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L'état des lieux en 2008

4. Recueil des indicateurs clés

4.2 Les indicateurs de développement et de transfert des connaissances au Canada

Les progrès scientifiques – de l'émergence de l'agriculture à la cartographie du génome humain – marquent les progrès humains. À mesure que les chercheurs en apprennent plus sur le monde, le bassin de savoir partagé formellement et informellement s'élargit. La découverte d'un chercheur donne une idée à un autre pour aller plus loin. Bien que les produits de la recherche scientifique soient notoirement difficiles à quantifier, il semble que les économies du savoir innovatrices, prospères et dynamiques ont en leur cœur un écheveau complexe d'interactions entre l'industrie, la communauté scientifique locale et le monde scientifique international. La recherche canadienne profite à l'économie canadienne en lui donnant le fondement d'innovations futures et, en même temps, elle contribue à l'avancement général de la science.

La recherche scientifique fondamentale se fait surtout dans les universités, mais le rôle de celles-ci évolue dans la mesure où beaucoup effectuent maintenant aussi de la recherche appliquée à des étapes ultérieures et à valeur commerciale plus immédiate. La nouvelle recherche économique met aussi en lumière le rôle important des universités comme centres de savoir jouant aussi le rôle de points de coordination de la recherche informelle entre les entreprises, les gouvernements et les universités, ainsi qu'entre les entreprises individuelles. Souvent, les professeurs d'université ont des contacts avec d'autres professionnels de la recherche au sein de réseaux mondiaux. Les universités intégrées à des réseaux internationaux peuvent être les voies d'acheminement du savoir mondial dans l'économie nationale.

Le Perimeter Institute : espace, temps, matière et information

Le Perimeter Institute for Theoretical Physics de Waterloo, en Ontario, est un organisme indépendant à but non lucratif de recherche scientifique et de rayonnement éducatif où des scientifiques internationaux se regroupent pour mieux comprendre les lois de la physique et formuler de nouvelles idées sur l'essence même de l'espace, du temps, de la matière et de l'information. Il a attiré et attire quelques-uns des esprits les plus brillants du domaine de la physique théorique, y compris Stephen Hawking, qui est l'un de ses nombreux titulaires internationaux d'une chaire de recherche. L'institut a été fondé en 1999 quand Mike Lazaridis, fondateur et co-directeur général de Research In Motion (RIM) – l'inventeur du désormais célèbre BlackBerryMC –, a voulu favoriser la recherche et l'innovation au Canada en faisant un don de 100 millions de dollars venant de sa fortune personnelle pour en assurer la création. Depuis lors, il a fait un autre don de 50 millions de dollars. Au cours des années, tous les ordres de gouvernement ont uni leurs efforts pour fournir une somme équivalente. En partenariat avec les gouvernements de l'Ontario et du Canada, le Perimeter Institute continue d'être un modèle de collaboration entre les secteurs privé et public dans la recherche scientifique et l'éducation.

Au Canada, la part de la R-D nationale totale exécutée par les universités est l'une des plus élevées de l'OCDE et elle se situe largement au-dessus de la moyenne du G7. En 2006, le tiers environ de toute la R-D du Canada se faisait dans les universités. La performance des universités canadiennes en R-D est également très élevée par rapport à la taille de l'économie canadienne. En 2006, comme le montre la figure 14, le Canada se classait au deuxième rang des pays de l'OCDE en ce qui concerne la R-D universitaire exprimée en proportion du PIB – seule la Suède le devançait –, et il se situait largement au-dessus des moyennes du G7 et de l'OCDE 57. Les politiques publiques canadiennes ont fait des universités des centres de R-D très importants et les carrefours de vastes réseaux de recherche. Il convient de souligner qu'il est difficile de comparer les États-Unis aux autres pays à cause des différences méthodologiques dans la manière dont les États-Unis compilent les données sur la recherche-développement dans les établissements d'enseignement supérieur58.

Figure 14 : R-D exécutée dans les établissements d'enseignement supérieur (2006)

Les résultats de la recherche scientifique, notamment de la recherche fondamentale généralement exécutée dans les universités, sont souvent rendus publics au moyen d'articles publiés dans des revues savantes après examen par les pairs. Ces publications peuvent donc aussi servir d'indicateurs de la performance d'un pays en matière de nouvelle recherche aux premières étapes, avant la commercialisation. Le taux de publication par chercheur canadien (englobant les sciences sociales, les sciences naturelles et le génie) est équivalent à la moyenne du G7. Il existe relativement peu de données internationales comparables sur les chercheurs universitaires en sciences naturelles et en génie mais, si l'on en juge par les données disponibles, il semble que les chercheurs canadiens dans ce domaine soient des auteurs relativement prolifiques. Les publications par chercheur canadien en sciences naturelles et en génie se situent dans le groupe de tête des pays pour lesquels on possède des données59.

