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L'état des lieux en 2012

Chapitre 5 : Développement et transfert des connaissances


Au cours de 15 dernières années, le Canada a beaucoup investi dans la recherche menée par le secteur de l’enseignement supérieur. Ces investissements génèrent des retombées importantes; en effet, l’acquisition et l’approfondissement des connaissances scientifiques au Canada restent marqués par le dynamisme et la qualité, comme le montrent les principaux indicateurs bibliométriques. Cela contribue à l’établissement de bases solides pour l’ensemble de l’écosystème canadien des sciences, de la technologie et de l’innovation (STI). Compte tenu de la mondialisation croissante de la science, il est important de mentionner que les chercheurs canadiens collaborent de façon très active avec leurs collègues étrangers, ainsi que l’indique leur participation à des publications conjointes.

La solide assise du Canada en matière de recherche ne produit cependant pas les meilleurs résultats quant à l’accroissement du nombre d’universités classées parmi les meilleures du monde, c’est-à-dire des établissements phares qui pourraient attirer au pays davantage de chercheurs et d’étudiants de haut niveau. Par ailleurs, le Canada continue à avoir de graves difficultés en matière de transfert au secteur privé des connaissances développées dans les établissements d’enseignement supérieur. On le remarque notamment lorsque l’on considère les résultats généralement décevants au chapitre de l’octroi de licences et de la création d’entreprises dérivées à partir des universités. L’amélioration dans ces domaines est essentielle pour veiller à ce que les découvertes mènent à des avantages économiques et sociaux réels pour les Canadiens.


 

L’acquisition et l’approfondissement des connaissances scientifiques au Canada restent marqués par le dynamisme et la qualité.

DÉVELOPPEMENT DES CONNAISSANCES

Le développement des connaissances est le fondement de l’écosystème des STI d’un pays. La recherche produit le savoir qui sous-tend les nouveaux produits et processus et les nouvelles politiques, et elle favorise une main-d’oeuvre hautement qualifiée davantage en mesure de répondre à la demande de l’économie mondiale du savoir. Les grandes découvertes et leurs applications concrètes constituent le mécanisme par l’entremise duquel le savoir favorise le bien-être économique et social.

Au Canada, le secteur de l’enseignement supérieur, c’est-à-dire les universités, les collèges et les hôpitaux d’enseignement affiliés, demeure un exécutant essentiel de la recherche-développement (R-D). Grâce essentiellement à l’augmentation du financement gouvernemental, les dépenses intra-muros de R-D du secteur de l’enseignement supérieur (DIRDES) se sont accrues de façon importante depuis la fin des années 1990 jusqu’au début de la récession à la fin des années 2000, moment où la croissance des dépenses s’est considérablement affaiblie. De 3,03 milliards de dollars en 1990, les dépenses en R-D du secteur de l’enseignement supérieur ont atteint 11,53 milliards en 2012. Bien que les sommes investies croissent, la proportion des DIRDES par rapport à l’ensemble de l’économie, c’est-à-dire les DIRDES en fonction du produit intérieur brut (PIB), a fluctué au cours de la dernière décennie. Après avoir atteint un sommet de 0,71 % en 2009, l’intensité des DIRDES a chuté à 0,66 % en 2011, comme le montre la figure 5-1.

Malgré la diminution du ratio DIRDES-PIB au cours des dernières années, en 2011 (année la plus récente pour laquelle des données de comparaison internationales sont disponibles), le Canada se classait, comme c’est le cas depuis quelques années, au premier rang des pays du G7 à cet égard. Toutefois, comme le montre la figure 5-2, le classement relatif du Canada se détériore lorsqu’on le compare à un plus large éventail d’économies. Pour ce qui est des DIRDES en pourcentage du PIB, le Canada se classait 9e sur 41 économies en 2011, alors qu’il était 4e en 2008 et 3e en 2006123. Ce ratio équivaut à 87,9 % du seuil des cinq pays les mieux classés en 2011 (le Danemark, la Suède, la Suisse, la Finlande et les Pays-Bas), un résultat qui est toutefois bien meilleur que celui des États-Unis (55,8 % du seuil). On trouve ici une autre mesure par rapport à laquelle assurer un rôle de chef de file mondial pourrait aider le Canada à réaliser tout son potentiel en matière de STI, étant donné l’importance décisive de l’accroissement du savoir comme fondement de tous les secteurs de l’écosystème canadien des STI.


 

Pour ce qui est des DIRDES en pourcentage du PIB, le Canada se classait 9e sur 41 économies en 2011.

Comme les rapports précédents, L’état des lieux en 2012 s’appuie sur des indicateurs bibliométriques et des classements des universités pour étudier le rendement du Canada et les résultats des investissements en R-D du secteur de l’enseignement supérieur. Compte tenu de la nature peu évolutive du secteur de l’enseignement supérieur, les résultats liés à ces deux indicateurs ont peu changé depuis L’état des lieux en 2010.

Mesurer la production scientifique du Canada

Les indicateurs bibliométriques correspondent à un ensemble de méthodes mathématiques et statistiques servant à analyser différentes caractéristiques des articles scientifiques évalués par les pairs et publiés dans les revues spécialisées internationales. Puisque ces articles scientifiques constituent le principal mode de diffusion du savoir dans presque tous les domaines scientifiques, les indicateurs bibliométriques sont devenus les indicateurs quantitatifs les plus utilisés pour évaluer le développement des connaissances, et de nombreux pays mènent des études bibliométriques pour évaluer les résultats de la recherche.

On compte trois types d’indicateurs bibliométriques : les indicateurs de quantité, qui mesurent la productivité absolue des chercheurs en dénombrant les articles publiés; les indicateurs d’incidence, qui mesurent l’influence des chercheurs par le décompte des citations d’articles; et les indicateurs structurels, qui mesurent, entre autres, la collaboration entre les chercheurs de différents pays en se basant sur les publications internationales conjointes.

