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L'état des lieux en 2014

Le système des sciences, de la technologie et de l'innovation au Canada : Défis et occasions en matière d'innovation au Canada

Chapitre 2 :
Un secteur privé innovant

Principales constatations

  • Le Canada a investi beaucoup moins en R-D des entreprises comme pourcentage du PIB que bien d'autres économies avancées, passant de la 18e position en 2006 à la 26e en 2013.
  • En 2013, le Canada se situait au milieu du peloton (13e rang de 30 pays) quant à l'intensité des investissements dans les TIC.
  • Le Canada n'a pas fait très bonne figure concernant l'intégration des talents en STI sur le marché du travail, arrivant au 22e rang de 43 pays pour les professions scientifiques et techniques au pays.
  • En 2013, le Canada occupait le 10e rang quant au financement public de la R-D des entreprises (comme pourcentage du PIB). Sa 4e place en financement indirect et sa 28e place en financement direct reflètent la propension du gouvernement fédéral à miser davantage sur les mécanismes de financement indirect.
  • Les maigres investissements en innovation des entreprises ont nui à la compétitivité mondiale du Canada, comme le montre la faible croissance de la productivité.

Un secteur privé innovant est essentiel pour tirer profit des investissements du Canada dans les connaissances et les talents et pour transformer ces investissements en gains de productivité et en produits commercialisables qui assureront la prospérité du pays et un niveau de vie élevé pour ses citoyens.

Pour évaluer le rendement du Canada relativement à l'innovation des entreprises, il faut examiner trois facteurs qui favorisent le succès et définissent le leadership :

  • les investissements du secteur privé en innovation, comme le montrent les indicateurs cibles liés à l'investissement dans :
    • la recherche-développement (R-D);
    • les technologies de l'information et des communications (TIC);
    • les talents.
  • l'environnement de financement de l'innovation des entreprises, y compris le financement public et le financement par capital de risque;
  • l'introduction d'innovations portant sur des produits et des procédés. Le chapitre se termine par l'analyse de l'incidence du rendement du Canada en innovation des entreprises sur sa compétitivité mondiale.

Investissement des entreprises dans la recherche-développement et d'autres actifs cognitifs

L'innovation des entreprises est essentielle pour exploiter la valeur des connaissances. Elle requiert des investissements en R-D, en technologie de l'information et des communications (TIC) et en talents ainsi que des investissements en aval dans des domaines comme la conception avancée, la propriété intellectuelle ainsi que l'exploration et l'exploitation minérales. L'absence de données fiables et comparables à l'échelle mondiale limite la capacité d'évaluer le rendement du secteur privé dans ces activités en aval. Cependant, les données sur les investissements en innovation montrent que le secteur privé canadien n'investit pas en R-D et dans d'autres actifs cognitifs à un niveau qui soutient la concurrence mondiale. C'est particulièrement inquiétant, compte tenu du fait que la vigueur du dollar canadien et les faibles taux d'intérêt1 des dernières années ont favorisé une hausse des investissements de la part des entreprises canadiennes.

Dépenses intra-muros de recherche-développement du secteur des entreprises

L'intensité des dépenses intra-muros de R-D du secteur des entreprises (DIRDE), à savoir les DIRDE comme pourcentage du produit intérieur brut (PIB), est une mesure importante de l'investissement des entreprises en innovation. Dans le cas de cet indicateur cible, le rendement du Canada a sensiblement diminué par rapport aux pays concurrents, depuis que le Conseil des sciences, de la technologie et de l'innovation (CSTI) a commencé à le suivre dans L'état des lieux en 2008. À l'inverse, la plupart des pays ont augmenté leurs investissements depuis 2008. Par conséquent, bon nombre d'entre eux ont augmenté l'intensité de leurs DIRDE et ont dépassé le Canada au classement mondial.

Figure 2-1 : DIRDE en pourcentage du PIB, 2006 et 2013

Diagramme en barres des dépenses intérieures brutes de recherche-développement du secteur des entreprises en pourcentage du PIB, de 2006 et de 2013 (la description détaillée se trouve sous l'image)

Source : OCDE, Principaux indicateurs de la science et de la technologie, janvier 2015.

