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L'état des lieux en 2012

Chapitre 2 : Comprendre les sciences, la technologie et l’innovation


Avant d’examiner la situation du Canada au chapitre de son rendement en sciences, en technologie et en innovation (STI), il est important de comprendre le contexte dans lequel cette situation s’inscrit. Il est utile de définir d’abord « les sciences et la technologie (S-T) », « la recherche-développement (R-D) », ainsi que « l’innovation », puis d’expliquer leur importance pour le bien-être économique et sociétal des Canadiens. De plus, il faut décrire les principaux intervenants de l’écosystème canadien des STI ainsi que les caractéristiques distinctives des STI modernes.

Définir les notions

Conformément à la pratique internationale, les activités scientifiques et technologiques englobent le développement, la diffusion et l’application de nouvelles connaissances scientifiques et technologiques. À des fins statistiques, ces activités sont réparties en recherche et en développement expérimental (c’est-à-dire la R-D), qui est l’activité centrale, et en activités scientifiques connexes (ASC). Les ASC, menées principalement par les gouvernements et leurs agents, comprennent des activités comme l’aide à l’éducation, les sondages techniques, les enquêtes statistiques, les services d’information, les études et les services spéciaux ainsi que les services muséaux.

Les rapports de 2008 et de 2010 sur L’état des lieux du Conseil des sciences, de la technologie et de l’innovation (CSTI) contenaient la définition de la R-D du Manuel de Frascati publié par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en 2002 et celle de l’innovation du Manuel d’Oslo publié par l’OCDE et Eurostat en 2005.

Selon le Manuel de Frascati (2002), la R-D englobe trois activités : la « recherche fondamentale », qui consiste en des travaux expérimentaux ou théoriques entrepris principalement en vue d’acquérir de nouvelles connaissances sur les fondements des phénomènes et des faits observables, sans envisager une application ou une utilisation particulière; la « recherche appliquée », qui consiste également en des travaux originaux entrepris en vue d’acquérir des connaissances nouvelles, mais est surtout dirigée vers un but ou un objectif pratique déterminé; et le « développement expérimental », qui consiste en des travaux systématiques basés sur des connaissances existantes obtenues par la recherche ou l’expérience pratique, en vue de lancer la fabrication de nouveaux matériaux, produits ou dispositifs, d’établir de nouveaux procédés, systèmes et services ou d’améliorer considérablement ceux qui existent déjà3.

Alors que les activités des S-T, et plus précisément la R-D, comprennent le développement de nouvelles connaissances ou technologies, l’innovation, elle, requiert l’intégration de ces connaissances ou technologies soit sur le marché, où la valeur est créée, soit dans une organisation, où des gains d’efficacité sont générés. Le Manuel d’Oslo (2005) définit l’innovation comme « la mise en oeuvre d’un produit (bien ou service) ou d’un procédé nouveau ou sensiblement amélioré, d’une nouvelle méthode de commercialisation ou d’une nouvelle méthode organisationnelle dans les pratiques de l’entreprise, l’organisation du lieu de travail ou les relations extérieures»4. Les principaux types d’innovation sont décrits ainsi : 

  • L’innovation de produit se rapporte aux biens et aux services nouveaux ou sensiblement améliorés, ce qui inclut les améliorations notables des spécifications techniques, des composantes et des matériaux, des logiciels intégrés, de la convivialité ou d’autres caractéristiques fonctionnelles.
  • L’innovation de procédé se rapporte aux méthodes de production ou de prestation nouvelles ou sensiblement améliorées, ce qui inclut les modifications notables apportées aux techniques, à l’équipement et aux logiciels.
  • L’innovation de marketing se rapporte aux nouvelles méthodes de marketing qui modifient sensiblement la conception ou l’emballage de produits, le placement de produits, la promotion de produits ou l’établissement des prix.
  • L’innovation organisationnelle se rapporte à de nouvelles méthodes organisationnelles dans les pratiques de l’entreprise, l’organisation du lieu de travail ou les relations extérieures.

Les définitions des activités des STI des manuels de Frascati et d’Oslo sont essentielles pour le présent rapport, car elles constituent la base de la comparaison des données entre les pays. La définition de l’innovation du CSTI, qui s’appuie sur celle du Manuel d’Oslo, est la suivante : « Le processus par lequel les particuliers, les entreprises et les organismes mettent au point, maîtrisent et utilisent de nouveaux produits, concepts, procédés et méthodes, lesquels peuvent être nouveaux pour eux, voire même pour leur secteur, leur pays ou le monde. Les composantes de l’innovation sont la R-D, l’invention, l’investissement de capital, la formation et le perfectionnement professionnel. »

L’innovation peut consister à modifier graduellement des produits, des processus ou des organismes existants, mais elle peut aussi engendrer des technologies ou des façons de faire radicalement nouvelles. Ces dernières sont plus faciles à définir et à dénombrer, mais les modifications peuvent avoir au fil du temps des répercussions aussi importantes, voire plus importantes, sur les entreprises individuelles et sur l’économie en général. L’aspect essentiel est l’introduction d’un élément nouveau ou amélioré dans une organisation ou directement sur le marché.

Malgré l’importance de l’innovation pour stimuler la croissance économique, il est souvent difficile de déterminer l’envergure de l’innovation au sein de l’économie. Bien que les mesures traditionnelles, comme les investissements en R-D, les investissements dans les machines et le matériel ainsi que le financement en capital de risque tiennent compte de bon nombre des activités en innovation, elles omettent certaines pratiques innovatrices importantes. Par exemple, les importants investissements faits par les industries des ressources naturelles du Canada dans les activités d’exploration et d’évaluation ainsi que dans les installations d’essais sur le terrain ne sont pas considérés comme des investissements en R-D, bien que ces activités reposent surtout sur des processus innovateurs et les STI. L’état des lieux en 2010 du CSTI reconnaît l’importance de ce type d’innovation « cachée », dont les indicateurs traditionnels ne tiennent pas compte. De plus, le haut niveau d’intégration de certaines industries canadiennes à des multinationales ou à des chaînes d’approvisionnement mondiales signifie que des entreprises canadiennes peuvent tirer profit de la R-D effectuée dans un autre endroit et, bien souvent, protéger leurs innovations en les brevetant ailleurs. Ces types de flux des connaissances et autres investissements sont difficiles à cerner. Certaines données, cependant, nous aident à comprendre à quel endroit et de quelle façon ce type d’innovation se produit.

