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L'état des lieux en 2008

3. Fondements de l'innovation — Éléments du système d'innovation

3.6 Principaux secteurs d'exécution de la recherche-développement au Canada, et leurs rôles

Aucun secteur de l'économie ou de la société ne soutient à lui seul les sciences, la technologie et l'innovation au Canada. La figure 4 montre que le financement et l'exécution de la R-D sont assumés par différents partenaires dans les trois grands secteurs d'exécution, ainsi que par d'autres organismes de soutien, comme des organisations privées à but non lucratif.

Au Canada, les principaux secteurs d'exécution de la R-D sont :

  • Le secteur privé : Les entreprises privées représentent le secteur d'exécution le plus important, qu'il s'agisse de géants de la recherche ou de petites et moyennes entreprises. Les entreprises privées commercialisent des biens et des services innovateurs et renforcent leur avantage concurrentiel en mettant en place des procédés et des systèmes de pointe, voire révolutionnaires, qui accroissent leur efficacité. En 2006, ce secteur a investi 16,1 milliards de dollars dans la R-D, soit environ 56 % des dépenses totales qui lui sont consacrées au Canada.

    Les dépenses de R-D des principaux secteurs industriels du Canada étaient les suivantes : agriculture, exploitation forestière, pêche et chasse (115 millions de dollars); extraction minière, pétrolière et gazière (578 millions); services publics (318 millions); construction (69 millions); fabrication (8,6 milliards); et services (6,5 milliards). Le secteur de la fabrication et le secteur des services ont nettement assumé la majeure partie des dépenses de R-D au Canada. À l'intérieur de chacun de ces secteurs, cependant, un certain nombre d'industries ont assumé une part disproportionnée du total. En 2006, six grandes industries exécutant de la R-D représentaient près de la moitié (46 %) de toutes les dépenses consacrées à la R-D par le secteur privé. Ce sont : l'information et la culture (1,7 milliard de dollars); le matériel de communication (1,5 milliard); les services de R-D scientifique (1,2 milliard); la conception de systèmes informatiques et les services connexes (1,2 milliard); les produits pharmaceutiques et la médecine (1,1 milliard); et les produits et pièces détachées de l'aérospatiale (857 millions)20.

    Les indicateurs dont on dispose actuellement pour mesurer la R-D exécutée ne tiennent pas compte des achats d'équipement pour l'innovation ou de nouveaux procédés. Par exemple, l'utilisation d'un nouvel engrais ne serait pas considérée comme de la R-D agricole. En revanche, la mise au point de cet engrais représenterait une dépense en R-D dans l'industrie des produits chimiques. La recherche effectuée pour mettre au point une nouvelle machine automatisée de traitement du bois ne serait pas considérée comme une activité du secteur forestier, mais plutôt comme une dépense de l'industrie qui utilise la machine ou l'instrument. La mise en service de l'équipement n'apparaîtrait qu'à la rubrique des investissements en machines et matériel de l'industrie du bois, et dans les enquêtes sur l'innovation.

    Bon nombre d'entreprises canadiennes de haute technologie cherchent à occuper un créneau précis et fournissent des services et des produits pour divers marchés industriels verticaux, au Canada comme à l'étranger. Dans l'industrie de la conception des systèmes informatiques et les services connexes, par exemple, les entreprises peuvent produire des solutions informatiques personnalisées à l'intention de l'industrie des services financiers ou du secteur des ressources naturelles. Par ailleurs, un grand nombre d'entreprises canadiennes fabriquent du matériel de pointe pour la surveillance et le contrôle des procédés de fabrication. La R-D exécutée dans certaines industries peut conduire à des réingénieries dans d'autres industries qui ont adopté de nouveaux produits industriels et informatiques.

    L'industrie des services de R-D scientifique comprend les entreprises qui s'engagent dans des activités de R-D au Canada. La R-D prise en compte sous cette rubrique aurait peut-être davantage sa place dans d'autres domaines technologiques. Par exemple, les producteurs de semi-conducteurs sans usine de fabrication (c'est-à-dire les entreprises qui ne font que la recherche et la conception et font fabriquer en sous-traitance) sont souvent classés dans cette industrie. Or, si la fabrication est de plus en plus donnée en sous-traitance et à l'étranger, la part des dépenses totales inscrites sous la rubrique de l'industrie des services de R-D va certainement augmenter.

    Les grandes entreprises assument une part disproportionnée des dépenses de recherche-développement. En 2004, 17 222 entreprises ont déclaré avoir fait de la R-D au Canada. Les petites entreprises, celles dont les revenus sont inférieurs à 10 millions de dollars, représentaient 81 % des exécutants de R-D mais seulement 22 % de toute la R-D exécutée. En revanche, les très grandes entreprises, celles dont les revenus sont supérieurs ou égaux à 400 millions de dollars, représentaient seulement 1 % des exécutants de R-D mais 42 % de toute la R-D exécutée21. Se fondant sur des données de Statistique Canada et de RE$EARCH Infosource Inc., Douglas Barber et Jeffrey Crelinsten constatent qu'entre 1994 et 2001, seulement 228 entreprises au Canada pouvaient être considérées comme des chefs de file en R-D en ce sens qu'elles investissaient dans la R-D de 3 % à 50 % de leur chiffre d'affaires, soit 3 millions de dollars ou plus par an22.