Description de la figure 2-1

La diminution de l'intensité des DIRDE du Canada de 2006 à 2013 était l'une des plus marquées parmi les économies avancées.

La diminution de l'intensité des DIRDE du Canada de 2006 à 2013 était l'une des plus marquées parmi les économies avancées (Figure 2-1). Ainsi, le Canada est passé de la 18e position en 2006 à la 26e en 2013 (sur 41 pays). À 0,82 %, l'intensité des dirde du Canada en 2013 était inférieure à la moitié de celle des États-Unis (1,96 %), qui occupait le 11e rang. Le Canada se situait à seulement 36 % (une baisse par rapport au niveau de 48 % en 2006) du seuil des cinq pays en tête du classement, soit Israël, la Corée, le Japon, le Taipei chinois et la Finlande, tous considérés comme des chefs de file mondiaux en innovation.

Comparaison internationale de l'intensité de la recherche-développement des entreprises par industrie

Les données à l'échelle de l'industrie montrent les domaines où le défi est particulièrement de taille pour le Canada. En 2009 (année la plus récente pour laquelle existaient des données), les industries canadiennes, comme l'industrie de l'informatique, de l'électronique et de l'optique, l'industrie des technologies de l'information et des communications (TIC) et l'industrie de la cokéfaction et de la fabrication de produits pétroliers raffinés, avaient une intensité d'investissement (mesurée ici comme les dirde en pourcentage de la valeur ajoutée) supérieure ou presque équivalente à celle de leurs concurrentes étrangères. Cependant, d'autres industries affichaient une intensité de dirde inférieure à celle de leurs concurrentes, y compris les industries dont le rendement à ce chapitre est généralement élevé dans tous les pays, comme l'industrie pharmaceutique, l'industrie de l'équipement électrique et l'industrie des véhicules automobiles. Le Canada se situait seulement à 38 % de l'intensité des États-Unis pour toutes les industries manufacturières et à 35 % de l'intensité d'un groupe de pays pour lequel des données de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) étaient disponibles2.

Certains observateurs attribuent la faible intensité générale des dirde du Canada à la taille relativement importante de son industrie des ressources naturelles, industrie qui a tendance à afficher une faible intensité de dirde dans tous les pays. La plupart des pays qui devancent le Canada quant à l'intensité de leurs dirde ont une industrie des ressources naturelles considérablement plus petite (quant aux bénéfices tirés des ressources naturelles comme pourcentage du PIB). Cependant, des pays ayant une intensité de dirde presque équivalente ou supérieure à celle du Canada, l'Australie, la Chine et la Norvège ont une industrie des ressources naturelles plus grande (comme pourcentage du PIB)3. Ces observations suggèrent qu'une grande industrie des ressources naturelles n'est pas nécessairement un obstacle à l'augmentation de l'intensité des dirde.

Caractéristiques de la recherche-développement des entreprises au Canada

Les données de Statistique Canada dressent un portrait plus détaillé et à jour de l'état de la R-D des entreprises au Canada, montrant de grands écarts dans les dépenses en R-D et les tendances au sein des industries. De 2007 à 2015, le total des dépenses intra-muros de R-D du secteur des entreprises a diminué de plus d'un milliard de dollars (voir l'annexe 2 pour connaître le rendement du Canada quant aux dirde depuis 2000)4, et de nombreuses industries clés ont connu une baisse substantielle (Figure 2-2). Notamment, l'investissement dans la R-D des entreprises a diminué de 55 % dans l'industrie de la fabrication de produits pharmaceutiques et de médicaments, de 50 % dans l'industrie des véhicules automobiles et des pièces connexes, de 48 % dans l'industrie des finances, de l'assurance et de l'immobilier, de 36 % dans l'industrie de la fabrication des TIC, et de 14 % dans les industries de l'information et de la culture.

Figure 2-2: dirde par industrie au Canada, 2007 et 2015

Diagramme en barres des dépenses intérieures brutes de recherche-développement du secteur des entreprises par industrie au Canada, de 2007 et de 2015 (la description détaillée se trouve sous l'image)

Source : Statistique Canada, Tableau 358-0024 (consulté le 16 juillet 2015).