L’importance des sciences, de la technologie et de l’innovation

Les STI constituent la base d’une économie forte; elles contribuent à accélérer la croissance de la productivité, à créer des emplois de qualité, à mettre sur pied des entreprises et à favoriser leur croissance. Les investissements en R-D aident aussi à régler des questions pressantes en permettant d’offrir les connaissances, les technologies et les processus nécessaires pour éviter ou atténuer les effets nuisibles des problèmes de santé, environnementaux et sociaux.

Croissance de la productivité

La croissance de la productivité est l’une des principales sources d’amélioration du bien-être économique à long terme, et elle est essentielle à l’augmentation des salaires et de la rentabilité pour les investisseurs5,6. Une analyse à l’échelle internationale montre aussi que les entreprises les plus productives sont celles qui créent le plus grand nombre d’emplois7. L’innovation est largement considérée comme un important facteur de la productivité. Pour les entreprises, les analyses montrent que celles qui investissent davantage dans l’innovation par employé enregistrent aussi des niveaux de productivité plus élevés8.

La productivité correspond à la quantité totale de biens et de services produite dans un pays pour chaque facteur de production comme la main-d’oeuvre, le capital ou les terrains. Elle s’exprime généralement sous forme de taux ou de niveaux de croissance. La mesure la plus courante de la productivité est la productivité de la main-d’oeuvre, qui évalue la quantité de biens et de services produite par la main-d’oeuvre en une heure de travail. Cependant, la productivité de la main-d’œuvre (la production par heure de travail) ne tient pas directement compte de l’effet du capital ou des changements de sa composition sur la hausse de la production9. La productivité totale des facteurs (PTF) mesure l’efficacité avec laquelle les intrants de capital et de la main-d’œuvre sont utilisés dans le processus de production. La PTF tient aussi compte de facteurs comme une technologie améliorée, les économies d’échelle, l’utilisation de la capacité de production et les compétences en gestion. Bien que cet indicateur offre un portrait plus complet des facteurs de la productivité, il demeure plus difficile à mesurer que la productivité de la main-d’oeuvre.

Dans un grand nombre d’économies en tête de classement (notamment l’Autriche, la Finlande, la Suède, le Royaume-Uni et les États-Unis), on estime qu’entre deux tiers et trois quarts de la croissance de la productivité de la main-d’oeuvre, de 1995 à 2006, sont attribuables à la PTF et à l’investissement en biens incorporels comme les logiciels, les bases de données, les compétences, l’exploration et la conception d’organisations efficaces10. Dans de nombreux pays membres de l’OCDE, les entreprises investissent maintenant autant dans les biens liés à l’innovation que dans le capital physique, comme les machines, le matériel et les immeubles.

Pour évaluer la performance de la productivité, il est plus significatif d’examiner la croissance sur de longues périodes plutôt que pour des années précises. La figure 2-1 donne une comparaison à l’échelle internationale du taux moyen de croissance annuelle de la productivité de la main-d’oeuvre des économies de l’OCDE entre 2001 et 2011. Elle montre que la croissance de la productivité de la main-d’oeuvre au Canada a été généralement faible comparativement aux autres économies avancées, le Canada se classant au 28e rang sur 35 pays comparés.

L’écart important entre le Canada et les États-Unis en ce qui a trait au niveau de productivité, tel qu’illustré aux figures 2-2 et 2-3, s’avère particulièrement inquiétant. Les figures montrent que de 2000 à 2010, l’écart entre les deux pays s’est creusé au chapitre de la productivité de la main-d’oeuvre et de la PTF. En ce qui concerne la productivité de la main-d’oeuvre dans le secteur des entreprises (c’est-à-dire la moyenne pondérée de toutes les industries représentées à la figure 2-2), les niveaux canadiens pendant cette période sont passés de 80 % à 70 % des niveaux américains. Plusieurs industries, y  compris l’extraction de pétrole et de gaz, la fabrication, le transport et l’entreposage, l’information, ainsi que les services professionnels et commerciaux, ont enregistré une baisse du niveau de la productivité de la main-d’oeuvre par rapport aux États-Unis de 2000 à 2010. Par contre, d’autres industries, comme l’agriculture, la foresterie, la pêche et la chasse, l’extraction minière (sauf l’extraction de pétrole et de gaz) et les activités connexes, les services publics, la construction, le commerce de gros, le commerce de détail, et les autres services, ont vu leur écart avec les États-Unis diminuer pendant la même période.

En ce qui a trait à la PTF dans le secteur des entreprises, la figure 2-3 montre que les niveaux canadiens ont également diminué entre 2000 et 2010, passant de 79 % à 70 % des niveaux des États-Unis. L’écart avec ce pays a donc augmenté. Cela s’explique par le fait que de nombreuses industries canadiennes ont connu une baisse relative par rapport aux niveaux de PTF des États-Unis. Parmi les industries qui n’ont pas connu de baisse, citons l’agriculture, la foresterie, la pêche et la chasse, l’extraction minière (sauf l’extraction de pétrole et de gaz) et les activités connexes, les services publics, la construction, le commerce de détail, et les autres services. L’estimation de la PTF est une tâche complexe, et le fait d’utiliser des méthodes différentes peut influer sur les résultats. Dans L’état des lieux en 2012, comme dans les rapports précédents, la même méthode est utilisée pour évaluer la PTF du Canada et celle des États-Unis11.