On peut également utiliser les données sur les publications pour se faire une idée générale de la spécialisation scientifique d'un pays60. Cela se fait en comparant la proportion des publications dans un certain domaine dans le pays considéré à la proportion des publications dans ce même domaine dans un échantillon plus large de pays. Bien que la recherche dans certains domaines soit plus susceptible d'être publiée que dans d'autres, le pourcentage des publications d'un pays dans un domaine particulier par rapport au pourcentage comparable dans d'autres pays est un indicateur des domaines dans lesquels se concentre la recherche scientifique de ce pays.

La figure 15 montre qu'il y a une forte concentration relative de recherche canadienne publiée en biologie et en sciences de la Terre et de l'espace. Chacun de ces domaines comprend des sous-domaines. Par exemple, l'agriculture et les sciences alimentaires, les produits laitiers et les animaux, ainsi que l'écologie sont des sous-domaines de la biologie. Les sciences de la Terre et de l'espace comprennent les sous domaines de la géologie et des sciences environnementales. Ces spécialisations peuvent être interprétées comme étant le reflet de l'importance économique de l'agriculture et des ressources naturelles au Canada, et peut-être aussi d'une spécialisation canadienne dans les sciences environnementales et l'écologie. Une telle spécialisation peut indiquer des domaines d'excellence dans la recherche fondamentale que pourrait exploiter l'innovation canadienne. Il est à noter aussi que seules les grandes catégories des publications scientifiques sont saisies dans ces données. Or, il y a dans ces catégories de nombreuses spécialisations canadiennes au niveau des sous-domaines. Par exemple, bien que le Canada ait une spécialisation relative négative en génie et technologie, il a en réalité une forte spécialisation dans le sous-domaine du génie civil.

Figure 15 : Spécialisation canadienne, par domaine de publication

Les indicateurs fondés sur le nombre de publications (comme le nombre moyen de publications par chercheur et l'avantage scientifique symétrique révélé) ne donnent cependant qu'une image partielle de la réalité. Bien que le processus d'examen par les pairs empêche généralement la recherche non validée ou triviale d'être publiée, il existe néanmoins des variations considérables dans la qualité de la recherche publiée. Pour se faire une idée approximative de la qualité des documents scientifiques produits, on considère souvent le nombre de fois que ces documents sont cités comme sources. Comme toute autre mesure, cet indicateur n'est pas parfait, mais le nombre de fois qu'une communication scientifique est citée comme source d'idées par d'autres chercheurs peut être une indication de sa contribution à l'avancement scientifique.

L'Observatoire des sciences et technologies du Québec a conçu un Facteur d'impact relatif moyen (FIRM) qui est une mesure du taux national de publication dans les revues fréquemment citées par rapport au taux mondial moyen de publication dans ces revues, par discipline61. D'après cette mesure, la recherche canadienne est de très bonne qualité, puisque le FIRM du Canada est le sixième des pays de l'OCDE. La figure 16 montre que les domaines dans lesquels les articles de recherche canadiens ont eu le plus d'impact en 2006 (en comparaison avec la moyenne des pays de l'OCDE) étaient la médecine clinique, la chimie, la recherche biomédicale et la physique, ce qui porte à croire que les compétences scientifiques canadiennes sont solides dans ces domaines.

Figure 16 : Facteur d'impact relatif moyen par discipline : impact canadien par rapport à la moyenne des pays de l'OCDE

Ces dernières années, les communautés scientifiques de plusieurs pays en voie d'industrialisation ont commencé à faire leur marque, ce que traduisent leurs données de publication. La Chine et la Corée du Sud contribuent désormais de manière importante à la quantité mondiale de communications scientifiques publiées. Les publications de l'Inde (qui ont toujours été très nombreuses pour un pays en développement) connaissent aussi une croissance très rapide depuis le début des années 1990. Un phénomène semblable a été constaté dans plusieurs autres pays, dont la Turquie, Taïwan, le Portugal, le Brésil, le Mexique et la Pologne, pour n'en nommer que quelques-uns. L'émergence de ces pays est loin d'être une menace pour la science canadienne. En fait, c'est une opportunité. Si les chercheurs canadiens ont de bons contacts avec ces sources émergentes de nouveaux savoirs, ils peuvent les utiliser comme tremplins pour poursuivre leurs propres innovations. Voilà pourquoi il est important que les chercheurs et établissements de recherche canadiens fassent partie de réseaux mondiaux et non pas seulement régionaux, pour se tenir au courant des dernières découvertes scientifiques où qu'elles apparaissent.