Les indicateurs bibliométriques montrent que les chercheurs universitaires canadiens sont des auteurs prolifiques et que leurs recherches sont généralement de grande qualité, en particulier dans certains domaines. Les indicateurs établissent également que les chercheurs canadiens sont particulièrement présents dans les publications internationales conjointes et qu’ils ont très bien su établir leurs réseaux internationaux. Cela revêt une importance particulière dans le contexte de la mondialisation, où le développement des connaissances passe graduellement de l’individuel au collectif, et du national à l’international.


 

Le Canada, qui compte 0,5 % de la population mondiale, a publié 4,4 % de toutes les publications mondiales en sciences naturelles et en génie en 2010.

Indicateurs bibliométriques de quantité

La distribution de la production scientifique dans le monde a beaucoup évolué depuis les 25 dernières années, période où les pays de l’Amérique du Nord et de l’Europe ont vu leur part de publications scientifiques diminuer au profit des pays de l’Amérique latine et de l’Asie. Selon des données internationales publiées par l’Observatoire des sciences et des technologies de Montréal124, le Canada (qui compte 0,5 % de la population mondiale) a publié 4,4 % de toutes les publications mondiales en sciences naturelles et en génie en 2010, une proportion qui demeure inchangée par rapport à 2008. En classement absolu, le Canada arrive ainsi en 8e position, derrière des pays beaucoup plus peuplés, comme les États-Unis, la Chine, l’Allemagne, le Royaume-Uni, le Japon, la France et l’Italie. La part de production scientifique de chacun de ces pays a diminué depuis 2003, sauf celle de la Chine. La part du Canada a quant à elle augmenté, ce qui s’inscrit à contre-courant de la tendance mentionnée ci-dessus concernant la diffusion de la production scientifique125.


Optimisation de la chaîne de valeur dans l’industrie forestière

Photo fournie par le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du CanadaCréé en 2002 sous la direction de Sophie D’Amours et de plusieurs de ses collègues de l’Université Laval, le consortium de recherche FORAC (de la FORêt Au Client) regroupe l’expertise de chercheurs de diverses disciplines, notamment le génie industriel, la foresterie, l’informatique et les sciences de la gestion, afin d’optimiser la chaîne de valeur dans l’industrie forestière.

Les entreprises et les clients se servent des plateformes décisionnelles Web élaborées par FORAC pour modéliser des procédés intégrant la gestion forestière, l’approvisionnement en bois, le traitement en usine, la fabrication et la livraison aux consommateurs. FORAC élabore également des plans logistiques et de fabrication qui prévoient l’évaluation de l’impact sur l’environnement. Ces outils et méthodes jouent un rôle important dans la consolidation de la position dominante du Canada dans le domaine de la fabrication de produits forestiers durables.

FORAC regroupe sous une même entité huit partenaires industriels, qui versent près du tiers du budget annuel du consortium se chiffrant à 1,5 million de dollars. Le reste du financement du consortium provient des gouvernements du Québec et du Canada, notamment des programmes Professeurs-chercheurs industriels et Subventions de recherche et développement coopérative, du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG).

Les réalisations du consortium FORAC lui ont valu le Prix Brockhouse du Canada pour la recherche interdisciplinaire en sciences et en génie de 2012, décerné par le CRSNG.

Il est utile non seulement de faire un décompte des publications, mais aussi de considérer le nombre d’articles publiés dans les 25 revues spécialisées les plus influentes de leur domaine (suivant l’indicateur SCImago Journal Rank en fonction des données sur les citations). D’après un décompte des publications nationales dans ces revues les plus influentes, le Canada se classe, selon un calcul par habitant, au 10e rang parmi les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et du BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine), derrière la Suisse, la Suède, le Danemark, l’Islande, les Pays-Bas, la Norvège, la Finlande, l’Australie et le Royaume-Uni126. Cette situation laisse voir que les chercheurs canadiens, bien qu’ils publient beaucoup, pourraient améliorer la visibilité de leurs résultats de recherche en tentant plus activement de les publier dans les revues du quartile le plus influent127.

Indicateurs bibliométriques d’incidence

Les indicateurs bibliométriques d’incidence mesurent l’influence des chercheurs d’un pays en calculant le nombre de fois que leur recherche est citée, l’hypothèse sous-jacente étant que plus un article est cité, plus il a d’influence sur la recherche. L’Observatoire des sciences et des technologies compile un indice basé sur la moyenne des citations relatives (MCR) par pays, qui mesure l’incidence à court terme des publications dans les domaines des sciences naturelles et du génie128. Suivant ce calcul, une MCR supérieure à 1 signifie que les publications du pays considéré sont davantage citées que la moyenne mondiale, ce qui veut dire qu’elles ont une plus grande incidence. En 2010, la MCR du Canada était de 1,32 (en hausse par rapport à une MCR de 1,29 en 2008), soit bien au-dessus de la moyenne mondiale. Le pays ne s’est toutefois classé qu’au 24e rang, derrière, notamment, la Suisse (1,66), le Danemark (1,63), les Pays-Bas (1,59), le Royaume-Uni (1,46) et les États-Unis (1,38). La MCR du Canada augmente continuellement depuis 2001 (année où elle était de 1,22), mais, à l’exception des États-Unis, du Cambodge et de la Gambie, tous les pays mieux classés que le Canada en 2010 ont vu leur MCR croître davantage que celle du Canada pendant la même période. La MCR plutôt quelconque du Canada par rapport à celle des pays les mieux classés est liée au fait, mentionné ci-dessus, que les chercheurs canadiens ne publient pas autant dans les revues du quartile le plus influent qui, par définition, sont celles dont les articles sont les plus cités.

Ventilée par domaine de recherche, la MCR du Canada est supérieure à la moyenne mondiale dans tous les domaines scientifiques. C’est en physique que la MCR canadienne est la meilleure (1,47). Le Canada a également obtenu de bons résultats en médecine clinique (1,46) et en sciences de la Terre et de l’espace (1,42). Parmi les autres domaines scientifiques, mentionnons que le Canada a obtenu une MCR de 1,31 en recherche biomédicale, de 1,28 en biologie et en chimie, de 1,17 en mathématiques et de 1,05 en génie et technologie.