De façon générale, les niveaux de productivité de la main-d’oeuvre et leur croissance au Canada varient considérablement d’une industrie à l’autre. La figure 2-4 montre qu’en 2010, le niveau de productivité de la main-d’oeuvre dans l’industrie de l’extraction de pétrole et de gaz était environ huit fois plus élevé que celui du secteur des entreprises en général, alors que celui de l’industrie des services publics était, pour sa part, au moins trois fois plus élevé. Cependant, l’industrie de l’extraction de pétrole et de gaz montre un taux de croissance annuel moyen négatif (-5,4 %) de 2000 à 2010, alors que l’industrie des services publics montre un taux de croissance nul pour la même période de temps. Un certain nombre d’industries, avec en tête l’agriculture, la foresterie, la pêche et la chasse ainsi que le commerce de gros, ont connu un taux de croissance supérieur à la moyenne.

L’investissement accru des entreprises dans les biens liés aux STI, comme les technologies de l’information et des communications (TIC) ainsi que les machines et le matériel de pointe, est essentiel à l’amélioration de la productivité. Ces questions sont examinées plus en profondeur au chapitre 4, « Innovation des entreprises ».

Croissance de l’emploi et création d’entreprises

Les données indiquent que l’investissement en STI peut créer des emplois et stimuler l’emploi de façon générale, mais aussi mener à d’importants déplacements d’emplois au sein d’industries. En aidant les entreprises à devenir plus concurrentielles et ainsi accéder à de nouveaux marchés, les STI sont un moteur important de l’expansion des entreprises et de la croissance de l’emploi. Les STI favorisent aussi la création de nouvelles entreprises comme moyen de commercialisation de nouveaux produits et processus. Les nouvelles entreprises sont des sources particulièrement importantes de nouveaux emplois. En 2007, par exemple, les entreprises âgées de moins de cinq ans étaient à la source de plus des deux tiers des nouveaux emplois nets aux États-Unis12.

Dans certains cas, les inventions, comme celles qui ont eu lieu au siècle dernier dans les domaines des communications, de l’informatique, de la biotechnologie, du transport et de la nanotechnologie, peuvent créer des industries entièrement nouvelles qui prennent de l’expansion et génèrent un grand nombre d’emplois. Bien entendu, les nouvelles technologies peuvent aussi rendre obsolètes ou moins concurrentiels les biens et les services de certaines entreprises, et ainsi mener à leur fermeture. Les gains et les pertes doivent être examinés à l’échelle de la société en général à court, à moyen et à long terme. De plus, des politiques appropriées doivent être mises en place pour faire face aux perturbations et aux déplacements qui en découlent.

Défis environnementaux, sociaux et liés à la santé

La recherche scientifique de calibre international peut mener à des découvertes et à des technologies révolutionnaires dont les applications peuvent aider à relever les défis urgents environnementaux, sociaux et liés à la santé. Sur le plan de la santé, la population vieillissante, les répercussions croissantes de maladies comme le diabète et le VIH/sida ainsi que les maladies infectieuses émergentes demeurent des défis importants pour les décennies à venir. En plus de fournir de nouvelles techniques de diagnostic et thérapies ainsi que de nouveaux médicaments, les STI peuvent aider à relever ces défis en améliorant le rendement des systèmes de santé et en les rendant plus efficaces et efficients.

La nécessité de relever les défis environnementaux, comme les changements climatiques, la pollution de l’air et de l’eau, la présence de contaminants chimiques et l’élimination des déchets dangereux, fait partie des principales priorités de nombreux gouvernements partout dans le monde. De plus, elle a encouragé d’importants investissements en technologies de prévention et d’atténuation. Par exemple, les avancées technologiques qui permettent la combustion plus efficace, la capture d’émissions ou la substitution de combustibles fossiles par des sources d’énergie renouvelables visent à réduire les émissions atmosphériques, alors que les avancées en biorestauration et autres techniques ont amélioré la capacité à éliminer les contaminants présents dans le sol et dans l’eau.

Les inquiétudes concernant les défis sociaux liés à la sécurité alimentaire ont motivé la recherche et l’innovation au Canada depuis le début du 20e siècle, époque où les scientifiques du gouvernement développaient de nouvelles variétés de cultures rustiques adaptées au climat canadien. Le travail actuel mené sur les cultures génétiquement modifiées vise à améliorer le rendement des cultures, tout en réduisant la quantité d’engrais, de pesticides et d’herbicides utilisés.

L’écosystème des sciences, de la technologie et de l’innovation, et ses principaux intervenants

L’écosystème des STI du Canada comprend de nombreux intervenants, y compris les administrations, les entreprises, les universités et collèges, les organisations non gouvernementales (ONG), les collectivités et les particuliers. Les liens qui relient ces intervenants sont complexes, multidimensionnels, dynamiques et en constante évolution. Ils facilitent l’échange et le déploiement créatif des connaissances, du capital, des talents et d’autres ressources nécessaires à l’innovation. Par exemple, le secteur de l’enseignement supérieur peut apporter les nouvelles connaissances et les nouveaux talents; les fournisseurs et les clients peuvent fournir les renseignements essentiels sur la demande du marché et sur les améliorations techniques; les associations communautaires et les ONG peuvent assurer une liaison avec les services financiers, commerciaux et juridiques; et les divers ordres de gouvernement peuvent offrir une vaste gamme de services d’aide financière et de soutien au savoir et au réseautage. Bien que tous ces intervenants jouent un rôle important au sein de l’écosystème des STI, les plus actifs sont le secteur public, le secteur de l’enseignement supérieur (universités et collèges) et le secteur des entreprises.

Secteur public

Les gouvernements fédéral et provinciaux du Canada jouent un rôle important dans le soutien des STI en élaborant des politiques qui créent un environnement favorable au développement des STI et à l’offre de programmes de financement des activités en R-D et en innovation.

Au Canada, les gouvernements fédéral et provinciaux sont conjointement responsables des conditions-cadres qui appuient la production de bon nombre des facteurs nécessaires aux STI. Les stratégies fédérales et provinciales visant à renforcer les STI comprennent des politiques liées aux systèmes fiscaux, aux droits de propriété intellectuelle et à la mobilité de la main-d’oeuvre; des règlements concernant la santé, la sécurité et l’environnement; et des politiques qui façonnent la concurrence, l’investissement étranger et le commerce.