Les indicateurs fondés sur des variables non seulement quantitatives mais aussi qualitatives, et donc moins tangibles, peuvent être utiles pour évaluer la position internationale des universités canadiennes. La réputation compte, et avoir des universités de recherche de première qualité et internationalement reconnues aide le pays à recruter et à garder les meilleurs chercheurs. Une bonne réputation peut aussi contribuer à la capacité de réseautage de l'université, peut améliorer les possibilités de collaboration et peut attirer des fonds de recherche et des bourses. Si les universités canadiennes jouissant d'une réputation internationale étaient plus nombreuses, la réputation internationale de notre enseignement supérieur serait consolidée. Deux sources sont fréquemment citées pour mesurer la qualité des universités : le classement mondial des universités de l'Université de Shanghai (Graduate School of Education, Shanghai Jiao Tong University Academic Ranking of World Universities) et le classement du Times Higher Education Supplement – Quacquarelli Symonds (THE-QS).

Dans le classement de Shanghai, les universités sont évaluées en fonction de quatre critères : qualité de l'enseignement, qualité du corps professoral, production de la recherche et taille de l'établissement. Ces facteurs reposent tous sur des données mesurées telles que les bourses accordées par enseignant et les citations. En 2008, selon le classement de Shanghai, le Canada comptait quatre universités dans les 100 premières : l'Université de Toronto (24e), l'Université de la Colombie-Britannique (35e), l'Université McGill (60e) et l'Université McMaster (89e)62.

En ce qui concerne le THE-QS, il comprend à la fois des mesures quantitatives (comme le nombre de citations par enseignant) et qualitatives (comme l'opinion des universitaires interrogés). Parmi les 100 premières universités du THE-QS en 2008, on trouve cinq universités canadiennes : l'Université McGill (20e), l'Université de la Colombie-Britannique (34e), l'Université de Toronto (41e), l'Université de l'Alberta (74e) et l'Université de Montréal (91e)63.

En plus de produire des classements généraux, le THE-QS produit des classements des universités dans diverses catégories. Les universités canadiennes semblent se classer beaucoup mieux dans certaines catégories que dans d'autres. Ainsi, en sciences naturelles, le Canada place sept universités dans les 100 premières (Université de Toronto, 9e; Université de la Colombie-Britannique, 20e; Université McGill, 22e; Université de Waterloo, 42e; Université de l'Alberta, 51e; Université McMaster, 82e; Université de Montréal, 91e). En technologie, le Canada compte huit universités dans les 100 premières (Université de Toronto, 10e; Université McGill, 18e; Université de la Colombie-Britannique, 22e; Université de Waterloo, 30e; Université de l'Alberta, 46e; Université McMaster, 79e; Université de Montréal, 87e; Université de Calgary, 90e). En sciences de la vie et biomédecine, il en place sept (Université McGill, 10e; Université de Toronto, 13e; Université de la Colombie-Britannique, 14e; Université de l'Alberta, 45e; Université McMaster, 52e; Université de Montréal, 60e; et Université Dalhousie, 90e).

Il y a un certain nombre de différences entre les méthodologies et les sources de données utilisées pour ces deux classements, ce qui explique les différences de classement des universités64. Par exemple, le THE-QS se fonde sur des données calculées au prorata, le plus souvent corrigées pour tenir compte de la taille de l'établissement. Dans bon nombre des catégories du classement de Shanghai, seuls les chiffres bruts sont pris en compte – on ne tient pas compte de la taille. En outre, dans le classement, on attribue 40 % de la valeur indexée à la recherche, contre 20 % dans le THE-QS, et on attribue 40 % pour les enseignants lauréats d'une médaille Fields ou d'un prix Nobel65.

Bien que ces classements donnent une certaine idée de la manière dont les universités canadiennes sont perçues à l'étranger et de leur rendement individuel en fonction de certaines mesures, l'utilité de ces indices pour faire des comparaisons internationales reste limitée. L'Allemagne, par exemple, place six de ses universités parmi les 100 premières du classement de Shanghai, contre quatre pour le Canada. En revanche, l'université canadienne la mieux placée arrive avant l'université allemande la mieux placée. Cela étant, lequel des deux pays a le meilleur système universitaire? Autre exemple : la Finlande n'a qu'une université dans les 100 premières mais, comme le Canada a six fois plus d'habitants que la Finlande, doit-on en conclure que le système universitaire finlandais est meilleur que le système canadien? De plus, comme l'OCDE l'a récemment souligné, ces indicateurs ne mesurent pas d'autres aspects importants de la qualité d'une université, comme la qualité des programmes d'études ou des travaux effectués lors des cours66.

