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L'état des lieux en 2014

Le système des sciences, de la technologie et de l'innovation au Canada : Défis et occasions en matière d'innovation au Canada

Chapitre 1 : Portrait de la situation

La bonne qualité de vie des Canadiens dépend de la capacité du pays à demeurer compétitif dans l'économie mondiale du savoir. Dans un monde où les connaissances, la technologie et leur application créative favorisent la compétitivité, il faut établir un écosystème des sciences, de la technologie et de l'innovation (STI) dynamique. Les STI contribuent directement et grandement à l'économie canadienne. Grâce aux STI, les entreprises élaborent et mettent en œuvre de nouveaux procédés qui améliorent leur productivité et leur compétitivité et transforment leurs idées et innovations en de nouveaux produits et services qui alimentent les marchés. L'accroissement de la rentabilité par l'innovation leur permet de créer des emplois de qualité pour les Canadiens et de contribuer à l'augmentation de la richesse nationale, qui assure le financement public de l'éducation, de la santé, des infrastructures et des programmes sociaux.

De plus, les STI influent directement et profondément sur le bien-être général des Canadiens. Dans le domaine des soins de santé, par exemple, des techniques de diagnostic, des traitements et des médicaments nouveaux et améliorés aident à lutter contre les maladies chroniques et infectieuses et améliorent la médecine préventive. Les progrès en technologies environnementales permettent de protéger la planète tout en assurant l'exploitation responsable des ressources naturelles. Les nouvelles techniques agricoles améliorent le rendement des cultures en introduisant des pratiques durables, et une nouvelle compréhension des causes profondes de la pauvreté aide à rehausser les niveaux de vie.

Compte tenu de l'importance capitale des STI pour la richesse et le bien-être des Canadiens, le gouvernement du Canada a demandé au Conseil des sciences, de la technologie et de l'innovation (csti) d'évaluer régulièrement le rendement du Canada en STI par rapport aux pays concurrents et de produire des rapports à ce sujet. Dans son quatrième rapport L'état des lieux, le csti s'appuie sur ses travaux réalisés depuis le premier rapport, paru en 2008, pour analyser le rendement et les progrès du Canada en STI pour ce qui est de l'innovation des entreprises, des connaissances et des talents.

La conclusion centrale de L'état des lieux en 2014 est troublante : malgré des efforts continus visant à améliorer le retard du Canada sur le plan de l'innovation des entreprises, la situation ne s'est pas redressée. Le Canada perd davantage de terrain par rapport aux pays de comparaison en ce qui a trait aux mesures de rendement en innovation des entreprises, et l'écart avec les cinq pays en tête du classement se creuse. Il est essentiel pour l'avenir du Canada de combler cet écart de rendement.

Parallèlement, le Canada maintient de solides bases en STI : selon L'état des lieux en 2014, la formation de sa population et la qualité des connaissances qu'il produit continuent d'être des atouts. Il ne faut cependant pas faire preuve de complaisance. Il faut investir dans le maintien et le rehaussement de l'excellence. Bien que les niveaux de financement fédéral et provincial associés aux dépenses intra-muros de recherche-développement du secteur de l'enseignement supérieur (DIRDES) aient continué d'augmenter, cette hausse ne suffit pas à maintenir le rythme des autres pays qui y consacrent plus de ressources plus rapidement.

La compétitivité du secteur des STI est d'une importance croissante dans un environnement mondial qui évolue rapidement et subit des pressions de plus en plus fortes. Le Canada demeure vulnérable aux perturbations économiques mondiales, comme les variations importantes du prix des marchandises comme le pétrole, les fluctuations du dollar canadien et la diminution de la demande sur les marchés d'exportation. Cette vulnérabilité est accentuée par une concurrence croissante attribuable à l'essor des économies émergentes, à la mobilité accrue des personnes talentueuses à la recherche des meilleures occasions, de même qu'à la complexité grandissante des attentes et des demandes des consommateurs. Le changement s'opère à un rythme sans précédent et se reflète surtout dans les technologies et les innovations perturbatrices qui transforment les industries et les sociétés. La demande pour des ressources naturelles comme le pétrole et l'eau douce ne cesse de croître, tout comme l'urgence de mesurer les enjeux environnementaux liés à l'extraction des ressources.

L'écosystème des sciences, de la technologie et de l'innovation

Un écosystème des STI dynamique s'appuie sur trois piliers : i) des talents compétents et créatifs, ii) des connaissances de haut niveau et iii) un secteur privé innovant. Les personnes talentueuses génèrent et améliorent les connaissances. Un secteur privé innovant convertit les connaissances en de nouveaux produits et procédés qui créent de la richesse. Les gouvernements peuvent jouer un rôle clé dans la création d'un environnement favorable à ces trois piliers et dans la promotion de l'innovation au sein d'un pays. Ainsi, il est essentiel qu'ils fassent preuve d'innovation.