Des politiques gouvernementales stables et prévisibles sont particulièrement importantes pour les entreprises, car elles leur permettent de mieux calculer le rendement potentiel du capital investi dans la recherche, le développement de produits et l’amélioration de processus. Les régimes de réglementation influent sur la taille, le dynamisme et le financement des entreprises, le niveau de concurrence auquel elles sont confrontées, leur capacité à s’approprier les gains tirés de leur propriété intellectuelle et le fait de pouvoir lancer de nouveaux produits et services sur le marché. La rigidité du marché du travail peut aussi compliquer la tâche des entreprises qui souhaitent s’adapter aux conditions changeantes du marché, et peut empêcher le maintien en poste et le redéploiement du personnel qualifié.

Les conditions-cadres ont également des répercussions sur la R-D menée dans le secteur de l’enseignement supérieur et dans les laboratoires du gouvernement, principalement en offrant les ressources économiques nécessaires pour soutenir ce travail, mais aussi en favorisant les partenariats en STI avec le secteur privé. Les régimes de propriété intellectuelle offrent quant à eux des primes aux chercheurs pour les encourager à commercialiser leurs découvertes et leurs inventions.

L’élargissement des marchés a été l’un des principaux moteurs des STI, puisque la réduction des barrières tarifaires et non tarifaires ainsi que la libéralisation des marchés financiers ont offert de nouvelles occasions de commerce et d’investissement internationaux. Ainsi, les marchés sont plus accessibles aux innovateurs et aux consommateurs, et la diffusion de connaissances, de technologies et de pratiques commerciales innovatrices s’en trouve simplifiée.

Les gouvernements fédéral et provinciaux effectuent d’importants investissements dans la recherche menée par les établissements d’enseignement supérieur et l’industrie, comme décrit au chapitre 3, « Le financement canadien de la recherche-développement dans un contexte mondial ». Le gouvernement du Canada finance considérablement les universités et, dans une moindre mesure, les collèges, pour soutenir les projets de recherche, l’infrastructure connexe, le développement de talents et la création de réseaux collaboratifs de R-D. Les fonds sont surtout distribués par l’entremise des trois organismes subventionnaires fédéraux, soit les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG) et le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH), ainsi que par l’entremise de la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI). Les gouvernements provinciaux sont responsables du financement des coûts de fonctionnement dans les universités et les collèges publics du Canada, et contribuent ainsi de façon considérable aux coûts indirects liés à la recherche financée par le gouvernement fédéral. Ils couvrent aussi les coûts directs associés à la recherche et au développement de talents, dans le cadre de divers programmes de financement.

Les gouvernements fédéral et provinciaux appuient la R-D dans le secteur privé (aussi examiné en profondeur au chapitre 3) en offrant du financement direct aux entreprises et au moyen d’un mécanisme indirect, soit les crédits d’impôt. Le programme fédéral dans son ensemble est grandement axé sur le soutien indirect, dans le cadre du programme d’encouragements fiscaux pour la recherche scientifique et le développement expérimental (RS&DE), considéré comme l’un des plus généreux au monde. La plupart des provinces ainsi que le Yukon offrent des crédits d’impôt similaires en R-D pour compléter le programme fédéral.


Programmes fédéraux appuyant les sciences, la technologie et l’innovation

Le gouvernement fédéral offre un large éventail de programmes visant à soutenir les STI dans le secteur de l’enseignement supérieur et celui des entreprises. Les trois organismes subventionnaires du gouvernement fédéral offrent des subventions de recherche pour les particuliers et les équipes, des bourses en recherche et des bourses d’études, et aident à financer les projets de collaboration avec l’industrie, le gouvernement et les organismes sans but lucratif. En 2011-2012, le CRSNG et les IRSC ont chacun versé environ 1 milliard de dollars aux chercheurs et aux étudiants canadiens, alors que de son côté, le CRSH a versé près de 340 millions de dollars.

Les organismes subventionnaires gèrent aussi un certain nombre d’initiatives communes, y compris certains des plus importants programmes de soutien direct du gouvernement. Cela inclut les programmes axés sur l’établissement de réseaux de recherche (y compris des réseaux menés par l’industrie), dans le cadre de l’ensemble de programmes des Réseaux de centres d’excellence (RCE). Les initiatives des trois organismes visent aussi à attirer et à garder les meilleurs talents en recherche dans les universités canadiennes, notamment dans le cadre du prestigieux Programme des chaires d’excellence en recherche du Canada, du Programme de bourses d’études supérieures du Canada Vanier et du Programme de bourses postdoctorales Banting.

Grâce à la FCI, le gouvernement fédéral finance aussi l’infrastructure nécessaire pour favoriser la recherche et le développement technologique au Canada. La FCI finance, entre autres, l’équipement, les laboratoires, les bases de données, les échantillons, les collections scientifiques, le matériel informatique et les logiciels, les réseaux de communication et les immeubles. En mars 2012, la FCI avait investi près de 5,7 milliards de dollars dans l’infrastructure d’établissements de recherche partout au Canada.

Le gouvernement du Canada appuie aussi l’innovation des entreprises en offrant de l’aide et du capital financiers pour le développement et la commercialisation de produits. En plus du programme d’encouragements fiscaux en RS&DE, la plus importante source de soutien à l’innovation des entreprises offerte par le gouvernement fédéral, celui-ci contribue à l’ensemble des ressources financières accordées pour aider les entreprises à innover, dans le cadre de programmes comme celui sur le Capital de risque de la Banque de développement du Canada et le Plan d’action pour le capital de risque. Le Programme d’aide à la recherche industrielle (PARI) du Conseil national de recherches du Canada appuie le développement et la commercialisation de produits par les petites et moyennes entreprises (PME). Il s’agit du plus important programme gouvernemental de soutien direct à l’industrie. Le PARI mène aussi le Programme pilote d’adoption de la technologie numérique, qui vise à accélérer la vitesse à laquelle les PME adoptent des technologies numériques et acquièrent des compétences dans le domaine numérique. De plus, le gouvernement fédéral appuie la commercialisation en se procurant et en mettant à l’essai des innovations précommerciales dans le cadre du Programme canadien pour la commercialisation des innovations. Le gouvernement du Canada soutient également la recherche utile à l’industrie au moyen de programmes comme l’Initiative stratégique pour l’aérospatiale et la défense, qui cible les industries de l’aérospatiale, de la défense, de la sécurité et de l’espace.