* Dans la fabrication des TIC, le CSTI inclut les codes 3341 à 3346 du SCIAN.

** Dans la catégorie des produits du bois, du papier et de l'imprimerie, le CSTI inclut les codes 321 à 323 du SCIAN.

Description de la figure 2-2

À l'inverse, pendant la même période, l'investissement dans la R-D des entreprises a augmenté de 63 % dans l'industrie de la fabrication de produits aérospatiaux et de leurs pièces, de 41 % dans l'industrie des services de R-D scientifiques et de 38 % dans l'industrie du commerce de gros. Bien que les industries de l'extraction minière, de l'exploitation en carrière et de l'extraction de pétrole et de gaz aient une intensité de R-D relativement faible, les fonds qu'elles ont injectés en R-D ont augmenté de 74 % de 2007 à 2015. Au cours des 16 dernières années, les investissements en R-D par l'industrie de l'extraction de pétrole et de gaz ont fortement augmenté, soit par presque 14 fois de 1999 à 20155.

Investissement dans les technologies de l'information et des communications

L'investissement dans les machines et le matériel intégrant les nouvelles technologies, surtout les TIC, est essentiel pour favoriser l'innovation et améliorer les compétences des employés, ce qui contribue à la productivité et à la compétitivité des entreprises.

Dans le secteur des entreprises, l'investissement du Canada dans les TIC par travailleur en 2013 équivalait à 51 % de l'investissement par travailleur aux États-Unis6. Le Canada a toujours investi moins que les États-Unis dans cette catégorie. Les différences dans la structure de l'industrie peuvent expliquer en grande partie l'écart d'investissement dans les TIC entre le Canada et les États-Unis, puisque le Canada se spécialise davantage dans des industries généralement moins intensives sur le plan des TIC dans les deux pays, comme l'extraction minière et l'extraction de pétrole et de gaz7.

Pour ce qui est de l'indicateur cible plus général de l'intensité des investissements dans les TIC au pays (investissements dans les TIC en pourcentage du PIB; figure 2-3), le Canada se situait au 13e rang (de 30 pays) en 2013. Le Canada était en milieu de peloton, l'intensité de ses investissements équivalant à 71 % de celle des cinq pays en tête du classement, soit la Suisse, la République tchèque, le Japon, la Suède et les États-Unis8. Cela dit, l'intensité des investissements du Canada dans les TIC était comparable à celle de la France et supérieure à celle de la Finlande et de l'Allemagne.

Figure 2-3 : Investissements dans les TIC en pourcentage du PIB, 2013

Diagramme en barres des investissements dans les TIC, en pourcentage du PIB pour l'année 2013 (la description détaillée se trouve sous l'image)

Source : OCDE, Science, technologie et industrie : Tableau de bord de l'OCDE, 2015.

* Remarque : Les données sur l'Islande, Israël, le Mexique, la Nouvelle-Zélande et la République slovaque sont incomplètes et ne représentent que les investissements pour lesquels les statistiques étaient disponibles.

Description de la figure 2-3

Prochaine génération de matériaux légers du secteur de l'automobile
Prochaine génération de matériaux légers du secteur de l'automobile
Sooky Winkler, Ph. D., Dana Canada, discute de la mise au point de l'outillage avec des membres de l'équipe de l'Université de Waterloo, Kyu Bin Han, Ryan George et Michael Worswick, Ph. D., (de gauche à droite) devant la chaîne pilote de formage à chaud.

Des facteurs de marché comme le resserrement des normes relatives à l'économie de carburant et aux émissions incitent les fournisseurs du secteur de l'automobile à fabriquer des pièces plus minces, plus légères et plus solides afin de demeurer compétitifs dans l'économie mondiale. En réaction à cette tendance, la société canadienne Dana et l'Université de Waterloo collaborent à l'élaboration, à l'évaluation et à la commercialisation de la prochaine génération de systèmes de gestion thermique légers.