Dans son enquête auprès des cadres d'entreprise, le Forum économique mondial place très haut la qualité des établissements de recherche scientifique canadiens (comprenant les universités et les laboratoires gouvernementaux). Dans l'enquête de 2008-2009, ces établissements se situaient au quatrième rang mondial, avant tous les pays du G7 sauf les États-Unis67.

Bien que le tableau général soit inégal, la prépondérance des résultats permet de penser que beaucoup d'universités canadiennes sont des établissements scientifiques de premier ordre. Toutefois, dans une économie du savoir, on ne pense pas qu'il soit suffisant que les universités d'un pays produisent de la recherche scientifique de pointe de manière isolée. De plus en plus d'études portent à croire que l'établissement de liens véritables entre les trois principaux secteurs de financement et de réalisation de l'innovation contribue de manière significative au succès d'un système national d'innovation, surtout comme mécanisme de transfert des S-T dans la sphère commerciale68, 69. Or, si l'on examine le réseautage des universités du Canada avec les autres secteurs de l'économie canadienne, la situation est relativement ambiguë.

L'université de la Colombie-Britannique et MIV Therapeutics : travail d'équipe transfrontalier pour combattre les maladies du cœur

Bon nombre d'universités canadiennes établissent et consolident des liens avec les entreprises et cimentent ainsi leur rôle de centre de réseaux de recherche et d'« université entrepreneuriale ». Tout en constituant de solides réseaux locaux et nationaux, les universités canadiennes deviennent peu à peu des centres de réseaux internationaux en enseignement et en recherche et profitent des collaborations transfrontalières pour résoudre des problèmes scientifiques et technologiques.

Des recherches réalisées en commun avec l'appui du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, de l'Université de la Colombie-Britannique (UBC) et de MIV Therapeutics (Géorgie) ont débouché sur la mise au point d'une nouvelle technologie qui permet aux médecins d'implanter chirurgicalement des appareils minuscules pour tenir ouvertes des artères occluses sans déclencher de rejet par le système immunitaire. En 2008, ce travail de pionnier a valu à MIV Therapeutics et aux chercheurs de l'UBC le Frost & Sullivan North American Technology Innovation Award dans le domaine de la cardiologie interventionnelle.

On utilise le financement par les entreprises de la R-D du secteur universitaire (voir la figure 17) comme indicateur indirect des liens entreprises-universités en R-D 70. La part de la R-D universitaire canadienne qui est financée par les entreprises est l'une des plus élevées du monde. La proportion de la R-D des universités canadiennes financée par les entreprises par rapport à la R-D totale financée par les entreprises est également très élevée par rapport aux autres pays de l'OCDE71.

Figure 17 : Part de toute la recherche financée par les entreprises qui est exécutée par le secteur de l'enseignement supérieur (moyenne 2003-2006)

Les raisons précises du niveau relativement élevé de ce type d'interfinancement de la R-D au Canada ne sont pas claires, étant donné que les informations qualitatives internationalement comparables sur le financement par les entreprises de la R-D des universités sont rares72. Au Canada, cependant, on dispose de certaines informations sur plusieurs facteurs qui mènent à la collaboration des entreprises avec les universités pour la R-D. L'utilisation d'universités comme partenaires de recherche varie considérablement selon l'industrie et le type d'entreprise. Dans le secteur des produits pharmaceutiques et de la fabrication d'instruments médicaux, par exemple, les entreprises sont plus susceptibles de voir dans les universités des sources importantes de savoir que dans le secteur de la fabrication de produits en plastique et en caoutchouc. Certains chercheurs canadiens pensent que les entreprises les plus susceptibles d'œuvrer en partenariat avec les universités sont aussi plus susceptibles d'être de grandes entreprises, plus tributaires de l'innovation technologique pour assurer leur compétitivité73. Selon d'autres chercheurs, peu d'entreprises ont les ressources nécessaires – qu'il s'agisse de connaissances, de compétences ou d'équipement dispendieux – pour atteindre par elles-mêmes leurs objectifs d'innovation, ce qui porte à croire que réduire les coûts est un motif important de la collaboration entreprises-universités en R-D74. Selon d'autres encore, bien que les coûts soient certainement un facteur incitant les entreprises à collaborer avec les universités, l'incitatif le plus important est l'accès aux compétences en recherche et à des compétences critiques75.

Le Conference Board du Canada constate que les entreprises collaborent avec les universités et les établissements de recherche publics pour diverses raisons, dont les suivantes : la crédibilité des partenaires (atout précieux pour le marketing); les possibilités de contacts avec les chercheurs d'un réseau mondial; l'amélioration des connaissances et des capacités de leur personnel de recherche interne grâce aux activités de collaboration; l'accès à des talents universitaires spécialisés; et la possibilité de repérer et de recruter des étudiants en recherche prometteurs76. Outre ces avantages apparents de la collaboration avec les universités, certaines données montrent que les entreprises qui collaborent avec les universités ont tendance à produire des innovations plus originales que celles qui ne collaborent pas77. Si les universités et entreprises canadiennes collaborent beaucoup entre elles, ce devrait être un avantage concurrentiel pour le Canada.