Plusieurs programmes fédéraux et provinciaux appuyant la recherche menée par les établissements d’enseignement supérieur et l’industrie se complètent mutuellement. Parmi ces formes de soutien, citons les crédits d’impôt offerts par le gouvernement fédéral et par un certain nombre de gouvernements provinciaux pour couvrir les dépenses admissibles en R-D; le financement commun des coûts de fonctionnement et d’immobilisations de certains programmes de recherche; et le soutien des infrastructures de recherche à grande échelle comme TRIUMF (laboratoire de physique subatomique situé à Vancouver).

En dernier lieu, le gouvernement fédéral, par l’entremise de ses ministères et organismes à vocation scientifique et de leurs laboratoires, se consacre à la R-D et mène des activités scientifiques connexes qui appuient ses responsabilités réglementaires. À quelques exceptions près, les gouvernements provinciaux n’ont pas beaucoup investi dans la R-D gouvernementale interne.


Programmes provinciaux appuyant les sciences, la technologie et l’innovation

Les gouvernements provinciaux du Canada appuient les STI dans le cadre d’une variété de programmes visant à stimuler l’innovation des entreprises, le développement et le transfert des connaissances, et le développement et le déploiement des talents. Ces programmes varient d’une province à l’autre. En voici un échantillon.

Alberta

Alberta Innovates Connector Service, lancé en 2010, est un service gratuit et personnalisé qui aide les entrepreneurs, les inventeurs et les entreprises qui ont des idées novatrices à se brancher au système d’innovation et de recherche de l’Alberta. Appuyé par l’Alberta Enterprise and Advanced Education, le Connector Service évalue les besoins commerciaux, facilite les présentations et dirige les particuliers vers les fournisseurs de programmes et de services, dont les grandes entreprises d’Alberta Innovates qui offrent de l’expertise technique, des services commerciaux et du financement. Le Connector Service se concentre sur le client. Il détermine ses besoins et ses priorités et établit les liens avec l’information, les gens, les installations ou les organismes qui sont nécessaires pour que les idées novatrices aboutissent sur le marché. Le Connector Service traite environ 800 demandes par année.

Colombie-Britannique

Le British Columbia Innovation Council (BCIC), un organisme d’État provincial, a lancé en janvier 2011 un programme de mentorat à l’échelle de la province, qui vise à améliorer la réussite des entrepreneurs en technologie, en leur offrant l’accès à des conseils et à du savoir-faire d’experts. S’inspirant du Venture Mentoring Service du MIT, le programme forme et accrédite des mentors volontaires qui sont jumelés à des entrepreneurs du BCIC Venture Acceleration Program (VAP), conçu pour accélérer la croissance des entreprises technologiques en phase de démarrage. Les organisations partenaires du VAP comprennent Accelerate Okanagan, VIATeC/Accelerate Tectoria, Wavefront, Innovation Island Technology Association et Kamloops Innovation Centre. Le BCIC travaille avec d’autres partenaires de prestation des services pour que ces programmes soient offerts dans toute la province. Selon le BCIC, en 2012, plus de 170 entreprises avaient reçu du mentorat de la part d’un des 115 mentors actifs du programme.

Ontario

Le Programme d’infrastructure de recherche du Fonds pour la recherche en Ontario (PIR du FRO) offre aux établissements de recherche publics de l’Ontario un financement pour leur infrastructure afin de soutenir le développement de la recherche et de la technologie. Le Fonds pour les grandes infrastructures du PIR du FRO aide les établissements à développer leurs forces en recherche en investissant dans les installations et en rassemblant des chercheurs de diverses disciplines, des experts en technologie et des partenaires de l’industrie.

Québec

Le Fonds de recherche du Québec offre de l’aide en recherche fondamentale par le financement d’initiatives collaboratives ou intersectorielles. Par exemple, le Programme des Regroupements stratégiques du Fonds de recherche du Québec – Nature et technologies appuie la recherche universitaire collaborative dans des domaines comme la foresterie, les études océaniques et arctiques, la biologie, la santé, les changements climatiques et les TIC. Environ 30 grappes stratégiques ont été créées jusqu’à présent, réunissant des chercheurs de 6 universités du Québec, en moyenne, ainsi que des entreprises et des organismes gouvernementaux de la province. Actuellement, plus de 1 300 chercheurs provenant d’universités, de collèges, de l’industrie et du gouvernement sont associés aux grappes et contribuent à la formation d’environ 3 000 étudiants diplômés et 350 détenteurs d’une bourse de perfectionnement postdoctoral.

Terre-Neuve-et-Labrador

Le Research and Development Corporation’s Petroleum R&D Accelerator Program vise à stimuler la R-D dans l’industrie pétrolière en finançant, sans qu’un remboursement soit nécessaire, jusqu’à 25 % des coûts admissibles en R-D, pour un maximum de 5 millions de dollars par projet et sur une période allant jusqu’à 5 ans. Le programme est destiné aux projets menés par l’industrie et exige une contribution de 75 % ou plus des coûts admissibles en R-D du demandeur (le fournisseur étranger ou le fournisseur de technologie), des producteurs de pétrole étrangers (collaborateurs ou utilisateurs finaux), des partenaires en R-D ou d’autres sources.

