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L'état des lieux en 2012

Chapitre 7 : Conclusion et stratégie d’avenir


Le succès du Canada au 21e siècle dépendra en grande partie de sa capacité d’exploiter les sciences, la technologie et l’innovation (STI) afin d’assurer la prospérité économique et d’améliorer le bien-être de la société. Les STI sont essentielles à la croissance accrue de la productivité. Ils permettent la création d’emplois de qualité, l’établissement et l’expansion d’entreprises ainsi que la résolution de problèmes environnementaux, sociaux et de santé urgents.

L’état des lieux en 2012 confirme ce que nous ont appris les rapports de 2010 et de 2008, à savoir que le Canada possède de solides fondements en STI, notamment grâce à la grande qualité de ses talents et à sa capacité à générer de nouvelles connaissances. Mais il ne doit pas se satisfaire du statu quo ni de progrès graduels. En effet, d’autres pays planifient et investissent de façon stratégique afin d’améliorer leur écosystème des STI et, d’après notre dernier rapport, ces mesures commencent à porter leurs fruits.

Nous croyons que le Canada doit viser non seulement l’excellence en matière de STI, mais également le leadership mondial, afin qu’il puisse en récolter les bénéfices économiques et sociétaux. L’état des lieux en 2012 ne se contente pas d’examiner les pays de comparaison de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et d’autres économies, comme l’ont fait les rapports précédents, mais il détermine également le seuil que doit atteindre le Canada pour se classer parmi les cinq pays du monde les mieux classés à l’égard d’indicateurs clés.


 

Le Canada doit viser non seulement l’excellence en matière de STI, mais également le leadership mondial.

Dans cette conclusion de L’état des lieux en 2012, nous voulons aller encore plus loin et souligner cinq de ces indicateurs clés pour lesquels le Canada devrait s’efforcer de faire partie des cinq pays du monde les mieux classés. Améliorer son rendement à l’égard de ces cinq indicateurs contribuera énormément à son succès et permettra d’assurer son avenir à titre de chef de file mondial en STI. En revanche, l’absence de progrès dans ces cinq domaines entravera la capacité du Canada de devenir un chef de file en STI et de susciter les avancées que les STI pourraient représenter pour le bien-être économique et social des Canadiens. Dans les prochains rapports, nous ferons le suivi des progrès réalisés à l’égard de ces cinq indicateurs et continuerons de promouvoir un meilleur rendement dans ces domaines. Ces cinq indicateurs représentent les trois principaux piliers qui soutiennent l’écosystème canadien des STI : les entreprises, les connaissances et les talents. Bien qu’ils aient des buts différents, ils se renforcent mutuellement en utilisant à fond les capacités du Canada en STI. Ces cinq indicateurs sont :

  • les dépenses en recherche-développement des entreprises (DIRDE) en pourcentage du produit intérieur brut (PIB),
  • les investissements des entreprises dans les technologies de l’information et des communications (TIC),
  • les dépenses intérieures brutes de recherche-développement dans le domaine de l’enseignement supérieur (DIRDES) en pourcentage du PIB,
  • les doctorats en sciences et en ingénierie délivrés par 100 000 habitants,
  • la part des ressources humaines en sciences et en technologie (RHST).

Les deux premiers indicateurs portent sur la capacité des entreprises canadiennes d’intégrer l’innovation dans leur stratégie pour être compétitives, comme le reflètent les DIRDE en pourcentage du PIB et l’intensité d’investissement des entreprises dans les TIC (chapitre 4). Nous sommes d’avis que les efforts doivent porter sur les DIRDE et les investissements dans les TIC, car ces deux éléments sont étroitement liés à l’innovation en matière de produits et de procédés et, par conséquent, à la croissance de la productivité. Une meilleure productivité contribuera à accroître la compétitivité du Canada à l’échelle mondiale et à stimuler la croissance économique.

Comme il est mentionné au chapitre 4, l’intensité des DIRDE a diminué de façon presque constante au cours des 10 dernières années, et le Canada est maintenant relégué au 25e rang sur 41 pays selon le classement de 2011 de l’OCDE. Ce niveau n’équivaut même pas à 40 % du seuil des cinq pays les mieux classés. Le secteur de l’enseignement supérieur est celui où les entreprises canadiennes ont affiché le meilleur rendement pour ce qui est des investissements en R-D. Le Canada s’est classé 7e parmi les économies comparées, devançant nettement les États-Unis et le Japon.