Toutefois, la situation à ce sujet n'est pas claire. Bien que les entreprises dépensent une proportion relativement élevée de leurs budgets de recherche dans les universités, l'OCDE place le Canada vers la fin de son classement des pays d'après la proportion des entreprises collaborant avec les universités pour la R-D78. Dans l'enquête du Forum économique mondial auprès des cadres, une proportion relativement faible de cadres canadiens exprime un avis positif sur l'état de la coopération entre les universités et les entreprises au Canada79. Ces constats différents appellent un examen plus approfondi, non seulement du nombre d'entreprises qui collaborent avec les universités, mais aussi de ce que pensent les entreprises de cette collaboration. La collaboration des universités et des entreprises à des projets de recherche est l'une des manières par lesquelles le savoir produit dans les universités peut être transféré dans la sphère commerciale, mais ce n'est pas la seule. Une entreprise peut aussi acheter une licence d'utilisation de la propriété intellectuelle issue de la recherche universitaire. Une autre méthode de commercialisation importante est la création de petites entreprises dérivées de la recherche universitaire qui font elles-mêmes beaucoup de recherche.

Les licences en technologie sont utiles pour transférer des connaissances entre les établissements de recherche publics et le secteur privé. Le nombre de licences en technologie aide également à mesurer la concordance entre la recherche exécutée par des organisations ou des établissements de recherche et les besoins de l'industrie. Par rapport aux États-Unis, le revenu de licences du Canada par dollar de recherche commanditée semble être resté relativement faible au cours des 10 dernières années. Bien que l'économie américaine soit 10 fois plus grande environ que celle du Canada, son revenu de licences total est plus de 30 fois supérieur80.

Les entreprises dérivées des universités sont de petites entreprises fondées sur la recherche universitaire et généralement dirigées, au moins au départ, par les chercheurs universitaires qui ont fait les découvertes. Ce sont des véhicules de commercialisation de la recherche universitaire. Pour parler simplement, ce sont les mécanismes par lesquels la recherche scientifique exécutée dans les universités entre directement dans le secteur privé. Cette recherche est alors transformée en produits et services commercialisables, ce qui crée une valeur économique tangible.

En 2003, dernière année pour laquelle Statistique Canada dispose de données, 1 350 entreprises dérivées d'universités étaient actives au Canada81. Une analyse de 2005 de la performance des entreprises canadiennes dérivées révèle que, par rapport à la taille de son économie, le Canada possède l'un des taux les plus élevés au monde de création d'entreprises dérivées82. En outre, des recherches effectuées dans le cadre du Programme d'aide à la recherche industrielle du Conseil national de recherches du Canada portent à croire que les entreprises dérivées des universités sont susceptibles de maintenir des partenariats de R-D solides et productifs avec les universités durant leur développement83.

DALSA Corporation : la technologie canadienne sur Mars

DALSA Corporation est une entreprise dérivée créée en 1980 comme société d'experts-conseils spécialisée dans le domaine émergent des semi-conducteurs photoélectriques. La recherche initiale avait été appuyée par le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG) et l'appui de départ à l'entreprise dérivée avait été fourni par les services de développement d'entreprises de l'université-mère, par le gouvernement de l'Ontario et par des fonds privés de capital-risque. La recherche fondamentale financée par le CRSNG a débouché sur d'autres collaborations de R-D avec le Conseil national de recherches du Canada et d'autres organismes du gouvernement fédéral. Les compétences des chercheurs de DALSA leur ont valu une reconnaissance internationale et, comme DALSA a fourni des services de recherche sur des projets de capteurs d'images à diverses entreprises nationales et internationales, sa réputation n'a cessé de grandir, tout comme l'entreprise elle-même. En 2004, des capteurs d'images sur puces électroniques fabriqués dans les locaux de DALSA à Bromont et embarqués à bord des véhicules télécommandés sur Mars « Spirit » et « Opportunity » ont renvoyé sur Terre des images en couleur de la plus haute résolution jamais prise sur une autre planète.

Il ressort de l'enquête annuelle de 2006 de l'Association of University Technology Managers sur le transfert technologique que le taux de formation d'entreprises dérivées des universités au Canada baisse régulièrement depuis quelques années84. S'il est vrai, comme le suggèrent certaines recherches canadiennes, que les entreprises dérivées sont un mécanisme important de commercialisation de la recherche universitaire, il semble indispensable d'effectuer une analyse plus approfondie du déclin apparent de la création d'entreprises dérivées des universités.