Les indicateurs bibliométriques d’incidence peuvent également être considérés à l’échelle des établissements. L’OCDE a entrepris de déterminer les 50 universités ayant la plus forte incidence à l’échelle mondiale, en fonction des articles cités dans toutes les disciplines. En 2009, 40 de ces 50 universités étaient américaines et les 10 autres étaient européennes (5 britanniques, 2 françaises, 1 néerlandaise, 1 suisse et 1 italienne)129. Si aucune université canadienne ne s’est classée globalement parmi les 50 premières, le Canada a mieux fait dans certains domaines particuliers, ses universités se classant parmi les 50 premières dans 11 des 16 domaines, soit 4 en sciences de la Terre et planétaire, 3 en pharmacologie, toxicologie et produits pharmaceutiques, 2 en sciences informatiques, 2 en ingénierie, 2 en sciences de l’environnement, 2 en immunologie et microbiologie, 2 en neurosciences, 2 en psychologie, 1 en sciences des matériaux, 1 en médecine et 1 en sciences sociales.


Découvrir la vraie nature des forces et des particules fondamentales

Découvrir la vraie nature des forces et des particules fondamentalesNommé scientifique de l’année 2012 par Radio-Canada, le physicien Pierre Savard contribue à la découverte de la vraie nature des forces et particules fondamentales.

M. Savard est professeur agrégé en physique expérimentale des particules à l’Université de Toronto et chercheur au Laboratoire de physique des particules TRIUMF, à Vancouver, un des chefs de file en matière de physique subatomique. M. Savard a joué un rôle clé dans l’une des plus importantes recherches scientifiques de sa génération. À titre de coordonnateur d’ATLAS-Canada pour la physique (une expérience en physique des particules, menée au Grand collisionneur de hadrons, en Suisse, l’accélérateur de particules le plus grand et le plus puissant du monde), M. Savard faisait partie d’une des deux équipes qui, en juillet 2012, ont prouvé l’existence du boson de Higgs, une particule élémentaire donnant une masse aux autres particules. M. Savard et six autres chercheurs de l’Université de Toronto (Richard Teuscher, David Bailey, Peter Krieger, Robert Orr, Pekka Sinervo et William Trischuk) ont construit un composant essentiel du détecteur ATLAS et ont analysé ses données à l’aide des ressources informatiques de SciNet, à l’université, pour déceler les collisions pouvant contenir des bosons de Higgs.

En plus d’accroître nos connaissances sur les lois fondamentales de la physique, ce type de recherche contribue à la formation d’une main-d’oeuvre hautement qualifiée et a de nombreuses retombées technologiques. La recherche de M. Savard a été financée par le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, la Fondation canadienne pour l’innovation et le Fonds pour la recherche en Ontario.

Indicateurs structurels

Dans le contexte de l’économie mondiale du savoir, la collaboration entre chercheurs de différents pays devient un élément de plus en plus important de la recherche scientifique. Les données semblent indiquer que les publications internationales conjointes sont davantage citées et ont une plus grande incidence, et que plus la collaboration est importante, plus l’incidence de la recherche est grande. Les données publiées par l’Observatoire des sciences et des technologies montrent qu’en 2010, 48,8 % des articles en sciences naturelles et en génie publiés par des chercheurs canadiens étaient des publications internationales conjointes. Il s’agit d’un sommet après une hausse soutenue, cette proportion ayant été de 14,3 % en 1980, de 22,7 % en 1990, de 36,3 % en 2000 et de 45,9 % en 2008. Fait intéressant, de 1980 à 2007, l’écart entre le taux de publications internationales conjointes du Canada et la moyenne des pays du G7 est passé de 8 % à 16 %130. En 2010, c’est avec des chercheurs américains que les chercheurs canadiens en sciences naturelles et en génie ont le plus collaboré (47,6 % des publications conjointes), suivis des chercheurs britanniques (13,9 %), allemands (10,8 %), français (10,6 %) et chinois (10,4 %).


Accroître la reconnaissance internationale des grands chercheurs et scientifiques du Canada

Le gouverneur général du Canada, Son Excellence le très honorable David Johnston, est à la tête d’une initiative visant à renforcer la visibilité du Canada quant à sa contribution croissante à l’excellence de la recherche mondiale. Reconnaître les réussites découlant de la recherche favorise une culture de l’excellence et de l’innovation et encourage les jeunes Canadiens à poursuivre des études universitaires et à faire carrière dans la recherche. Cela permet également de rehausser le profil international du Canada en tant que pays de choix pour étudier, faire de la recherche et s’établir.

Dans le cadre de cette initiative, des mesures préliminaires ont été prises pour appuyer la nomination d’éminents chercheurs et de scientifiques canadiens à de prestigieux prix et d’importantes récompenses, dont les prix Nobel qui ont rarement été décernés à des chercheurs canadiens. Les présidents des trois organismes subventionnaires fédéraux (le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, les Instituts de recherche en santé du Canada et le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada) ont offert leur aide aux intervenants canadiens du domaine de la recherche pour appuyer la préparation de dossiers convaincants sur les meilleurs candidats aux prix internationaux.

Mesurer le rendement des universités canadiennes

La mondialisation a avivé la concurrence entre les universités du monde entier et accru l’attention portée aux classements mondiaux des universités, considérés comme une mesure du rendement national en matière de recherche. Trois grands systèmes de classement des universités sont actuellement utilisés, soit le classement académique des universités mondiales par l’Université Jiao-tong de Shanghai (Graduate School of Education), aussi appelé le classement de Shanghai, le classement de l’enseignement supérieur THE (Times Higher Education ranking) et le classement universitaire mondial de Quacquarelli Symonds (QS).

L’état des lieux en 2008 et L’état des lieux en 2010 présentaient les résultats du Canada en détail pour les trois classements, tout en soulignant leurs nombreuses limites et failles méthodologiques. Dans la dernière édition de chacun des trois classements, la liste des dix universités les mieux classées continue d’être monopolisée par des établissements américains et britanniques. Le Canada se démarque en ce qu’il est l’un de seulement trois pays dont au moins une université se classe entre le 11e et le 20e rang dans chacun des trois classements. Le Canada et la Suisse ont chacun deux universités parmi les 20 mieux classées, et le Japon en compte une.