Pour orienter ses investissements en STI, le gouvernement du Canada a cerné quatre domaines prioritaires dans sa stratégie en matière de sciences et de technologie de 2007, Réaliser le potentiel des sciences et de la technologie au profit du Canada. Ces quatre domaines sont les suivants : sciences et technologies de l’environnement; ressources naturelles et énergie; sciences et technologies de la santé et sciences de la vie connexes; technologies de l’information et des communications. Pour concentrer davantage les efforts, le ministre de l’Industrie a annoncé, en septembre 2008, les 13 sous-domaines prioritaires décrits dans le tableau ci-après, selon la recommandation du CSTI. Afin d’atteindre au Canada une masse critique, à l’échelle mondiale, le gouvernement fédéral doit absolument consacrer plus de ressources à ces sous-domaines prioritaires en STI, tout en appuyant les meilleures idées sans tenir compte du domaine de recherche. Les sous-priorités définies par le CSTI représentent les domaines dans lesquels le gouvernement peut susciter des investissements afin de favoriser l’élaboration de solutions de pointe aux défis sociaux, environnementaux et liés à la santé, tout en développant des applications pratiques qui appuient et consolident l’avantage concurrentiel des entreprises canadiennes dans ces domaines.


Sous-priorités en STI
(recommandées par le CSTI et approuvées par le gouvernement du Canada en 2008)
Domaines prioritaires Sous-domaines prioritaires
Environnement Eau :  • Santé
• Énergie
• Sécurité
Méthodes plus propres d’extraction, de transformation et d’utilisation des combustibles à hydrocarbures, y compris la réduction de la consommation de ces combustibles
Ressources naturelles et énergie Production d’énergie dans les sables bitumineux
Arctique :  • Production de ressources
• Adaptation aux changements climatiques
• Surveillance
Biocombustibles, piles à combustible et énergie nucléaire
Sciences de la santé et de la vie Médecine régénérative
Neurosciences
Santé d’une population vieillissante
Génie biomédical et technologies médicales
Technologies de l’information et des communications Nouveaux médias, animation et jeux
Réseaux et services sans fil
Réseaux à large bande
Matériel de télécommunication

Les sous-priorités susmentionnées ne sont pas classées par ordre d’importance.

Selon les estimations, les trois organismes subventionnaires fédéraux ont versé ensemble quelque 516 millions de dollars à la recherche axée sur les sous-domaines prioritaires pendant l’exercice 2011-2012, soit un peu moins de 22 % de leurs dépenses extra-muros combinées en R-D (2,3 milliards de dollars pour le même exercice). Plus précisément, le CRSNG a alloué environ 255 millions de dollars aux sous-domaines prioritaires (sur les 666 millions destinés aux quatre domaines prioritaires), les IRSC y ont alloué environ 255 millions et le CRSH, environ 6 millions (sur les 63 millions versés aux quatre domaines prioritaires). Les montants précis alloués à chaque sous-domaine prioritaire sont indiqués à l’annexe A.

Ce financement reflète autant la réceptivité aux propositions des chercheurs que le ciblage proactif des sous-domaines prioritaires dans les concours de financement de la recherche. Par exemple, un des programmes des RCE a ciblé les 13 sous-domaines prioritaires lors de ses deux derniers concours (en 2009 et en 2012). Par conséquent, six nouveaux réseaux ont été créés grâce à un investissement de 141,6 millions de dollars des RCE. Ces six réseaux couvraient les sous-domaines prioritaires suivants : eau; méthodes plus propres d’extraction, de transformation et d’utilisation des combustibles à hydrocarbures; biocombustibles; neurosciences; santé d’une population vieillissante; et nouveaux médias, animation et jeux.

Le Programme des chaires d’excellence en recherche du Canada (CERC) est un autre exemple de ciblage du financement par les organismes subventionnaires. Le budget de 2008 a annoncé la création de ce prestigieux programme, qui devait verser jusqu’à 10 millions de dollars à plus de 20 chaires sur 7 ans. L’objectif du programme est d’aider les universités à attirer et à garder des chercheurs de calibre international dans les quatre domaines prioritaires de la stratégie fédérale en sciences et technologie. Les 19 premières CERC ont été annoncées par le gouvernement fédéral en avril 2010. Le concours ne ciblait pas explicitement les sous-domaines prioritaires, mais la mesure dans laquelle les propositions portaient sur ces domaines a été prise en compte lors de l’évaluation de leur financement. Le budget de 2011 a annoncé des investissements fédéraux supplémentaires visant à créer d’autres CERC, y compris de nouveaux prix offerts dans le cadre d’un deuxième concours qui se terminera au début de 2014. Une fois de plus, un des critères d’évaluation des propositions sera la mesure dans laquelle celles-ci se classent dans au moins un des domaines ou des sous-domaines prioritaires.

Secteur de l’enseignement supérieur

Le secteur de l’enseignement supérieur (universités et collèges) joue de nombreux rôles importants au sein de l’écosystème des STI, qui comprennent, selon l’OCDE, « l’enseignement, la formation, le développement des compétences, la résolution de problèmes, la création et la diffusion des connaissances, la mise au point de nouveaux instruments, le stockage et la transmission des connaissances13 ». Les universités et les collèges peuvent implanter des regroupements d’activités innovatrices au sein de leurs communautés locales et servir de pont entre les entreprises, les gouvernements et les autres pays.

Au coeur du processus d’innovation se trouvent « des gens qui génèrent des idées et des connaissances visant à alimenter l’innovation, puis qui appliquent ces connaissances ainsi que les technologies, les produits et les services qui en résultent à leur milieu de travail ou en tant que consommateurs14 ».

Les universités et les collèges jouent un rôle essentiel  dans le développement des jeunes talents, en leur offrant des compétences, des connaissances et des techniques particulières qui leur permettront de contribuer pleinement à l’économie du Canada, et en leur faisant découvrir le potentiel excitant de la recherche et de l’innovation. Ces établissements offrent aussi un enseignement aux futurs entrepreneurs et chefs d’entreprise, qui sont essentiels à l’amélioration de l’avantage concurrentiel et de la productivité du Canada. Et ils offrent surtout aux jeunes talents la possibilité de développer une pensée critique et des compétences en résolution de problèmes ainsi que l’adaptabilité et la souplesse nécessaires pour réussir dans l’économie mondiale du savoir.