Dans les pays de l'OCDE, les entreprises et d'autres organismes non gouvernementaux financent de plus en plus la recherche universitaire, mais les gouvernements restent la source principale de financement de la R-D pour les universités. Au Canada, le financement public de la R-D universitaire a connu une croissance particulièrement forte et il augmente chaque année depuis 1997 en proportion du PIB (mais le financement de la R-D universitaire par les entreprises augmente encore plus rapidement). Les universités reçoivent la majeure partie du financement de la de R-D octroyé par le gouvernement du Canada à des entités externes.

En proportion du PIB, le financement de la R-D universitaire par le gouvernement du Canada est supérieur à la moyenne du G7, ce qui concorde avec la contribution généralement importante des universités canadiennes à la R-D nationale. Le financement public de la R-D des universités du Canada (comprenant le financement direct et indirect) a décollé vers 1997-1998. Alors que le Canada se situait à l'avant-dernier rang des pays du G7 de 1989 à 1997 pour ce financement (en proportion du PIB), il a enregistré le taux de croissance le plus élevé du G7 entre 1997 et 2005. Cette croissance rapide des fonds publics octroyés aux universités est la principale raison pour laquelle les universités du Canada occupent aujourd'hui une place tellement importante dans le système national d'innovation. Le financement direct de la R-D universitaire est devenu l'élément le plus important du financement de la R-D par le gouvernement du Canada, et il représentait en 2007 près de 50 % des dépenses fédérales totales en R-D. En outre, ce total ne comprend pas le financement public indirect de la R-D universitaire par le biais des fonds généraux accordés aux universités. Si l'on ajoute cet élément de financement indirect, le total des transferts gouvernementaux pour la R-D des universités est encore plus élevé85.

Même avant de prendre en compte le crédit pour la RS&DE, le tiers environ de la R-D canadienne est exécuté ou financé par des sources gouvernementales86. Cela est très proche de la moyenne du G7. Par rapport à la taille de l'économie canadienne, cependant, l'investissement du gouvernement du Canada dans la R-D, même s'il est proche de la moyenne de l'OCDE, est largement inférieur à celui des États-Unis et il arrive loin derrière la moyenne du G7. Il arrive également derrière le niveau de l'investissement public dans la R-D de pays extrêmement innovateurs, comme la Suède, la Finlande et la Corée du Sud87.

L'hydrogène et les piles à combustible

Les applications potentielles de l'hydrogène et des piles à combustible sont innombrables : propulsion d'une grande variété de véhicules, source d'alimentation de secours, alimentation des téléphones cellulaires et des ordinateurs portatifs, chauffage des hôpitaux et des maisons.

En 1997, moins de 20 entreprises menaient des recherches sur l'hydrogène et les piles à combustible. Aujourd'hui, ce secteur regroupe au Canada plus de 100 entités, dont plusieurs entreprises de développement de la technologie fondamentale. Les capacités canadiennes en hydrogène et en piles à combustible s'étendent dans tout le pays, dans des villes comme Victoria, Vancouver, Calgary, Toronto et Montréal. Des grappes de sociétés de propulsion par hydrogène et par piles à combustible, comprenant des fournisseurs, des créateurs d'infrastructures et des fournisseurs de services, contribuent à accélérer la commercialisation en regroupant les talents et en concentrant les efforts. Les technologies canadiennes de l'hydrogène et des piles à combustible se vendent aujourd'hui pour des applications telles que les chariots élévateurs (États-Unis), les systèmes d'alimentation de secours en télécommunications (États-Unis et Allemagne), les systèmes de cogénération domiciliaire (Japon) et les autobus (Canada, États-Unis et Europe).

Centre de recherches sur les communications Canada : un laboratoire gouvernemental dans un réseau international

Emmy Award décerné au CRC
Emmy Award décerné au CRC

Le Centre de recherche sur les communications Canada (CRC), à Ottawa, est l'organisme du gouvernement du Canada qui aide le pays à rester à l'avant-garde des technologies de communications. Le CRC appuie les clients gouvernementaux dans des domaines prioritaires tels que la défense nationale, la sécurité publique et les communications spatiales. En outre, le CRC dispense des avis pour l'élaboration des politiques publiques. Il apporte une contribution aux niveaux national et international, puisque ses recherches servent à l'élaboration de règlements et de normes.

L'un des exemples éclatants du rôle du CRC a été sa contribution à la normalisation du système de télévision numérique ATSC. À partir du 31 août 2011, date du basculement, les téléspectateurs du Canada entreront dans la nouvelle ère de la télévision numérique. Aux États-Unis, le basculement se fera en 2009. Le CRC a obtenu un Emmy Award pour sa contribution à l'élaboration de la norme de la télévision numérique.