Cependant, malgré les importants investissements du Canada dans la R-D menée par le secteur de l’enseignement supérieur, les universités canadiennes n’ont pas réalisé de progrès réel, depuis L’état des lieux en 2008, quant à leur classement parmi les 100 établissements les mieux cotés, et le pays n’a pas réussi à rapprocher ses plus grandes universités de recherche des 10 premières places. Certaines données laissent même croire que le Canada perd des plumes parmi les 100 premières places, alors que le classement d’autres pays s’améliore. Le Canada est en concurrence à l’échelle mondiale, et certains pays investissent de façon vigoureuse dans l’enseignement supérieur et la recherche et adoptent des stratégies ciblées visant à « catapulter » leurs universités parmi les établissements les mieux cotés au monde. Dans ce contexte, la position concurrentielle des universités de recherche du Canada pourrait s’affaiblir, et celles-ci pourraient avoir de plus en plus de difficulté à maintenir ou à améliorer leur classement parmi les établissements de premier plan à l’échelle mondiale. L’adoption de mesures audacieuses, y compris d’une stratégie nationale cohérente, est nécessaire pour propulser les universités canadiennes aux premiers rangs des grands établissements d’enseignement du monde.


Investissements stratégiques des pays asiatiques dans la recherche menée par le secteur de l’enseignement supérieur

Ces dernières années, de nombreuses économies asiatiques, dont la Chine, l’Inde, le Japon, la Corée du Sud, Singapour, Hong Kong, le Taipei chinois et la Malaisie, ont élaboré des plans stratégiques ambitieux visant à se doter d’universités de calibre mondial et à renforcer ainsi leur développement économique et social. Par exemple, le gouvernement chinois a lancé le Projet 985, conçu pour amener 39 universités à répondre à des normes de calibre mondial et à établir leur réputation internationale. Parmi ces 39 universités, 9 font l’objet d’investissements particuliers pour en faire des établissements de calibre mondial formant, en quelque sorte, une « Ivy League » chinoise. Des distinctions supplémentaires sont faites parmi ces 9 établissements, afin de concentrer les ressources nationales au sein des universités de Beijing et Tsinghua et de propulser ces dernières parmi les 20 plus grands établissements d’enseignement supérieur de la planète1. De 1999 à 2007, le gouvernement central chinois a investi 32 milliards de yuans, soit environ 4,9 milliards de dollars américains, dans le Projet 985, les neuf principales universités ayant obtenu plus de la moitié de cette somme. Depuis 1999, le nombre de publications dans les grandes revues scientifiques provenant de ces neuf universités a augmenté de façon significative, et la position relative de ces établissements au sein des classements s’est améliorée de façon constante2.


1Richard Levin, « The Rise of Asia’s Universities, » Foreign Affairs, mai-juin 2012.

2Qing Hui Wang, Qi Wang et Nian Cai Liu, « Building World-Class Universities in China: Shanghai Jiao Tong University », dans Philip G. Altbach et Jamil Salmi (rédacteurs), La voie de l’excellence académique : la création d’universités de recherche de rang mondial, Banque internationale pour la reconstruction et le développement, Banque mondiale, Washington, 2011, p. 34-36.

TRANSFERT DES CONNAISSANCES

Le transfert des connaissances est un processus selon lequel le savoir passe d’une organisation à une autre dans un but de commercialisation ou dans l’intérêt du public. Il englobe un continuum d’activités, qui touchent l’ensemble des secteurs et des intervenants de l’écosystème des STI, dans le cadre desquelles des connaissances sont partagées entre ceux qui les développent et ceux qui les transforment en produits, en services ou en innovation. Les activités de transfert de connaissances sont donc essentielles au bien-être économique et social.

À mesure que l’intensité du savoir croît dans l’industrie, le rôle économique du transfert des connaissances prend de plus en plus d’importance. C’est particulièrement le cas du transfert de connaissances et de propriété intellectuelle associé aux découvertes réalisées par les établissements d’enseignement supérieur. De plus en plus de pays s’affairent à concevoir des programmes de transfert des connaissances issues des établissements d’enseignement supérieur afin de renforcer leur développement économique. Plus la collaboration des universités et des collèges au développement économique devient importante, plus les interactions et les relations entre les intervenants de l’écosystème des STI seront complexes.

La forme de transfert de connaissances la plus efficace s’appuie sur les gens, c’est-à-dire sur l’interaction entre les personnes et sur leur mobilité. Les connaissances passent de l’industrie aux établissements d’enseignement, et vice versa, lorsque les étudiants collégiaux et universitaires de tous les niveaux prennent part à des stages en entreprise ou participent à des programmes d’alternance travail-études. Ces stages et programmes offrent des occasions d’apprentissage en milieu de travail aux étudiants en les intégrant pendant un certain temps à des entreprises qui cultivent leurs talents et enrichissent leurs connaissances, et qui en bénéficient également. Des connaissances sont aussi transférées lorsque les diplômés occupent un emploi qui met directement à profit leurs connaissances. Le chapitre 6, « Développement et déploiement des talents », traite des réalisations du Canada quant à ces formes de transfert de connaissances.

La collaboration en R-D entre l’industrie et le milieu universitaire est une autre forme cruciale de transfert de connaissances axé sur les gens. Cette collaboration peut prendre de nombreuses formes, y compris la présence de chercheurs chevronnés au sein des conseils d’administration des entreprises ou l’emploi de ces chercheurs dans l’industrie, et la création d’instituts de recherche universitaires ou le financement de bourses d’études supérieures par les entreprises pour que les étudiants soient mieux préparés et puissent répondre aux besoins de l’industrie. La collaboration la plus fructueuse entre l’industrie et le milieu universitaire a lieu dans le cadre d’initiatives de recherche à long terme, orientées sur la découverte et ayant le potentiel de transformer les industries, ainsi que dans le cadre de projets de recherche appliquée proches de la mise en marché. La collaboration directe et soutenue entre les universités et l’industrie en matière de R-D peut avoir lieu au sein de réseaux de recherche, qui peuvent être associés à des centres de recherche universitaires établis en partenariat avec l’industrie. L’appui à ces réseaux, dans ce grand pays peu peuplé, est un élément essentiel des programmes de soutien à la R-D au Canada.