En ce qui concerne l’intensité des investissements des entreprises dans les TIC, bien que les investissements canadiens soient en croissance, le Canada se situe à nouveau dans la moyenne des pays de comparaison de l’OCDE. Selon cet indicateur, les investissements canadiens équivalent à environ 70 % du seuil des cinq pays les mieux classés.

Pour améliorer le rendement du Canada à cet égard, les entreprises doivent utiliser l’innovation comme stratégie pour être compétitives, c’est-à-dire investir davantage dans la recherche-développement (R-D) et utiliser des machines et du matériel (MM) améliorant la productivité, surtout les TIC. Alors que les données montrent que les entreprises canadiennes investissent une plus petite part de leurs bénéfices dans la R-D et les MM, le climat économique actuel devrait plutôt les inciter à investir davantage.

Au Canada, tous les ordres de gouvernement ont un rôle à jouer pour aider les entreprises à innover. À l’échelon fédéral, nous encourageons fortement le gouvernement à faire des progrès pour rétablir l’équilibre entre son soutien direct et son soutien indirect à la R-D des entreprises. Comme le souligne le chapitre 3, le soutien à la R-D des entreprises au Canada est grandement axé sur le soutien indirect, contrairement à la plupart des pays. Parmi les 10 pays les plus innovateurs au monde (selon le ratio DIRDE-PIB et le ratio DIRD-PIB), le soutien direct en 2010 représentait environ 70 % du soutien gouvernemental total à la R-D des entreprises, tandis que celui du Canada ne représentait qu’environ 12 %.

Les récents changements apportés au Programme d’aide à la recherche industrielle du Conseil national de recherches du Canada et le lancement du Programme pilote d’adoption de la technologie numérique sont encourageants, mais il faut augmenter le financement direct pour appuyer l’innovation des entreprises au Canada. Par exemple, le gouvernement fédéral pourrait démontrer, par l’intermédiaire de ses activités d’achat, qu’il est prêt à devenir un chef de file en matière d’utilisation de produits innovateurs. Les gouvernements du monde entier utilisent de plus en plus les achats pour stimuler l’innovation des entreprises et combler les lacunes de la commercialisation. Le Programme canadien pour la commercialisation des innovations, lancé en 2010, est un excellent début. À présent, le programme doit s’élargir afin de s’adresser aux entreprises de toutes les tailles au Canada.

Le manque de capital de risque au Canada demeure un problème majeur pour la croissance des entreprises innovatrices et pourrait nuire à l’amélioration de l’intensité des DIRDE. Les données présentées au chapitre 4 montrent que le Canada est dépassé par de nombreux pays en ce qui a trait au capital de risque en pourcentage du PIB, et qu’il existe un important écart entre le Canada et les États-Unis en matière d’investissement de capital de risque. Dernièrement, le gouvernement fédéral a pris des mesures pour combler cet écart en annonçant l’octroi de nouveaux fonds de 400 millions de dollars dans le cadre du Plan d’action pour le capital de risque201. Le gouvernement devrait se servir de cette mesure comme tremplin pour lancer d’autres initiatives, dont l’examen des politiques gouvernementales pour favoriser le capital de risque et de nouvelles mesures pour combler d’autres lacunes, comme la pénurie d’entrepreneurs perpétuels.

Le secteur de l’enseignement supérieur au Canada peut également jouer un rôle important pour favoriser l’innovation des entreprises en adoptant d’autres initiatives afin de soutenir « le transfert des connaissances axé sur les gens ». Cela signifie renforcer la collaboration avec l’industrie dans le cadre de recherches à long terme axées sur les découvertes et de recherches appliquées plus près du marché, ainsi qu’élargir la portée des programmes qui appuient l’apprentissage intégré au travail des étudiants et des diplômés en STI et mettre sur pied des programmes de cours visant à combler l’écart entre les connaissances scientifiques et les compétences en affaires.

Le troisième indicateur clé pour lequel le Canada devrait s’efforcer de faire partie des cinq pays du monde les mieux classés vise l’engagement du Canada envers le développement de nouvelles connaissances, reflété dans les DIRDES en pourcentage du PIB. Nous avons choisi cet indicateur parce que le développement des connaissances est essentiel pour assurer la force et la vitalité de tout l’écosystème des STI.

Comme le chapitre 5 le décrit, la proportion des DIRDES en regard de l’ensemble de l’économie a fluctué au cours de la dernière décennie, bien que les sommes investies aient augmenté. Le classement du Canada pour les DIRDES en pourcentage du PIB se détériore par rapport aux pays de comparaison : le Canada se classait 9e sur 41 économies en 2011, une baisse par rapport à son 4e rang en 2008 et à son 3e rang en 2006. Ce rendement équivaut à 87,9 % du seuil des cinq pays les mieux classés en 2011, mais il s’agit tout de même d’un résultat bien supérieur à celui des États-Unis (55,8 % du seuil).