Les universités et les collèges canadiens jouent également un rôle essentiel dans le développement et la promotion des connaissances ainsi que dans leur application. La plupart des connaissances sous-jacentes à l’innovation d’aujourd’hui proviennent de la recherche menée dans le secteur de l’enseignement supérieur. Bien que la relation entre la recherche et l’innovation soit complexe et que la commercialisation de nouvelles connaissances soit très difficile et incertaine, les percées en matière de connaissances sont essentielles à la plupart des processus d’innovation. Dans des domaines de haute technologie comme les TIC, la biotechnologie et la nanotechnologie, la recherche fondamentale menée par les universités est cruciale. Les incertitudes et la perspective à long terme associées à ce type de recherche ainsi que l’impossibilité d’en saisir tous les avantages rend difficile, voire impossible pour les entreprises privées, la tâche de la mener. Ces entreprises, cependant, reconnaissent de plus en plus les occasions d’innovation qui découlent de l’étroite collaboration avec les universités et les collèges.

Dans le cadre de leurs activités de recherche, les universités canadiennes jouent aussi un rôle essentiel en assurant un lien entre le Canada et le bassin mondial de connaissances, de technologies et de talents. En collaborant à la recherche avec leurs homologues étrangers et en attirant des chercheurs et des universitaires de calibre mondial dans leurs établissements, les universités maximisent les avantages en matière de connaissances et de talents du Canada.

Secteur des entreprises

Les entreprises sont un élément essentiel de l’écosystème des STI, car elles transforment les connaissances et les technologies en emplois et en richesses, ainsi qu’en solutions pratiques pour relever les défis environnementaux, sociaux et liés à la santé. Elles mènent leurs propres activités substantielles de R-D, obtiennent des brevets ou des licences pour les nouvelles connaissances et technologies et, surtout, mettent ces connaissances en application sur le marché local et mondial. Les entreprises rehaussent aussi l’avantage du Canada en matière de talents en offrant de la formation à leurs employés et en collaborant avec les universités et les collèges pour offrir des stages et des programmes d’alternance travail-études. De plus, les entreprises financent une partie de la R-D menée par les universités et les collèges.

Les grandes entreprises qui sont bien établies peuvent financer d’importantes activités de R-D à l’interne et accomplir la difficile et onéreuse tâche de transformer de nouvelles connaissances potentiellement utiles en biens et services à offrir au public. Les jeunes entreprises sont elles aussi importantes, car, bien souvent, elles exploitent les occasions technologiques ou commerciales ignorées par les entreprises bien établies.

Comme indiqué ci-dessus, les entreprises collaborent étroitement avec des intervenants de l’enseignement supérieur et du gouvernement dans une vaste gamme d’activités en STI. Ces partenariats comprennent le financement conjoint de la recherche et des infrastructures de recherche avec le secteur public; la collaboration avec les universités et les collèges pour développer et commercialiser des découvertes et relever des défis techniques; ainsi que l’offre de possibilités permettant au personnel hautement qualifié de réaliser son plein potentiel.

Caractéristiques des STI modernes

L’économie mondiale plus intégrée, la concurrence accrue et les conditions économiques difficiles ont forcé les gouvernements et les entreprises à réduire leurs dépenses et à chercher des façons plus efficaces de développer et de commercialiser des connaissances et des technologies. Les STI modernes sont caractérisées par l’internationalisation croissante des activités et par la collaboration accrue qui en découle, y compris l’innovation ouverte, entre les différents intervenants et au-delà des frontières nationales. Ces développements ont une incidence sur la poursuite de l’excellence en matière de STI du Canada.

Internationalisation

Le processus des STI se mondialise de plus en plus. Les entreprises étendent leurs activités à l’échelle mondiale non seulement pour pénétrer de nouveaux marchés et diminuer leurs coûts, mais aussi pour acquérir des capacités technologiques, tirer profit des centres locaux et des grappes de connaissances et accéder à une main-d’oeuvre hautement qualifiée. Les multinationales jouent un rôle de premier plan dans la mondialisation de l’innovation. En effet, quelque 700 multinationales réalisent à elles seules près de la moitié des dépenses mondiales en R-D. Elles ont aussi été un facteur essentiel de l’émergence des réseaux d’innovation mondiaux.

Cependant, les entreprises ne sont pas les seules à participer aux activités mondiales en STI. Les TIC modernes et la mobilité croissante, jumelées à la montée en flèche des coûts et à la complexité de la recherche, ont contribué à l’internationalisation croissante des activités de recherche. En 2010, près du quart des articles scientifiques ont été rédigés par des auteurs de plus d’un pays, comparativement à 10 % en 199015; et bon nombre d’économies développées accueillent énormément de scientifiques nés à l’étranger.

De nouveaux intervenants mondiaux font aussi leur apparition dans le paysage des STI, les pays du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) participant notamment davantage aux activités de STI. À elle seule, la Chine a compté pour près du tiers de la croissance mondiale en R-D de 2001 à 2006, soit autant que la croissance combinée du Japon et de l’Union européenne. Cependant, il est important de noter que même si de nombreuses économies émergentes ont fait d’importants investissements en R-D, améliorant ainsi leur rendement relativement à des indicateurs connexes, il demeure possible pour ces économies de faire mieux en ce qui a trait à la qualité et à l’incidence de la recherche. Au cours de la période où les investissements en R-D ont augmenté, les talents des économies avancées et émergentes sont devenus de plus en plus mobiles, prêts à saisir les occasions partout dans le monde et contribuant ainsi à la diffusion des connaissances à l’échelle mondiale.