Bien qu’on puisse citer nombre d’excellents exemples de collaboration entre l’industrie et les établissements d’enseignement au Canada, les rapports L’état des lieux continuent à souligner la nécessité d’accroître la collaboration entre les différents partenaires de l’écosystème des STI au pays. Selon une enquête menée auprès des chefs d’entreprise publiée dans le Rapport global sur la compétitivité de 2012-2013 du Forum économique mondial, le Canada se classe au 15e rang sur 144 économies au chapitre de la collaboration en R-D entre l’industrie et les établissements d’enseignement (un résultat moins bon que le 7e rang de 2010-2011 et le 14e rang de 2008-2009). Il se classe derrière des pays comme la Suisse (1er rang), le Royaume-Uni (2e rang), les États-Unis (3e rang), l’Allemagne (11e rang) et l’Australie (13e rang)131. Ces résultats doivent toutefois être considérés avec prudence, car ce classement découle d’une méthode moins rigoureuse que celle fondée sur des données quantitatives et reflète les perceptions des chefs d’entreprises du Canada au sujet du Canada par rapport aux perceptions des chefs d’entreprises d’autres pays au sujet de leur propre pays.


Transfert de connaissances dans le domaine des sables bitumineux

Transfert de connaissances dans le domaine des sables bitumineuxL’industrie et les universités collaborent au Centre for Oil Sands Innovation (COSI) pour trouver de nouvelles façons de garantir un développement des sables bitumineux au Canada qui est durable tant sur le plan environnemental que sur le plan économique et social.

Le COSI a été créé à l’Université de l’Alberta en 2005, dans le cadre d’un partenariat entre la Pétrolière Impériale Ressources Limitée et le département d’ingénierie de l’Université. Depuis sa création, le COSI s’est développé pour former un réseau qui compte plus de 100 chercheurs, grâce à la participation d’organismes gouvernementaux provinciaux, de sociétés privées et de 4 autres universités canadiennes (l’Université de Victoria, l’Université de la Colombie-Britannique, l’Université Queen’s et l’Université d’Ottawa). De manière générale, les projets de recherche menés au COSI reçoivent l’appui conjoint de chercheurs des universités et de l’industrie à chaque étape du cycle de recherche, depuis la formulation d’idées et l’évaluation de la valeur potentielle pour l’industrie jusqu’à l’exécution et à l’évaluation des résultats de recherche.

Au COSI, la recherche sur les sables bitumineux vise à minimiser l’utilisation de l’eau et de l’énergie, à diminuer les émissions de gaz à effet de serre et autres émissions, ainsi qu’à mettre au point des produits de grande qualité, à prix réduit. Par exemple, un groupe de recherche dirigé par Natalia Semagina, professeure à l’Université de l’Alberta, a récemment élaboré des catalyseurs pour la valorisation des combustibles, à partir de métaux moins chers que le platine qui est actuellement utilisé dans les raffineries. Le problème de recherche avait été soulevé par la Pétrolière Impériale, et l’équipe de recherche de l’Université a proposé une méthodologie efficace pour le régler. De nombreuses réunions entre le personnel de recherche de l’Université et les scientifiques de l’industrie ont permis un bon échange des connaissances et ont aidé à adapter la science fondamentale universitaire aux besoins de la Pétrolière. Les nouveaux catalyseurs visent à améliorer la qualité des combustibles, à réduire leur incidence négligeable sur l’environnement et la santé, ainsi qu’à diminuer la consommation énergétique des technologies de valorisation des combustibles.

Depuis sa création, le COSI a reçu des fonds de son partenaire industriel, Pétrolière Impériale Ressources Limitée, d’Alberta Innovates ainsi que du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada.

 


L’analyse des gènes pour le dépistage précoce
et le traitement amélioré des maladies

Le séquençage du génome humain, de même que de nouvelles idées sur le rôle de l’ADN « muet », contribuent de façon exponentielle au développement de notre compréhension de la façon dont le corps humain fonctionne réellement. Ces avancées ouvrent la voie à la possibilité de prodiguer un jour des soins médicaux adaptés à l’ADN unique du patient. Le Centre d’innovation Génome Québec et Université McGill joue un rôle de premier plan dans l’avancement de ces travaux, décodant le rôle joué par la séquence génétique d’une personne sur des affections comme les maladies cardiaques, l’asthme et le diabète de type 2. Le but ultime consiste en un dépistage précoce, des traitements plus efficaces et une meilleure qualité de vie pour des millions de Canadiennes et de Canadiens.L’analyse des gènes pour le dépistage précoce

Le Centre d’innovation offre aux industriels et aux établissements universitaires des services complets d’analyse d’ADN et d’ARN, y compris des méthodes originales de séquençage d’une simple molécule et d’annotation fonctionnelle des génomes. Il attire des partenaires industriels, notamment IBM, pour trouver des solutions permettant de traiter l’important volume de données produites dans le domaine de la recherche en génomique.

Le travail du Centre d’innovation s’avère essentiel dans de nombreuses études génomiques à grande échelle. Par exemple, le projet FORGE Canada (Découverte de gènes à l’origine des maladies rares au Canada) emploie la technologie de séquençage de nouvelle génération du Centre d’innovation pour analyser rapidement le code génétique d’une personne, ce qui permet aux chercheurs d’identifier les gènes responsables des anomalies congénitales, de la déficience intellectuelle et d’autres problèmes. Les chercheurs du Consortium canadien en génomique du cancer pédiatrique utilisent cette même technologie pour découvrir les points faibles de six des cancers infantiles les plus agressifs.