L'écosystème des STI du Canada réunit de nombreux intervenants : les gouvernements, les universités, les écoles polytechniques et les collèges, les entreprises, les organisations non gouvernementales, les communautés ainsi que les particuliers. Chaque acteur joue son propre rôle tout en collaborant avec ses pairs au sein d'un ensemble d'éléments complexes, dynamiques et interdépendants de concurrence et de collaboration, où les connaissances sont développées, partagées, transférées et appliquées. La vitalité de l'écosystème des STI du Canada repose sur la force de ses piliers et de ses acteurs. Un écosystème en santé permet aux idées de foisonner, aux personnes créatives de démarrer des entreprises innovantes et aux entreprises existantes de croître grâce à l'innovation.

Les acteurs qui participent le plus activement à l'écosystème des STI du Canada sont les gouvernements fédéral et provinciaux, les établissements d'enseignement supérieur et le secteur privé.

Gouvernements fédéral et provinciaux

Les gouvernements fédéral et provinciaux injectent des sommes importantes dans les talents, les connaissances et l'innovation des entreprises. Le gouvernement du Canada finance considérablement les universités, les écoles polytechniques et les collèges pour soutenir les projets de recherche, l'infrastructure connexe, le développement des talents et la création de réseaux collaboratifs de recherche-développement (R-D). Les gouvernements provinciaux contribuent à payer les coûts indirects associés à la recherche en finançant les coûts de fonctionnement des établissements d'enseignement supérieur canadiens. Ils couvrent aussi les coûts directs associés à la recherche et au développement de talents, dans le cadre de divers programmes de financement. En outre, grâce au financement direct et aux encouragements fiscaux, les gouvernements fédéral et provinciaux soutiennent la R-D, l'utilisation des talents et les activités de commercialisation au sein des entreprises et des intermédiaires.

Un écosystème en santé permet aux idées de foisonner, aux personnes créatives de démarrer des entreprises innovantes et aux entreprises existantes de croître grâce à l'innovation.

Les gouvernements aident aussi à favoriser un environnement propice à l'innovation, grâce à des politiques ciblant les STI en particulier et les conditions-cadres de façon plus générale. Ces politiques couvrent de nombreux domaines particulièrement pertinents pour l'innovation des entreprises, comme la concurrence, l'investissement à l'étranger, le commerce, l'immigration, la mobilité de la main-d'œuvre, l'impôt des sociétés et les droits de propriété intellectuelle.

De plus, le gouvernement fédéral mène ses propres activités de R-D, orientées essentiellement vers le soutien des fonctions stratégiques et de réglementation et vers les découvertes dans des domaines où le secteur privé n'est pas présent. Le mandat en R-D des ministères et organismes à vocation scientifique est en constante évolution. Le Conseil national de recherches du Canada (CNRC) en est un exemple concret : dans un effort pour stimuler l'innovation des entreprises, le CNRC a transformé ses activités de R-D et ses services connexes de façon à ce qu'ils soient plus commerciaux et industriels.

Établissements d'enseignement supérieur

Au cœur du processus d'innovation se trouvent des personnes talentueuses qui génèrent et améliorent les connaissances. Elles reçoivent leur formation dans les universités, les écoles polytechniques et les collèges, qui leur transmettent des connaissances disciplinaires et techniques qui servent de base à la recherche et à l'innovation, ainsi que des compétences en affaires, en entrepreneuriat et dans d'autres domaines qui les préparent à devenir des membres productifs de la main-d'œuvre et de la société.

Ces établissements d'enseignement supérieur jouent aussi un rôle vital dans l'acquisition, l'enrichissement et l'application des connaissances. La R-D a toujours été un élément essentiel du mandat des universités; dernièrement, elle est devenue une partie importante du mandat des écoles polytechniques et des collèges. La plupart des connaissances sous-jacentes à l'innovation d'aujourd'hui proviennent de la recherche menée dans les établissements d'enseignement supérieur.

Bien que les distinctions soient de plus en plus floues, les universités continuent de mener diverses activités de R-D et d'innovation, qui vont de la recherche fondamentale à la recherche appliquée. Les entreprises qui s'associent aux universités cherchent souvent des relations stratégiques à long terme afin de trouver des inventions et des technologies d'avenir de pointe. Notamment, les entreprises souhaitent avoir accès à des employés potentiels qui peuvent leur donner une longueur d'avance sur la concurrence. Les écoles polytechniques et les collèges ont tendance à participer davantage à la recherche appliquée et au développement expérimental, par exemple dans le cadre d'essais sur le terrain et en laboratoire ainsi que d'activités de développement et de mise à l'échelle de prototypes. Les entreprises se tournent vers les écoles polytechniques et les collèges pour de petits projets à court terme bien définis qui contribuent directement à l'amélioration des produits et des procédés.