Entreprise spécialisée dans les pièces d'automobile dont le siège social est à Oakville, en Ontario, Dana compte parmi ses principales activités la conception et la fabrication d'échangeurs de chaleur pour les systèmes de refroidissement de moteur, de transmission, de batterie, de carburant et de servodirection d'automobiles et de véhicules utilitaires légers. Les alliages d'aluminium sont des matériaux industriels populaires en raison de leur légèreté et de leur résistance à la corrosion. Leur utilisation pour la production de formes minces et complexes à l'aide des méthodes traditionnelles est toutefois limitée. L'une des façons d'accroître la formabilité de l'aluminium consiste à le former à haute température. Avec le soutien du Conseil de recherche en sciences naturelles et en génie du Canada et celui de Partenariat automobile du Canada, Dana travaille à mettre au point une technologie de formage à chaud avec l'Université de Waterloo.

Durant la première étape, le fort potentiel de commercialisation du formage à chaud a été démontré en laboratoire. La deuxième étape vise principalement à mettre au point la technologie de formage à chaud et à la rendre commercialisable en vue de son application au système de fabrication de Dana. Une chaîne de fabrication pilote créée à l'université permettra de démontrer la faisabilité du projet dans des conditions de production simulée. Des essais mécaniques et des analyses de contrainte résiduelle supplémentaires seront effectués au Laboratoire de la technologie des matériaux de CANMET à Hamilton, en Ontario, où se trouve également un laboratoire unique de recherche pilote sur le formage des métaux. « Après trois ans, nous aurons mis au point la modélisation mathématique et le processus nécessaires à la mise en œuvre complète de la technologie », déclare Michael Worswick, titulaire de doctorat et chercheur responsable du projet à l'Université de Waterloo. « À ma connaissance, aucune autre université en Amérique du Nord ne mène des travaux d'une telle ampleur. »

Investissement des entreprises dans les talents

Les talents jouent un rôle essentiel dans l'innovation des entreprises et doivent intégrer les échelons supérieurs de l'organisation. Pour réussir dans l'économie mondiale d'aujourd'hui, les entreprises ont besoin de dirigeants qui comprennent l'importance d'innover pour demeurer compétitifs. Avec les bonnes connaissances et compétences, les chefs d'entreprise du Canada peuvent acquérir une meilleure compréhension des technologies de pointe et de l'évolution des pratiques commerciales. De plus, ils peuvent intégrer ces nouveautés plus aisément et ainsi davantage opter pour des stratégies commerciales axées sur l'innovation qui favoriseront leur compétitivité.

Les cadres supérieurs influent sur la culture de l'innovation d'une entreprise en façonnant sa vision et ses valeurs. Les entreprises innovantes doivent employer des personnes pouvant gérer activement et efficacement l'innovation dans différents domaines de l'organisation. Une étude du Conference Board du Canada portant sur diverses mesures financières montre que les entreprises qui gèrent activement l'innovation devancent celles qui ne la gèrent pas du tout9. Or, près de la moitié des entreprises recensées n'avaient aucun procédé officiel de gestion de l'innovation10.

Les entreprises ont aussi besoin de talents en recherche avancée (y compris de titulaires de doctorat) pour concevoir et créer de nouveaux produits, procédés et idées grâce à la R-D et à d'autres activités d'innovation et pour améliorer la productivité en utilisant les TIC. Alors que le Canada a réalisé des progrès considérables en augmentant le nombre de titulaires de doctorat en sciences et en génie (comme le mentionne le chapitre 4), la pénétration efficace des chercheurs de premier plan dans le secteur privé n'a pas suivi le même progrès.

Figure 2-4 : Pourcentage de travailleurs occupant des professions scientifiques et techniques, 2011

Diagramme en barres du pourcentage de travailleurs occupant des professions scientifiques et techniques pour l'année 2011 (la description détaillée se trouve sous l'image)

Source : OCDE, Science, technologie et industrie : Perspectives de l'OCDE, 2012.

Description de la figure 2-4

En 2012, le nombre de chercheurs du secteur des entreprises pour 1 000 emplois au Canada était de 6,6, comparativement à 6,9 en 2006. Cette chute a fait reculer le Canada dans le classement mondial, qui est tombé de la 7e position en 2006 à la 15e en 201211. Cette régression était aussi attribuable en partie à l'ajout d'Israël et des États-Unis (tous deux classés devant le Canada) à l'ensemble de données de 2012, données qui n'étaient pas disponibles en 2006, année de référence12. Le Canada s'est aussi éloigné davantage du seuil des cinq pays les mieux classés, passant de 85 % à 66 %.