La recherche dans le secteur de l’enseignement supérieur mène aux découvertes sous-tendant les nouveaux produits, processus et politiques qui contribuent à répondre aux défis les plus urgents de la société, que ce soit la santé de la population vieillissante, des moyens durables pour extraire les ressources naturelles ou l’amélioration du niveau de vie des Canadiens.

Grâce à leurs activités de recherche, les universités et les collèges peuvent fortement stimuler l’innovation des entreprises en collaborant avec l’industrie et en appliquant les résultats de ces recherches. Les collaborations en matière de recherche appliquée avec les collèges et les universités sont particulièrement importantes pour les petites et moyennes entreprises, qui ont rarement les ressources nécessaires pour investir dans des projets d’innovation. Le rendement relativement solide du Canada à l’échelle mondiale sur le plan des DIRDES en pourcentage du PIB constitue une réalisation importante en matière de développement des connaissances qui doit être maintenue et élargie, surtout dans un monde où d’autres pays investissent massivement dans l’enseignement supérieur et la recherche.

Les deux autres indicateurs concernent l’avantage en matière de talents. La capacité de produire et de déployer les meilleurs talents dans le domaine de la recherche est essentielle dans un monde où la création et l’application de nouvelles connaissances favorisent la croissance économique et le progrès de la société. Il faut donc améliorer la capacité de produire des titulaires de doctorat, c’est-à-dire augmenter le nombre de doctorats en sciences et en ingénierie délivrés par 100 000 habitants. Un plus grand nombre de doctorats au Canada augmentera la capacité du pays à entreprendre des recherches d’avant-garde et à former les nouvelles générations de talents.

Comme le souligne le chapitre 6, en 2010 le Canada se classait 15e parmi les pays de l’OCDE quant au nombre de doctorats en sciences et en ingénierie délivrés par 100 000 habitants, ce qui équivaut à environ 64 % du seuil des cinq pays les mieux classés à l’échelle mondiale. Sur une note plus encourageante, pendant la période de 2006 à 2010, le Canada a connu une croissance d’environ 49 % du nombre de doctorats délivrés en sciences et d’environ 39 % du nombre de doctorats délivrés en ingénierie; ces taux de croissance dépassent ceux de nombreux pays comparables. Afin de poursuivre sur cette lancée, le Canada doit favoriser une plus grande « culture axée sur les sciences et l’innovation » pour inciter les jeunes, dès l’école primaire, à poursuivre des études supérieures et à faire carrière dans les domaines des STI.

La capacité de déployer les talents afin d’en tirer les meilleurs avantages – de porter à son maximum l’effet des connaissances et des compétences des gens sur la main-d’oeuvre et la société – est tout aussi importante. Ainsi, nous complétons notre liste de cinq indicateurs en ajoutant la part des ressources humaines en sciences et en technologie dans la main-d’oeuvre. À ce chapitre, le Canada reste loin derrière les principaux pays concurrents. Comme il en est question au chapitre 6, dans le secteur des services, le rendement du Canada est médiocre par rapport à celui d’autres pays de l’OCDE; dans le secteur de la fabrication, la situation est lamentable : la part des RHST dans la main-d’oeuvre est parmi les plus basses de l’OCDE. Un plus grand soutien des secteurs public et privé pour les initiatives d’apprentissage intégré au travail aiderait les diplômés en STI à faire la transition vers un emploi productif et montrerait aux employeurs potentiels ce qu’ils peuvent apporter à leur entreprise.

Le Canada possède des bases solides en STI sur lesquelles bâtir, mais il doit faire mieux et, dans certains domaines, beaucoup mieux. Les cinq indicateurs que nous avons déterminés permettront de mesurer ce succès. Il incombe à tous les participants de l’écosystème des STI de jouer un rôle dans l’amélioration du rendement visant à placer le Canada dans le groupe des pays de tête en matière d’innovation. Il ne s’agit pas seulement d’investir plus, mais d’investir de façon plus stratégique et cohérente, en prenant exemple sur les leaders mondiaux en STI et en saisissant les occasions qui se présentent. C’est ainsi que le Canada pourra vraiment faire partie de l’élite.


201Premier ministre du Canada, Plan d’action pour le capital de risque, Notes d’information, 2013.