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L'état des lieux en 2008

3. Fondements de l'innovation — Éléments du système d'innovation

3.3 Réalités et possibilités internationales

On innove partout dans le monde, et le Canada opère dans une économie mondiale. Les grandes entreprises sont multinationales et ont souvent des activités importantes dans de nombreuses régions du monde. Même les petites entreprises sont liées à la conjoncture internationale par leur chaîne d'approvisionnement et par les biens et services qu'elles exportent. Pour le personnel hautement qualifié, le marché du travail est à la fois transnational et très mobile. L'économie mondiale se caractérise par un grand nombre de nouveaux arrivants, venant de sources non traditionnelles, qui essaient de se trouver un créneau concurrentiel à l'échelle internationale. Cela avive la concurrence générale.

Au cours des dix dernières années, les S-T ont connu des changements, tant dans les façons de faire que dans les endroits de la planète où elles se font. Ces changements ont des répercussions sur la production et le commerce des biens et des services. Les usagers et les consommateurs sont les fers de lance de la demande en matière d'innovation. Parallèlement, l'accès à des outils d'information et de communication accélère le développement d'une économie de réseaux et l'instauration de nouveaux modèles de développement d'entreprises. Confrontées à des cycles de production de plus en plus courts et de plus en plus complexes, et ayant plus facilement accès à des employés très qualifiés et moins bien rémunérés dans d'autres pays, les entreprises font de moins en moins de R-D traditionnelle intra-muros. En concluant des alliances avec d'autres entreprises, elles ont tous les marchés du monde à leur portée. Les établissements d'enseignement supérieur, les différents ordres de gouvernement et les organismes de recherche à but non lucratif recherchent les meilleurs talents, idées et savoirs, où qu'ils se trouvent, afin de démultiplier leur capacité intra-muros et de créer une valeur économique et sociale. Les grandes initiatives de recherche scientifique engagent souvent plusieurs pays, chercheurs et entreprises. Il existe à cet égard un certain degré de collaboration au Canada, notamment pour des initiatives comme le SNOLAB et le TRIUMF. Le Canada participe également à des initiatives internationales partout dans le monde, par exemple, à l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire (le CERN) et dans le secteur des télescopes astronomiques, comme le Télescope Canada-France-Hawaï et les Observatoires Gemini Nord et Gemini Sud.

La Chine et l'Inde sont en train de devenir des concurrents et des collaborateurs clés. Selon l'OCDE, la Chine occupe aujourd'hui le troisième rang mondial pour ce qui est de l'investissement dans la R-D. Dans une étude récente de l'Economist Intelligence Unit sur les meilleurs pays où investir dans la R-D, l'Inde se classait au premier rang, suivie par les États-Unis et la Chine14.

Les échanges entre chercheurs d'avant-garde sur les avancées réalisées dans leurs secteurs respectifs contribuent au développement des connaissances. L'interaction des compétences et des idées, au niveau des chercheurs, donne lieu à un large éventail de recherches allant de celles dictées par la curiosité à celles plus proches de la commercialisation.

Le Centre canadien de rayonnement synchrotron et la collaboration internationale

Le Centre canadien de rayonnement synchrotron (CLS) de l'Université de la Saskatchewan, à Saskatoon, est le centre national du Canada pour la recherche sur le rayonnement synchrotron, lequel permet d'observer la microstructure des matériaux. On produit ce type de rayonnement très lumineux avec des aimants puissants et des ondes de fréquences radio qui font atteindre aux électrons quasiment la vitesse de la lumière. Les chercheurs du CLS en tirent des informations très précieuses sur des substances aussi variées que les sols, les résidus miniers, les minerais et les minéraux, les tissus biologiques, les aliments fonctionnels et les suppléments nutritifs, ce qui permet ensuite de mettre au point une large gamme de produits et de procédés novateurs qui contribuent à améliorer la vie des habitants de la planète.

Les titulaires de chaires de recherche Graham George et Ingrid Pickering, de l'Université de la Saskatchewan, utilisent le synchrotron du CLS pour faire des recherches qui ont des applications importantes. La contamination de l'eau de puits par l'arsenic naturel s'est traduite par l'empoisonnement de près de 100 millions de personnes au Bangladesh et dans le delta du Gange. Les sols de cette région ont une très faible teneur en sélénium, et le peu de sélénium ingéré est excrété par le corps dans la molécule arsenic-sélénium. Le sélénium est essentiel à l'homme. Les symptômes des carences en sélénium peuvent rappeler étrangement un empoisonnement à l'arsenic. George, Pickering et leurs collaborateurs ont pris pour hypothèse que les Bangladais souffraient non pas d'un empoisonnement à l'arsenic, mais en fait d'une carence en sélénium. L'équipe de chercheurs de l'Université de la Saskatchewan participe actuellement à des essais cliniques internationaux consistant à administrer des suppléments de sélénium aux Bangladais.

Les entreprises, les gouvernements et les établissements d'enseignement du Canada doivent avoir à l'interne la capacité d'assimiler et d'adapter des savoirs étrangers. Certes, le Canada profite des retombées de la R-D faite à l'étranger, mais il ne doit pas s'en contenter s'il veut faire preuve de leadership en matière d'innovation. Pour s'assurer que l'on fait de la R-D dans les secteurs importants pour lui, et pour mieux profiter des retombées des efforts internationaux, le Canada doit se doter d'une capacité en S-T susceptible à la fois d'atteindre l'excellence et d'aller la chercher là où elle se trouve.


14 Economist Intelligence Unit, Scattering the seeds of invention: The globalisation of research and development, 2004, p. 9.