Le faible rendement du Canada quant à l'accueil de chercheurs de premier plan dans le secteur privé se reflétait à une échelle plus générale dans l'indicateur cible des professions scientifiques et techniques au pays. En 2011, les professions scientifiques et techniques représentaient 30 % de tous les emplois au Canada, ce qui le situait au 22e rang de 43 pays (figure 2-4). Ce rendement était très proche de celui des autres pays en milieu de peloton, à savoir l'Italie, Israël et la Nouvelle-Zélande, et supérieur au rendement du Royaume-Uni et de la Corée. Cependant, le Canada accusait un retard important par rapport à la majorité des économies avancées, se situant à 78 % du seuil des cinq pays les mieux classés (Luxembourg, Suède, Suisse, Danemark et Islande).

Environnement de financement de l'innovation des entreprises

La décision de poursuivre une stratégie commerciale axée sur l'innovation revient clairement aux entreprises. Cependant, celles-ci ont besoin d'un environnement qui offre un accès fiable aux talents, aux connaissances et au capital nécessaires pour mener des activités visant à développer et à commercialiser des idées. Tant le gouvernement fédéral que les gouvernements provinciaux appuient l'innovation des entreprises en leur offrant, directement ou indirectement, des ressources financières.

En 2013, le Canada se situait au 10e rang (de 37 pays) quant au financement public total de la R-D des entreprises comme pourcentage du PIB et à 66 % du seuil des cinq pays les mieux classés (figure 2-5). Le financement public total de la R-D des entreprises représentait 0,18 % du PIB, une baisse par rapport à 2008 (0,24 %), alors que le Canada se situait au 2e rang (de 30 pays)13. Plusieurs pays ont devancé le Canada pendant cette période, y compris la France, les États-Unis, la Belgique, l'Autriche et l'Irlande.

Les données détaillées révèlent que le Canada se fiait beaucoup plus au financement indirect (dans le cadre du Programme d'encouragements fiscaux pour la recherche scientifique et le développement expérimental) que les autres pays. À 0,18 %, le financement indirect comme pourcentage du PIB du Canada était le quatrième ratio le plus élevé des pays pour lesquels des données comparables étaient disponibles14. Seules la France, la Corée et la Belgique devançaient le Canada. Ces données sont comparables à celles de 2008, alors que le financement indirect du Canada en pourcentage du PIB était de 0,22 %, ce qui le plaçait au premier rang (de 30 pays).

Figure 2-5 : Financement de la R-D des entreprises par le gouvernement, 2013

Diagramme en barres du financement de la R-D des entreprises par le gouvernement pour l'année 2013 (la description détaillée se trouve sous l'image)

Source : OCDE, Science, technologie et industrie : Tableau de bord de l'OCDE, 2015.

* Remarque : Les données sur le financement indirect concernant Israël et la Pologne ne sont pas disponibles.

Description de la figure 2-5

Ces dernières années, le Canada s'est efforcé d'augmenter son financement direct de l'innovation des entreprises, ce qui explique la très légère hausse du financement direct en pourcentage du PIB, qui est passé de 0,02 % en 2008 à 0,03 % en 2013. Toutefois, le Canada se situait au 28e rang (de 37 pays) pour le financement public direct de la R-D des entreprises comme pourcentage du PIB en 2013 (comparativement au 27e rang de 30 pays en 2008), à égalité avec le Japon. Le Canada accusait un retard important par rapport à bon nombre de ses concurrents, y compris les États-Unis, l'Allemagne, le Royaume-Uni et les pays scandinaves.

Saltworks Technologies Inc. innove grâce au financement public de la recherche-développement
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Installation hybride à électrodialyse et osmose inversées d'ElectroChem en exploitation sur le terrain.