Le CRC collabore avec des partenaires du monde entier. Par exemple, il a collaboré avec le Centre for Development of Telematics de l'Inde à la construction d'un système radio cognitif WiMAX pour amener les communications sans fil à large bande dans les collectivités rurales, et avec l'Electronics and Telecommunications Research Institute de la République de Corée dans le secteur de la vidéo 3D.


En plus de financer la recherche dans des entités externes, les gouvernements financent et exploitent leurs propres laboratoires de recherche. Au Canada, ces laboratoires effectuent de la recherche pour assurer la conformité réglementaire, c'est-à-dire pour assurer la santé des Canadiens ainsi que la sécurité et la fiabilité des nouveaux produits. Les laboratoires gouvernementaux effectuent également de la recherche fondamentale et appliquée dans certains domaines stratégiques. Bien que la principale contribution financière du gouvernement à la recherche au Canada se fasse sous forme de financement de la R-D, qui est réalisée par les universités (et dans une moindre mesure par les entreprises)88, la recherche réalisée intra-muros par les gouvernements est une caractéristique importante du système d'innovation du Canada.

La figure 18 montre que, par rapport aux pays du G7, les laboratoires gouvernementaux du Canada reçoivent relativement moins de fonds en proportion du PIB et que l'écart entre le Canada et la moyenne du G7 s'est creusé au cours des années. En 1990, la R-D réalisée dans les laboratoires gouvernementaux canadiens, en proportion du PIB, se situait environ 14 % en dessous de la moyenne du G7. En 2006, l'écart avoisinait les 31  %89.

Figure 18 : R-D gouvernementale intra-muros en proportion du PIB, au Canada et dans le G7

57 OCDE, Principaux indicateurs de la science et de la technologie, 2008/1.

58 Association des universités et collèges du Canada (AUCC), Tendances dans le milieu universitaire, Volume 3 : Finances, p. 53.

59 Observatoire des sciences et technologies, Publications 2008, 2008/9; OCDE, Personnel de R-D par secteur d'emploi et par profession, téléchargé en octobre 2008.

60 M. Cincera, « Brain Drain, Brain Gain and Brain Exchange: The Role of MNEs in a Small Open Economy », dans A. Spithoven et P. Teirlinck (dir.), Beyond Borders: Internationalisation of R&D and Policy Implications for Small Open Economies, Bruxelles, Elsevier, 2005, p. 179-206.

61 Observatoire des sciences et technologies, Publications 2008, 2008/9.

62 Graduate School of Education (anciennement l'Institute of Higher Education), Shanghai Jiao Tong University, Academic Ranking of World Universities — 2008, août 2008.

63 Times Higher Education Supplement, World University Rankings 2008, 2008/10.

64 Dans le classement de Shanghai, les universités sont classées selon plusieurs indicateurs de rendement académique ou de recherche, dont le nombre total d'anciens étudiants et d'enseignants ayant obtenu un prix Nobel ou une médaille Fields, le nombre total de chercheurs fréquemment cités, le nombre total d'articles publiés dans Nature et Science au cours des cinq dernières années, le nombre total d'articles répertoriés dans les principaux index de citations au cours de l'année précédente, et la performance académique de l'établissement par personne. Pour chaque indicateur, l'établissement obtenant le score le plus élevé reçoit la note 100 et les autres reçoivent une note calculée en pourcentage du score le plus élevé. On examine ensuite la distribution des données pour chaque indicateur afin de repérer tout effet de distorsion important et on utilise des techniques statistiques standard pour neutraliser cet effet, s'il y a lieu. À l'origine, le classement mondial des universités du THE-QS visait à parvenir à une évaluation holistique des universités pour faire des comparaisons internationales. Dans ce but, quatre critères principaux ont été retenus (qualité de la recherche, employabilité des diplômés, perspectives internationales et qualité de l'enseignement). Les indicateurs employés pour évaluer ces critères sont l'examen par les pairs (pondéré par région), l'examen par les recruteurs (pondéré par région), le ratio étudiants-enseignants, les citations par enseignant au cours des cinq dernières années (en tenant compte de la taille de l'établissement), la proportion d'enseignants internationaux et la proportion d'étudiants internationaux. Pour chaque indicateur, l'établissement obtenant le score le plus élevé reçoit la note 100 et les autres reçoivent une note calculée en pourcentage du score le plus élevé. On examine ensuite la distribution des données pour chaque indicateur afin de repérer tout effet de distorsion important et on utilise des techniques statistiques standard pour neutraliser cet effet, s'il y a lieu. Les scores pour chaque indicateur sont pondérés pour arriver à un score global final par établissement. L'établissement obtenant le score le plus élevé reçoit la note 100 et les autres reçoivent une note calculée en pourcentage du score le plus élevé.