Les établissements d'enseignement supérieur du Canada le relient au bassin mondial de connaissances, de technologies et de talents en menant des recherches en collaboration avec des partenaires mondiaux et en attirant des chercheurs et des innovateurs éminents.

Secteur privé

Les entreprises du secteur privé contribuent au développement des connaissances en menant leur propre R-D et en finançant la recherche et l'infrastructure connexe dans d'autres organisations (notamment dans les établissements d'enseignement supérieur). Plus important encore, les entreprises et les entrepreneurs transforment les découvertes et les inventions découlant de la R-D (qu'il s'agisse de leurs propres activités ou de celles des autres) en produits et services commercialisables qui généreront de la richesse. En outre, ils innovent pour développer et mettre en œuvre de nouveaux procédés et de nouvelles pratiques organisationnelles et commerciales qui augmentent la productivité, en plus de nouvelles méthodes de marketing qui améliorent l'accès aux marchés.

En outre, le secteur privé reconnaît la valeur des talents canadiens; c'est pourquoi il offre l'occasion au personnel hautement qualifié de réaliser son plein potentiel. Les entreprises développent et améliorent les connaissances et les compétences de leurs employés en leur offrant de l'expérience en cours d'emploi ainsi que des occasions de formation et d'apprentissage. Elles aident aussi les étudiants à se préparer pour le marché du travail, en leur offrant de l'expérience pratique et en leur ouvrant une fenêtre sur le monde des affaires dans le cadre de stages et de programmes d'enseignement coopératif. En collaborant à la R-D avec les universités, les écoles polytechniques et les collèges, les entreprises améliorent les connaissances en affaires des chercheurs.

Analyse comparative du rendement du Canada

L'état des lieux en 2014 évalue le rendement du Canada en STI en examinant les facteurs qui favorisent la réussite et définissent le leadership pour chacun des trois piliers : un secteur privé innovant, des connaissances de haut niveau et des personnes talentueuses. Pour chaque facteur, des indicateurs acceptés à l'échelle mondiale servent à comparer le rendement du Canada avec celui des pays concurrents analysés par l'Organisation de coopération et de développement économiques (ocde). Conformément à la pratique introduite dans L'état des lieux en 2012, l'analyse indique les cinq pays en tête du classement pour chaque indicateur ainsi que le seuil que doit atteindre le Canada pour s'y classer. En outre, elle examine la position du Canada par rapport aux États-Unis, son partenaire le plus proche et son concurrent le plus sérieux. Comme le mentionne le présent rapport, l'absence de données fiables (tant au Canada qu'à l'étranger) limite la capacité à bien faire état du rendement du Canada à certains égards. (Voir à l'annexe 1 les notes sur la méthodologie et la définition de l'innovation selon le csti.)

Figure 1-1 : Indicateurs cibles

Diagramme en barres des indicateurs cibles, en pourcentage du seuil des cinq pays en tête de classement (la description détaillée se trouve sous l'image)
Description de la figure 1-1

L'état des lieux en 2014 souligne le rendement du Canada relativement aux cinq indicateurs cibles définis dans L'état des lieux en 2012 (figure 1-1). C'est sur ces plans que le csti voit le Canada devenir un chef de file mondial, car il s'agit de domaines où l'amélioration du rendement contribuerait le plus à exploiter les STI pour en tirer des avantages économiques et sociétaux. Les cinq indicateurs sont communs aux trois piliers de l'écosystème des STI canadien. Chaque facteur mesure l'intensité des investissements du Canada (c'est-à-dire en pourcentage d'une unité de mesure donnée), permettant ainsi d'établir des comparaisons avec les pays concurrents.

Compte tenu de l'urgence d'améliorer le rendement du Canada pour ce qui est de l'innovation des entreprises, l'analyse du rendement du Canada commence, au chapitre 2, par l'examen des facteurs d'innovation dans le secteur privé. Cet examen est suivi d'une analyse du développement et du transfert des connaissances ainsi que du développement des talents, aux chapitres 3 et 4 respectivement.

Enfin et surtout, le chapitre 5 présente la stratégie d'avenir. Tous les acteurs des STI ont leur rôle à jouer dans l'amélioration du mauvais rendement du Canada en innovation des entreprises et dans le renforcement de ses avantages dans les domaines des connaissances et des talents. Le csti définit cinq stratégies clés visant à améliorer le rendement en STI. Bien que, pour réussir et arriver à opérer un changement, tous les acteurs doivent viser l'excellence dans leurs domaines respectifs, ils doivent aussi collaborer étroitement, sur le modèle d'un « système ». Seule une action concertée sur ces cinq stratégies procurerait au Canada le succès et le leadership en STI nécessaires pour assurer sa prospérité et son bien-être.