Le Centre d’innovation est dirigé par Mark Lathrop, directeur scientifique, qui s’est affilié à McGill en 2011. M. Lathrop était alors de retour au Canada avec une vaste expérience en recherche de pointe, incluant la préparation du projet du génome humain, tâche qu’il a réalisée en co-fondant le Centre National de Génotypage à Paris en 1998. Depuis sa création, le Centre d’innovation a reçu du financement de Génome Canada, de Génome Québec, des Instituts de recherche en santé du Canada, du Fonds de recherche du Québec – Santé et de la Fondation canadienne pour l’innovation.

Lorsque l’on considère le rendement du Canada en matière de transfert des connaissances, il est important de tenir compte des indicateurs associés à la « traction de la demande » et à la « poussée par l’offre ». On dit qu’il y a traction de la demande lorsque les universités et autres organismes de recherche sont sollicités par l’industrie afin de trouver des solutions à des problèmes de production ou d’innovation. Les données sur la recherche contractuelle nous éclairent sur cette traction. À l’inverse, on dit que le transfert est poussé par l’offre lorsque les établissements d’enseignement transfèrent leurs inventions à des entreprises existantes ou à de nouvelles entreprises par l’octroi de licences, ou que des entreprises dérivées commercialisent leur propriété intellectuelle.

Malheureusement, comme ce fut le cas pour L’état des lieux en 2008 et L’état des lieux en 2010, l’absence de données internationales limite notre capacité à effectuer une comparaison entre le Canada et d’autres pays relativement à la traction de la demande en transfert de connaissances et à la poussée par l’offre. Cependant, les données accumulées donnent à penser que le transfert de connaissances des établissements d’enseignement supérieur aux entreprises du secteur privé demeure problématique au Canada, malgré certains signes positifs concernant la traction de la demande. Cette situation est assez décevante, surtout compte tenu de l’attention évidente portée par le gouvernement fédéral à la commercialisation depuis le milieu des années 2000. Il est nécessaire d’obtenir de meilleurs résultats dans ce domaine pour s’assurer que le Canada tire pleinement profit de ses investissements et de ses forces en matière de développement des connaissances.


 

Le transfert de connaissances des établissements d’enseignement supérieur aux entreprises du secteur privé demeure problématique au Canada.

Traction de la demande en transfert de connaissances

Transfert de connaissances par la recherche contractuelle

Les entreprises et les organisations qui retiennent les services d’universités ou d’hôpitaux pour mener de la recherche le font pour répondre à un problème ou à un besoin précis. La recherche contractuelle est donc un moyen particulièrement efficace de transférer des connaissances qui ont des applications pratiques et éventuellement une valeur commerciale.

En 2009, les 95 universités du Canada et leurs hôpitaux de recherche affiliés ont mené des travaux de recherche contractuelle d’une valeur de 1,65 milliard de dollars, soit moins que le montant légèrement inférieur à 2 milliards versé en 2008 selon L’état des lieux en 2010. Cette diminution est probablement attribuable en grande partie à la crise économique. Le total des contrats en 2009 est tout de même en hausse par rapport à 2005 (1,00 milliard de dollars), à 2006 (1,15 milliard) et à 2007 (1,27 milliard)132. La situation se compare très favorablement à celle des États-Unis où, en 2009, 4 milliards de dollars ont été investis au total dans les contrats de recherche, selon des données couvrant environ 185 établissements (universités, hôpitaux et établissements de recherche)133.

De 2005 à 2008, la valeur des contrats de recherche conclus par les universités et les hôpitaux de recherche avec des entreprises et des organismes à but non lucratif du Canada représentait 33 % de la valeur totale des contrats de recherche, et la valeur des contrats conclus avec les gouvernements fédéral et provinciaux représentait environ 20 % et 25 % du total, respectivement. Les sources étrangères (gouvernements, entreprises ou organismes) comptaient pour 22 % de la valeur totale des contrats.

Fait intéressant, le total des sommes investies par les entreprises canadiennes dans la R-D menée par le secteur de l’enseignement supérieur (en grande partie par l’entremise de contrats de recherche) est en croissance et a atteint un sommet de 896 millions de dollars en 2009 (figure 5-3). Après ce sommet de 6,33 % du total des dépenses en R-D des entreprises en 2009, la part du secteur de l’enseignement supérieur a diminué, comptant pour 6,13 % du total en 2012. Cette proportion est tout de même beaucoup plus  importante qu’en 2001, année où elle se situait à 5,18 %.

Poussée par l’offre de transfert de connaissance

Octroi de licences d’utilisation de technologies

Les indicateurs fondés sur les licences mesurent le transfert au secteur privé des connaissances ayant une valeur commerciale et témoignent des retombées des investissements publics dans le secteur de l’enseignement supérieur. Les plus récentes données de Statistique Canada révèlent soit une stagnation, soit une diminution des activités d’octroi de licences au Canada. Selon l’Enquête sur la commercialisation de la propriété intellectuelle dans le secteur de l’enseignement supérieur (2009), 76 % des 95 universités canadiennes et hôpitaux d’enseignement affiliés ayant répondu à l’enquête géraient de la propriété intellectuelle, soit moins qu’en 2008 (81 %). Toujours selon cette enquête, ces 95 établissements ont créé 537 nouvelles licences et options (c’est-à-dire le droit de négocier l’octroi d’une licence) en 2009, un nombre similaire à celui de 2007 et de 2008, et disposaient d’un total de 2 662 licences en vigueur, soient moins que les 3 343 de 2008.


Combler le fossé entre les universités et l’industrie en matière de commercialisation

Le Centre pour la recherche-développement sur les médicaments (CRDM), un centre d’excellence en commercialisation et en recherche, ou CECR, est le centre national entièrement intégré de mise au point et de commercialisation de médicaments du Canada. Son mandat consiste à créer de nouveaux médicaments pour le traitement des maladies humaines ainsi qu’à offrir des possibilités d’investissement viables pour le secteur privé, et ce, grâce aux découvertes permises par la recherche en santé financée par des fonds publics.