Collaboration

La collaboration et les partenariats sont d’importantes sources d’avantage concurrentiel, tant dans l’ensemble de l’économie qu’au sein de secteurs particuliers. Parallèlement à l’augmentation de la complexité et des coûts liés aux STI, la collaboration entre les entreprises et les chercheurs du secteur public, ainsi qu’entre ces entreprises et entre ces chercheurs, a aussi augmenté. Par les partenariats, les entreprises cherchent à rester au fait des derniers développements, à élargir leur présence sur le marché, à accéder à un plus grand bassin d’idées et de technologies et à lancer de nouveaux produits sur le marché avant leurs concurrents. Les données montrent que les entreprises qui collaborent dépensent davantage en R-D que celles qui ne le font pas, ce qui indique que la collaboration ne sert pas simplement à réduire les coûts, mais qu’elle permet surtout aux entreprises d’élargir la portée des projets ou de compléter mutuellement leurs compétences. En plus de chercher davantage à obtenir des connaissances de l’extérieur, les entreprises cherchent plus activement des partenaires externes pour commercialiser les innovations qui n’ont pas d’usage interne. Dans la plupart des pays, la collaboration avec des partenaires étrangers est au moins aussi importante que la coopération à l’échelon national, ce qui témoigne de la création de réseaux mondiaux d’innovation.

Certaines entreprises adoptent de plus en plus l’innovation ouverte comme forme de collaboration. Dans l’innovation ouverte, les activités de création et de diffusion ou de commercialisation des connaissances sont ouvertes. Ce type d’innovation dépend de groupes d’innovateurs qui révèlent librement et réciproquement leurs innovations aux autres, qui par la suite développent ces innovations. Recourir à l’innovation ouverte comme stratégie d’affaires permet d’accéder à un bassin d’idées et de technologies plus grand que celui qui est accessible au sein d’une seule entreprise. L’association avec d’autres entreprises pour développer des connaissances permet de réduire les coûts et les risques associés à la R-D, et d’accroître la vitesse du développement et de l’acquisition des connaissances. À mesure que les connaissances prennent de la valeur comme facteur de production et que les avancées rapides en TIC permettent un meilleur partage des connaissances, les modes d’innovation ouverte pourraient occuper une plus grande place au sein de l’économie mondiale.

La collaboration entre les secteurs privé et public augmente la possibilité que la recherche menée par le secteur de l’enseignement supérieur soit pertinente pour les entreprises et les gouvernements, et qu’elle y trouve des applications. Les regroupements menés par le secteur privé facilitent de façon particulièrement efficace la collaboration et les partenariats en recherche, car ils constituent un réseau d’entreprises, d’universités, de collèges et d’instituts de recherche interreliés. La nécessité d’augmenter la collaboration entre les partenaires du système d’innovation canadien était l’un des grands messages des versions précédentes de ce rapport. Le rendement du Canada dans ce domaine est examiné au chapitre 5, « Développement et transfert des connaissances ».

Conclusion

Les trois principaux intervenants décrits (les gouvernements, les universités et les collèges ainsi que les entreprises) forment la pierre angulaire de l’écosystème canadien des STI. Les chapitres qui suivent examinent le financement consacré par ces intervenants aux STI, leur rendement en matière d’intrants et d’extrants connexes, et le succès du Canada en ce qui a trait au perfectionnement et au déploiement des talents qui font avancer cet écosystème. Le document dresse un portrait de la position du Canada par rapport à ses principaux concurrents et du parcours qu’il a emprunté pour occuper cette position. L’analyse des données fournit une évaluation complète du système des sciences, de la technologie et de l’innovation au Canada et compare le rendement du Canada avec celui de ses principaux concurrents, offrant ainsi un aperçu des forces et des faiblesses relatives du pays.


3 OCDE, Manuel de Frascati : Méthode type proposée pour les enquêtes sur la recherche et le développement expérimental, Paris, 2002, p. 34.

4OCDE–Eurostat, Manuel d’Oslo : Principes directeurs pour le recueil et l’interprétation des données sur l’innovation (3e édition), Paris, 2005, p. 46.

5Banque du Canada, La productivité, Documents d’information, 2010, p. 1.

6Le Conference Board du Canada, Canada’s Lagging Productivity: The Case of a Well-Educated Workforce Lacking the Much-Needed Physical Capital, 2010, p. 1.

7OCDE, Panorama de l’entrepreneuriat 2012, Paris, 2012.

8OCDE, Innovation in Firms: A Microeconomic Perspective, Paris, 2009, p. 13.

9 Baldwin, R. John, Wulong Gu et Beiling Yan,« Guide de l’utilisateur pour le Programme annuel de la productivité multifactorielle de Statistique Canada », La Revue canadienne de productivité, n° 014, Statistique Canada, 2007.

10OCDE, «Key Findings,» Ministerial Report on the OCDE Innovation Strategy, 2010, p. 4 (en anglais seulement).

11Une étude récente de Diewert et Yu (publiée dans l’Observateur international de la productivité du Centre d’étude des niveaux de vie, automne 2012, p. 27-45), basée sur les données brutes de Statistique Canada, tire une conclusion différente. Selon cette étude, la croissance moyenne de la PTF, de 1961 à 2011, est de 1,03 % par année alors que l’estimation officielle de Statistique Canada pour la même période est de 0,28 %. L’écart semble provenir de l’estimation de la croissance des services tirés du capital utilisée par les deux méthodes différentes.

12J. Haltiwanger, R. Jarmin et J. Miranda, Business Dynamics Statistics Briefing: Jobs Created from Business Start-ups in the United States,Ewing Marion Kauffman Foundation, 2009. Tiré de La stratégie de l’OCDE pour l’innovation : Pour prendre une longueur d’avance, OCDE, Paris, 2010, p. 24.

13OCDE, Performance-based Funding for Public Research in Tertiary Education Institutions: Workshop Proceedings, 2010, p. 9.

14OCDE, «Key Findings,» Ministerial Report on the OCDE Innovation Strategy, 2010, p. 9 (en anglais seulement).

15National Science Foundation (États-Unis), Science and Engineering Indicators 2012, 2012, Chapter 5, p. 5-36 (en anglais seulement).