Créée en 2008 à Vancouver, Saltworks Technologies Inc. est une entreprise de technologie propre offrant des solutions avancées de traitement de l'eau, de dessalement et de gestion de saumure. Saltworks a inventé des systèmes pour certaines des applications les plus exigeantes au monde, qui requièrent de l'eau douce provenant de sources d'eau salée dont la qualité s'est nettement détériorée. Les technologies de l'entreprise ciblent les problèmes de rareté de l'eau à l'échelle mondiale, soit par l'utilisation de sources d'eau saline au lieu de sources d'eau douce, soit par le recyclage des eaux usées ou des eaux produites.

Saltworks a reçu du financement direct pour ses activités de R-D de la part d'organisations gouvernementales telles que Technologies du développement durable du Canada (tddc), le Programme d'aide à la recherche industrielle (pari) et Ressources naturelles Canada (RNCan). À ce soutien s'ajoutent des investissements privés et le réinvestissement des profits découlant des ventes de l'entreprise. « Le financement de tddc, du pari et de RNCan nous a permis de mettre à l'essai notre technologie des eaux usées dans diverses industries, en plus de créer une propriété intellectuelle et des connaissances précieuses ainsi que des emplois hautement spécialisés », affirme Ben Sparrow, directeur général de Saltworks.

Pour les sables bitumineux en Alberta, Saltworks utilise SaltMaker, un évaporateur-cristalliseur à basse température, pour produire de l'eau douce à partir des eaux usées provenant du drainage par gravité au moyen de vapeur (DGMV). Les essais de SaltMaker menés avec Suncor Energy et Cenovus Energy sont concluants : le DGMV n'a produit aucun rejet liquide d'eaux usées. La cristallisation permet de concentrer les eaux usées pour produire un déchet solide à jeter dans une décharge ainsi qu'une eau douce de haute qualité réutilisée par l'industrie pétrolière et gazière. Il en résulte une réduction de l'évacuation des eaux usées, des prélèvements d'eau douce et des émissions de gaz à effet de serre par rapport aux technologies de traitement conventionnelles.

Le capital de risque, une forme de financement par actions, est une autre source importante de financement de l'innovation des entreprises, notamment pour les jeunes entreprises ayant un potentiel d'innovation et de croissance, mais des modèles opérationnels non éprouvés et des antécédents limités. En 2014, le Canada figurait parmi les cinq pays en tête du classement pour l'investissement de capital de risque en pourcentage du PIB, se situant au troisième rang (de 32 pays). Sa part (0,08 %) n'était surpassée que par celles d'Israël (0,38 %) et des États-Unis (0,28 %), deux pays dont le marché de capital de risque est très bien établi15.

L'investissement de capital de risque au Canada a fortement augmenté en 2014 par rapport aux années précédentes, atteignant presque 2,4 milliards de dollars et des niveaux plus élevés que ceux d'avant la récession de 2008. Le financement est demeuré relativement stable, passant de 1,4 milliard de dollars en 2013 à 1,2 milliard en 2014. Les sources soutenues par les gouvernements représentaient plus des deux tiers des engagements totaux en 201416.

Introduction d'innovations ayant trait aux produits et aux procédés

Les entreprises transforment les investissements dans la R-D et d'autres actifs cognitifs en innovations portant sur des produits, des procédés, la commercialisation ou l'organisation. De 2010 à 2012, selon les plus récentes données propres au Canada de l'Enquête sur l'innovation et les stratégies d'entreprise (EISE) de Statistique Canada, environ 35 % des entreprises ont introduit une innovation relative à des produits (un pourcentage comparable à celui des années 2007 à 2009), alors que 29 % ont introduit une innovation relative à des procédés (une diminution par rapport au pourcentage de 34 % pour 2007 à 2009). Même si l'industrie manufacturière figurait parmi les industries qui ont introduit le plus d'innovations concernant des produits et des procédés au Canada, le pourcentage d'entreprises manufacturières qui ont introduit de telles innovations a diminué entre les périodes de 2007 à 2009 et de 2010 à 2012. (L'annexe 2 présente une analyse approfondie de l'introduction d'innovations touchant des produits et des procédés.)