65 OCDE, Sortir du rang, L'Observateur de l'OCDE, no 269, octobre 2008.

66 OCDE, Sortir du rang, L'Observateur de l'OCDE, no 269, octobre 2008.

67 Forum économique mondial, Global Competitiveness Report 2008–2009.

68 P. Shapira et J. Youtie, « Building an innovation hub: A case study of the transformation of university roles in regional technological and economic development », Research Policy, vol. 37, no 8 (2008), p. 1188-1204.

69 A. Bramwell et D. Wolfe, « Universities and Regional Economic Development: The Entrepreneurial University of Waterloo », Research Policy, vol. 37, no 8 (2008), p. 1175-1187.

70 J. Rosa et P. Mohnen, Transfert de connaissances entre les entreprises canadiennes et les universités : Est-ce que la distance compte?, CIRANO – Publication scientifique no 2008s-09, mars 2008.

71 OCDE, Principaux indicateurs de la science et de la technologie, 2008/1; OCDE, Statistiques de l'OCDE, dépenses intérieures brutes en R-D par secteur d'exécution et source de financement, consulté en octobre 2008.

72 Une des raisons mentionnées pour expliquer le niveau élevé de financement privé de la R-D universitaire au Canada est le grand recours au personnel de recherche des universités à titre d'experts-conseils par l'industrie canadienne. Voir D. Cooper, The Facts on University Spin Offs. Présentation à l'Alliance canadienne pour la commercialisation des technologies, le 8 novembre 2005.

73 P. Hanel et M. St-Pierre, « Industry–University Collaboration by Canadian Manufacturing Firms », Journal of Technology Transfer, vol. 31, no 4, juillet 2006, p. 485-499.

74 HAL Technology Management, Strategy and Economics, Review of Programs Supporting Collaborations between Higher Education and Industry, préparé pour la Direction de la politique de R-D en enseignement supérieur, Industrie Canada, 2008.

75 P. Hanel et M. St-Pierre, « Industry–University Collaboration by Canadian Manufacturing Firms », Journal of Technology Transfer, vol. 31, no 4, juillet 2006, p. 485-499.

76 Conference Board du Canada, Annual Innovation Report 2006; Lessons in Public-Private Research Collaboration: Improving Interactions Between Individuals, 2006.

77 P. Hanel et M. St-Pierre, « Industry–University Collaboration by Canadian Manufacturing Firms », Journal of Technology Transfer, vol. 31, no 4, juillet 2006, p. 485-499.

78 OCDE, Science, technologie et industrie : Tableau de bord de l'OCDE 2007.

79 Forum économique mondial, Global Competitiveness Report 2008–2009, 2008.

80 Association of University Technology Managers, AUTM Canadian Licensing Activity Survey, FY 2006 (2007); Association of University Technology Managers, AUTM US Licensing Activity Survey, FY 2006. (2007).

81 M. Bordt et L. Earl, Transfert de technologie du secteur public au Canada, 2003, statistique Canada, no de catalogue 88F0006X1F – no 018 (novembre 2004).

82 D. Cooper, « University Spin Off Firms and High Growth Firms in Canada », Bulletin de l'APEC, no 3, juin 2007.

83 CRSNG, Research Means Business: A directory of companies built on NSERC-supported university research, 2005 (ce document fait allusion à une étude du PARI, sans citation).

84 Association of University Technology Managers, AUTM Canadian Licensing Activity Survey, FY 2006 (2007).

85 OCDE, Statistiques de l'OCDE, dépenses intérieures brutes en R-D par secteur d'exécution et source de financement, oct. 2008.

86 Cela comprend le financement public fédéral et provincial des laboratoires gouvernementaux, le financement public indirect de la R-D universitaire, et le financement public direct de la R-D d'entreprise.

87 Il convient de souligner qu'aux États-Unis, les dépenses de R-D de la défense représentent une part considérable du financement public de la R-D (quelque 58 % des affectations budgétaires totales du gouvernement américain pour la R-D en 2006). OCDE,Statistiques, dépenses intérieures brutes en R-D par secteur d'exécution et source de financement, oct. 2008; OCDE, Principaux indicateurs en sciences et en technologie, 2008/1.

88 Statistique Canada, tableau CANSIM 358-0001, Les dépenses intérieures brutes en recherche et développement, selon le type de science et selon le secteur de financement et le secteur d'exécution, oct. 2008.

89 OCDE, Statistiques de l'OCDE, dépenses intérieures brutes en R-D par secteur d'exécution et source de financement, oct. 2008.