Établi à Vancouver, le CRDM allie une plateforme sans but lucratif pour la mise au point de médicaments et un organe de commercialisation, CDRD Ventures Inc. (CVI). Le CRDM et CVI ont tous deux tissé plusieurs partenariats avec des chefs de file de l’industrie pharmaceutique sur la scène internationale, dont Pfizer, GlaxoSmithKline, Johnson & Johnson et Roche. Ces partenariats permettent l’affectation de fonds ciblés pour favoriser l’évolution, en vue de leur commercialisation, des technologies les plus novatrices et prometteuses sur le plan thérapeutique en santé au Canada. C’est également grâce à ces fonds que les premières étapes de la création des technologies peuvent bénéficier du savoir-faire précieux d’experts dans le domaine du commerce. Dans le cadre de ces partenariats, le CRDM ou CVI dirigent l’élaboration des projets qu’ils choisissent conjointement avec chacun de leurs partenaires de l’industrie. Ils établissent avec ces partenaires respectifs les voies de développement les plus appropriées en matière de propriété intellectuelle quant aux projets choisis et évaluent les possibilités de collaboration, de financement, de gestion et de commercialisation des technologies.

Le CRDM et CVI mènent leurs activités dans des installations situées sur les campus de l’Université de la Colombie-Britannique et de l’Université Simon-Fraser ainsi que dans des installations de la British Columbia Cancer Agency. En février 2013, ils ont reçu de nouveaux fonds de 8 millions de dollars à l’issue du dernier concours du Programme des CECR du gouvernement fédéral.

L’Association of University Technology Managers (AUTM) publie également des données sur les activités de transfert de connaissances des universités canadiennes. Les données du document Canadian Licensing Activity Survey (AUTM, 2011) visent un échantillon considérablement plus petit que celui considéré par Statistique Canada, soit environ 40 universités canadiennes et hôpitaux d’enseignement affiliés. Étant moins complet, cet ensemble de données ne doit être considéré qu’à titre indicatif de l’activité canadienne. Les données de l’AUTM sont toutefois plus récentes que celles de Statistique Canada, et elles peuvent être comparées avec les données américaines publiées par l’association dans son U.S. Licensing Activity Survey, qui comprend environ 185 établissements américains.


Technologies de l’information axées sur les personnes

Sheelagh Carpendale est au centre des efforts qui sont déployés pour faire en sorte que les appareils de technologie de l’information soient au service des personnes qui les utilisent, de façon concrète et intuitive, dans leur vie quotidienne et au travail. Elle est titulaire de la Chaire de recherche industrielle CRSNG-AITF-SMART en technologies interactives et de la Chaire de recherche du Canada en visualisation de l’information à l’Université de Calgary. Elle y dirige une équipe de recherche, l’une des rares dans le monde, qui a pour but de développer des applications interactives pour les écrans sur table dont le périphérique d’entrée est une action humaine naturelle plutôt qu’une souris, un clavier ou un dispositif de saisie spécial.

Mme Carpendale s’inspire de sa vaste expertise en matière de recherche interdisciplinaire, qui englobe notamment les beaux-arts, la psychologie, l’ethnographie, la visualisation de l’information et la communication personne-machine, pour favoriser la conception de technologies de l’information innovatrices axées sur les personnes. En étudiant l’interaction entre les personnes et l’information, les images, la technologie et les autres personnes, Mme Carpendale conçoit des représentations visuelles des données qui sont plus naturelles, accessibles, interactives et compréhensibles.

Le partenariat que Mme Carpendale a établi avec SMART Technologies, une entreprise de Calgary, a influé sur l’élaboration du tableau blanc interactif de cette entreprise et a incité cette dernière à ajouter les écrans sur table interactifs à sa gamme d’écrans tactiles multipoints utilisés dans les classes et les bureaux du monde entier.

La participation de Mme Carpendale à des collaborations de recherche à l’échelle du Canada financées par le CRSNG – des réseaux comme NECTAR (communication personne-machine), SurfNet (interaction tactile) et GRAND (médias et technologies numériques) – a joué un rôle important dans le développement de ses travaux, ce qui lui a valu une Bourse commémorative E.W.R. Steacie du CRSNG en 2012.

Dans l’ensemble, les données de l’AUTM montrent que les établissements américains réussissent généralement mieux que les canadiens à créer des licences, à les maintenir en vigueur et à en faire une source de revenus (figure 5-4). L’enquête canadienne de 2011 de l’AUTM confirme la stagnation rapportée par Statistique Canada en ce qui a trait à la création de nouvelles licences et options de 2007 à 2009134, et donne à penser que la diminution se poursuit. L’enquête américaine de 2011 de l’AUTM montre quant à elle que la création de nouvelles licences et options a également quelque peu stagné dans ce pays de 2007 à 2010, mais qu’elle a fortement augmenté en 2011. En ce qui concerne les licences en vigueur, l’AUTM rapporte une légère hausse pour les établissements canadiens depuis 2009 et une augmentation plus marquée pour les établissements américains. Enfin, selon les données de l’AUTM, les revenus découlant de l’octroi de licences des établissements canadiens ont augmenté en 2011, pour atteindre 65,9 millions de dollars, alors que ceux des établissements américains sont demeurés relativement stables, totalisant 2,46 milliards de dollars américains. Malgré cette augmentation des revenus découlant de l’octroi de licences des établissements canadiens, la part moyenne de chaque établissement au Canada n’a été que de 1,6 million de dollars, par rapport à environ 13,3 millions de dollars américains aux États-Unis.

 


Faciliter l’accès à la propriété intellectuelle des universités – L’exemple des universités de recherche du sud de la Colombie-Britannique

Les universités de recherche du sud de la Colombie-Britannique (Université de la Colombie-Britannique, Université de Victoria et Université Simon-Fraser) ont récemment lancé une initiative visant à réduire le fardeau associé à la négociation des contrats de licence avec les établissements de leur groupe et à rendre leur propriété intellectuelle plus accessible. Elles souhaitent harmoniser ainsi leurs pratiques en matière de transfert de technologie et offrir aux entrepreneurs et à l’industrie des façons simples et peu coûteuses d’avoir accès à leur propriété intellectuelle et à leurs technologies. Le financement demandé par les trois universités au British Columbia Innovation Council vise à soutenir la création du BC Express Technology Licensing Program, qui offrira des contrats de licence normalisés et simplifiés aux partenaires d’affaires, et la création du Open IP Program, qui simplifiera l’accès de l’industrie aux innovations non brevetées des trois universités.