Dans une comparaison internationale des entreprises ayant introduit des innovations ayant trait à des produits et des procédés de 2010 à 2012, le rendement du Canada par rapport à celui de 34 autres pays a été mesuré selon la taille des entreprises (figure 2-6)17. À ce chapitre, les PME canadiennes occupaient l'un des premiers rangs du classement mondial : quelque 53 % d'entre elles ont introduit une innovation concernant des produits ou des procédés pendant la période visée. Seules les PME australiennes, allemandes et suisses les ont devancées. Le Canada s'est classé quatrième, se situant à 112 % du seuil des cinq pays en tête du classement.

Le pourcentage de grandes entreprises ayant introduit des innovations était toutefois moins élevé au Canada que dans les autres pays. Le Canada est arrivé au 19e rang, environ 65 % de ses grandes entreprises ayant introduit une innovation relative à des produits ou des procédés, par rapport à l'Autriche, au 5e rang, dont 76 % des grandes entreprises en ont introduit (plaçant ainsi le Canada à 85 % du seuil des cinq pays en tête du classement). Bien que les grandes entreprises canadiennes aient obtenu de meilleurs résultats que celles du Royaume-Uni et du Japon, plusieurs pays importants ont devancé le Canada, dont l'Allemagne, la Finlande, l'Australie, la Suède et la France.

Le manque de grandes entreprises innovantes peut nuire à l'innovation des entreprises au Canada.

Par conséquent, le Boston Consulting Group n'a inclus aucune entreprise canadienne dans sa liste des 50 entreprises les plus innovantes du monde en 2014, un palmarès dominé par de grandes entreprises sans équivalent au Canada18. Le manque de grandes entreprises innovantes peut nuire à l'innovation des entreprises au Canada. Grâce à leur rôle déterminant dans les chaînes d'approvisionnement, ces entreprises peuvent stimuler l'innovation chez les plus petites entreprises. Leur présence est essentielle à l'implantation de grappes d'innovation et peut favoriser l'ancrage d'une culture de l'innovation dans les entreprises qui en font partie. Les grandes entreprises ont aussi plus de ressources pour investir, innover et exporter, et elles sont souvent plus productives que les petites. Elles peuvent donc générer des retombées économiques importantes, stimuler la compétitivité et créer des emplois.

Figure 2-6 : Proportion d'entreprises ayant introduit une innovation en matière de produits ou de procédés, de 2010 à 2012

Diagramme en barres de la proportion d'entreprises ayant introduit une innovation en matière de produits ou de procédés, de 2010 à 2012 (la description détaillée se trouve sous l'image)

Source : OCDE, Science, technologie et industrie : Tableau de bord de l'OCDE, 2015.

Description de la figure 2-6

Rendement au chapitre de l'innovation et compétitivité mondiale du Canada

Les entreprises récoltent le fruit de leurs investissements dans l'innovation, lorsque leur compétitivité et leur réussite sur le marché, surtout le marché international, s'en trouvent favorisées. Intuitivement, on peut présumer que les entreprises qui investissent dans l'innovation sont plus rentables et contribuent donc davantage à l'économie canadienne que celles qui ne le font pas. L'incidence du rendement des entreprises canadiennes en matière d'innovation sur la compétitivité mondiale du pays est évaluée en fonction de la croissance de la productivité et de la part de marché à l'exportation dans les industries de R-D. Les comparaisons internationales révèlent qu'en général, selon ces indicateurs, le Canada affiche un rendement inférieur à celui de ses concurrents.

Productivité

L'innovation est largement considérée comme un moteur de productivité, productivité elle-même essentielle à l'augmentation des salaires, à la rentabilité des investissements et à la prospérité économique à long terme. La mesure la plus courante de la productivité est la productivité de la main-d'œuvre, soit la quantité de biens et de services produite par la main-d'œuvre en une heure. Dans le secteur des entreprises, la productivité de la main-d'œuvre au Canada accuse un retard important sur la productivité de la main-d'œuvre aux États-Unis (la première équivalait à 71 % de la seconde en 2014)19. Au Canada, cette productivité n'a jamais atteint 80 % de celle des États-Unis depuis 2003.

Un facteur clé de la faible productivité de la main-d'œuvre canadienne est le ralentissement de la croissance de la productivité totale des facteurs (PTF) au Canada20. La PTF reflète l'innovation, car elle englobe des considérations comme l'utilisation de nouvelles technologies, les compétences en gestion, les changements dans l'organisation de la production et les économies d'échelle21.

