à l'autre, et dans quelle mesure elles concernent des entreprises nationales seulement ou ont un caractère mondial. Bon nombre de ces limites s'appliquent aussi aux données internationales sur les brevets, ce qui explique que nous n'en parlons pas dans ce rapport.
Une bonne partie des informations dont nous avons besoin pour analyser les changements profonds dans notre économie devra être obtenue au moyen d'enquêtes sur les projets d'innovation, les activités, les liens et les résultats. Ces enquêtes devront être assez régulières pour mettre les changements en lumière. Il appartient aux entreprises et aux gouvernements de réfléchir dès maintenant à la manière dont les statistiques officielles sont structurées et compilées. Ils ont besoin d'information pour mesurer l'incidence économique et sociale de l'innovation. Toutefois, cette information doit être obtenue en réduisant au minimum le coût pour les répondants, notamment les petites et moyennes entreprise (PME).
Le Canada peut s'enorgueillir d'avoir produit des scientifiques qui ont repoussé les frontières du savoir au profit de l'humanité. Les Canadiens ont fait des découvertes exceptionnelles et transformé des découvertes scientifiques en produits et services qui nous permettent de mieux vivre. Tout comme nous préparons nos athlètes à être les meilleurs, nous devons faire en sorte que nos scientifiques et nos entrepreneurs puissent apprendre en travaillant avec les meilleurs et en se mesurant à eux. Si la recherche et l'esprit d'entreprise canadiens reflètent le désir d'atteindre des niveaux d'excellence internationaux, ils continueront d'être une source de fierté et de prospérité nationales.
Pour l'avenir, nous recommandons que l'on prête attention aux questions qui suivent.
Tous les acteurs du système d'innovation ont un rôle à jouer pour renforcer les capacités du Canada en matière d'innovation. Selon le CSTI, le Canada possède de bonnes fondations sur lesquelles bâtir. Beaucoup de Canadiens montrent la voie à suivre, avec l'appui de tous les ordres de gouvernement. Si nous adaptons les meilleures pratiques internationales à notre contexte, si nous ciblons nos efforts nationaux, si nous surveillons attentivement les indicateurs clés du succès, si nous évaluons sans relâche l'efficacité de nos mécanismes de soutien à l'innovation et si nous agissons rapidement pour corriger nos faiblesses, le Canada sera capable de faire concurrence aux meilleurs.