  • Universités et collèges : On compte environ 400 universités et collèges au Canada23. Ces établissements remplissent divers rôles dans le système de l'innovation canadien. Elles préparent la prochaine génération de travailleurs qualifiés et très qualifiés et encouragent l'innovation par la recherche fondamentale et appliquée qu'elles entreprennent. Elles stimulent aussi la collaboration dans le cadre de réseaux et de partenariats nationaux et internationaux. Bon nombre de grands projets scientifiques canadiens, comme le Centre canadien de rayonnement synchrotron et NEPTUNE Canada, sont implantés dans des universités. En 2006, le secteur canadien de l'enseignement supérieur a exécuté pour environ 10 milliards de dollars de R-D, soit 34 % du total de la R-D au Canada24.
  • Organisations privées à but non lucratif : Ces organisations et établissements de recherche contribuent de plus en plus à la création d'une masse critique de compétences. Leur grande visibilité permet de sensibiliser la population à la R-D qui se fait au Canada. À en juger par les fonds et les initiatives philanthropiques que ces organisations réussissent à mobiliser, les Canadiens réagissent positivement aux efforts déployés dans ce sens. Des organismes de bienfaisance dans le domaine de la santé, par exemple, financent des travaux de recherche importants portant sur des maladies ou des besoins sanitaires particuliers. D'autres s'intéressent davantage aux besoins de l'industrie et travaillent sur des solutions ou coordonnent des activités de recherche sectorielles ou intersectorielles. En 2006, les organismes privés à but non lucratif ont exécuté pour environ 125 millions de dollars de R-D, soit 0,4 % du total de la R-D au Canada, et ils ont investi 830 millions de dollars dans la R-D25.
  • Secteur public : Les gouvernements fédéral et provinciaux ainsi que les administrations municipales mettent en œuvre des politiques et des systèmes d'incitatifs visant à encourager la R-D. Ils entreprennent des recherches conformément à leurs exigences réglementaires. Ils font aussi de la recherche fondamentale dans des secteurs d'importance locale, régionale ou nationale. Le secteur public peut également coordonner les activités de recherche d'autres intervenants, en offrant à d'autres acteurs des occasions de collaborer dans l'intérêt de tous. La R-D effectuée par les gouvernements représente une part importante de l'ensemble de l'innovation au Canada, mais le rôle du secteur public consiste surtout à financer la R-D, qui est ensuite exécutée par les autres secteurs.

En 2006, le gouvernement du Canada a investi directement quelque 5 milliards de dollars dans la R-D exécutée au Canada. La moitié de cette somme (environ 8,7 % du total de la R-D canadienne) a servi à financer des recherches menées dans des centres et des laboratoires du gouvernement du Canada. Les quelque 3 milliards de dollars restants ont été investis dans la R-D exécutée par des établissements d'enseignement supérieur, des entreprises privées et des organismes privés à but non lucratif. Les gouvernements provinciaux ont investi environ 1,4 milliard de dollars dans la R-D en 2006, dont un financement direct de 993 millions dans la R-D exécutée par des établissements d'enseignement supérieur26.


20Statistique Canada, tableau CANSIM 358-0024, Caractéristiques au titre de la recherche et développement dans les entreprises commerciales (DIRDE), selon le groupe d'industries basé sur le Système de classification des industries de l'Amérique du Nord (SCIAN); téléchargé le 23 décembre 2008. Nota : Le chiffre pour les produits et pièces détachées de l'aérospatiale est celui de 2005, celui de 2006 n'étant pas disponible.

21 Statistique Canada, Recherche et développement industriels : perspective 2007, septembre 2008, no de cat. 88-202-X, p. 17.

22 H. D. Barber et J. Crelinsten, The Economic Contribution of Canada's R&D Intensive Enterprises 1994-2001, RE$EARCH Infosource Inc., mars 2004, p. 3.

23 Statistique Canada, Registre des établissements postsecondaires et d'éducation des adultes, téléchargé en janvier 2009. Le chiffre regroupe les catégories « universités et établissements délivrant des diplômes » et « collèges et instituts ».

24 Statistique Canada, tableau CANSIM 358-0001, téléchargé le 17 décembre 2008.

25 Statistique Canada, tableau CANSIM 358-0001, téléchargé le 17 décembre 2008.

26 Statistique Canada, tableau CANSIM 358-0001, téléchargé le 17 décembre 2008.