Ces résultats relativement peu impressionnants du Canada en matière d’octroi de licences indiquent que les universités du pays mettent moins l’accent que les universités américaines sur la production de connaissances dont les entreprises ont besoin. Ils pourraient aussi signifier que les entreprises sont découragées par le temps énorme et la quantité excessive de ressources qu’il est généralement nécessaire d’investir dans la négociation des contrats de licence au Canada.

Entreprises dérivées

La création d’entreprises dérivées par les universités et leurs hôpitaux de recherche affiliés témoigne de l’importance accordée par ces établissements à la commercialisation. Le nombre d’entreprises dérivées créées chaque année par des établissements canadiens est très inférieur à celui créé par les établissements américains.

La plus récente édition de l’Enquête sur la commercialisation de la propriété intellectuelle dans le secteur de l’enseignement supérieur de Statistique Canada (2009) n’offre pas de nouvelles données sur les entreprises dérivées. Toutefois, selon l’édition de 2008, les universités et leurs hôpitaux de recherche affiliés ont constitué 19 entreprises dérivées en 2008, soit beaucoup moins que les 50 constituées en 2007. Le nombre d’entreprises dérivées constituées chaque année a augmenté de façon constante de 1980 à 1999, culminant en force de 1995 à 1999, mais il diminue depuis. Conséquence de cette tendance, en 2008, le nombre d’entreprises dérivées constituées annuellement était revenu à ce qu’il était avant les années 1990, comme le montre la figure 5-5.

Des données recueillies de manière indépendante par l’AUTM dans le cadre de ses enquêtes sur l’octroi de licences confirment la tendance générale à la baisse en matière de création d’entreprises dérivées de 2000 à 2010. Ces enquêtes montrent toutefois également une reprise de la croissance pour un échantillon d’environ 40 établissements canadiens, avec 68 entreprises dérivées créées en 2011 par rapport à 50 en 2010, ce qui correspond à une augmentation de 36 %135. Il reste à voir si cette augmentation marque le début d’une nouvelle tendance à la hausse au pays. Les données de l’AUTM sur les États-Unis, qui concernent environ 180 établissements, montrent une augmentation constante du nombre d’entreprises dérivées créées chaque année par les universités américaines de 2006 à 2011, qui est passé de 462 à 670. Cela correspond à environ 1,7 entreprise dérivée par établissement répondant au Canada en 2011, comparativement à 3,7 aux États-Unis. Ces résultats montrent que les établissements américains participent de façon beaucoup plus dynamique à la création d’entreprises dérivées que les établissements canadiens. Les étudiants et chercheurs canadiens en technologie, en génie et en sciences naturelles pourraient tirer parti d’une meilleure formation, notamment par l’entremise de cours en entrepreneuriat, sur le développement et la mise en marché des produits de la recherche ayant un potentiel commercial136.


123Dans les cas où les données de 2006, 2008 ou 2011 n’étaient pas disponibles, celles de l’année la plus rapprochée ont été utilisées aux fins du calcul du classement. Voir à la figure 5-2 les années employées.

124La section de L’état des lieux en 2010 traitant de la bibliométrie était basée sur des données internationales publiées par l’Observatoire des sciences et des techniques de Paris, qui diffère de l’Observatoire des sciences et des technologies de Montréal. Comme ces données n’avaient pas été mises à jour, elles n’ont pas pu être utilisées dans le présent rapport. Certaines différences dans les méthodes de calcul expliquent les écarts entre les données rapportées dans L’état des lieux en 2010 et celles du présent rapport. Toutefois, si l’on considère les tendances, on remarque de fortes corrélations entre les résultats publiés par les deux organisations, ce qui fait que la présente analyse bibliométrique complète celle présentée dans L’état des lieux en 2010.

125Observatoire des sciences et des technologies, Thomson Reuters–Web of Science.

126OCDE, Science, technologie et industrie : Tableau de bord 2011, Paris, 2011, p. 94.

127Cette conclusion est corroborée par le classement de l’Université Jiao-tong de Shanghai, qui mesure, pour toutes les universités considérées, le nombre d’articles publiés dans les deux plus prestigieuses revues scientifiques, Nature et Science, entre 2006 et 2010, ainsi que le nombre d’articles en proportion du personnel académique dans ces deux revues. La performance de la majorité des universités les mieux classées du Canada quant à ces indicateurs est généralement beaucoup plus faible que leur performance globale.

128Cet indicateur s’appuie sur le nombre de citations d’articles des domaines des sciences naturelles et du génie provenant d’un pays donné pendant les trois années qui suivent leur publication. Ce nombre est ensuite normalisé en fonction du nombre moyen de citations des articles du même domaine, en tenant compte du fait que les pratiques en matière de citation varient d’un domaine à l’autre.

129OCDE, Science, technologie et industrie : Tableau de bord de l’OCDE 2011, Paris, 2011, p. 42.

130Observatoire des sciences et des technologies, « La recherche au Canada en 2007 : une affaire de collaboration », L’observation S&T note n° 22, décembre 2009, p. 4.

131Forum économique mondial, Rapport global sur la compétitivité de 2012-2013, 2012, p. 515.

132Statistique Canada, Tableau CANSIM 358-0025, janvier 2013.

133Association of University Technology Managers, U.S. Licensing Activity Survey: FY2011, 2012, p. 19.

134Association of University Technology Managers, Canadian Licensing Activity Survey: FY2011, 2012, p. 36.

135Association of University Technology Managers, Canadian Licensing Activity Survey: FY2011, 2012, p. 43.

136Association of University Technology Managers, U.S. Licensing Activity Survey: FY2011, 2012, p. 37.