En évaluant la croissance de la productivité, il est plus utile d'examiner de longues périodes que des années précises. De 1995 à 2013, une croissance annuelle moyenne de 0,6 % de la PTF a placé le Canada au 12e rang de 19 pays et à 60 % du seuil des cinq pays en tête du classement, soit la Corée, l'Irlande, la Finlande, les États-Unis et la Suède (voir la figure 2C de l'annexe 2)22.

Part de marché à l'exportation

De 2006 à 2013, pour ce qui est de sa part de marché à l'exportation dans les industries de R-D mondiales, le Canada a tantôt conservé le même rang, tantôt reculé par rapport aux autres pays, et son écart avec les cinq pays en tête du classement s'est creusé (voir la figure 2D de l'annexe 2). Le Canada est passé du 15e au 17e rang (de 41 pays) dans l'industrie pharmaceutique pour se situer à 15 % du seuil des cinq pays en tête du classement (par rapport à 19 % en 2006). Dans l'industrie de l'informatique, de l'électronique et de l'optique, il est passé de 16 % à 12 % de ce seuil et de la 15e à la 19e place. À l'inverse, il s'est classé en 2013 au cinquième rang dans l'industrie aérospatiale (rang conservé depuis 2006).

Conclusion

Bien qu'il y ait des différences d'une industrie à l'autre, le secteur privé canadien dans son ensemble n'investit plus dans la R-D et d'autres actifs cognitifs à un niveau qui soutient la concurrence mondiale. En plus de la baisse des investissements des entreprises dans la R-D, il est particulièrement inquiétant de voir que l'intensité du Canada relativement aux dirde a diminué de 2006 à 2013, au point que le Canada venait au 26e rang mondial et qu'il se situait à 36 % du seuil des cinq pays en tête du classement. En parallèle, la part de talents en STI dans le secteur privé était faible au Canada, qui se classait au 15e rang en 2012 et se situait à 66 % du seuil des cinq pays en tête du classement. Sur une note positive, les données montrent que les PME canadiennes étaient à l'avant-plan dans l'introduction d'innovations ayant trait à des produits et des procédés. Cependant, les grandes entreprises accusaient un retard par rapport à leurs concurrentes mondiales, plaçant le Canada au 19e rang dans cette catégorie. Enfin, malgré une certaine augmentation du financement public direct de la R-D des entreprises, le Canada a continué de traîner de la patte pour ce qui est de l'équilibre entre le financement direct et indirect.


1 Malick Souare et Weimin Wang, « Dépenses en R-D et investissements dans les M-M au sein des industries canadiennes de la fabrication ». Direction générale de la recherche économique et de l'analyse des politiques d'Industrie Canada, document de travail 2009-02. Retour au texte

2 Calculs du CSTI à partir des données de Statistique Canada et de la base de données pour l'analyse structurelle de l'OCDE, à l'aide de la 4e révision de la Classification internationale type, par industrie, de toutes les branches d'activité économique (CITI). Les autres pays pour lesquels l'OCDE a publié des données sont l'Autriche, la Belgique, la République tchèque, le Danemark, la Finlande, la France, l'Allemagne, la Hongrie, l'Italie, la Corée, les Pays-Bas, la Norvège, la Slovénie et la Suède. Retour au texte

3 Banque mondiale, Total des bénéfices tirés des ressources naturelles (% du PIB), 2014. Retour au texte

4 L'année 2007, plutôt que l'année 2006, est utilisée comme point de comparaison pour cet indicateur, car les données de 2006 sur l'industrie aérospatiale ont été omises. Retour au texte

5 Statistique Canada, Recherche et développement industriels : perspective, no 88-202-X au catalogue, 2015. Retour au texte

6 Centre d'étude des niveaux de vie, Database of Information and Communication Technology (ICT) Investment and Capital Stock Trends: Canada vs. United States, janvier 2014. Retour au texte

7 Statistique Canada, « Étude : L'intensité de l'investissement au Canada et aux États-Unis, 1990 à 2011 », Le Quotidien, 21 octobre 2014. Retour au texte

8 L'absence de données longitudinales empêche de faire une comparaison internationale des TIC en pourcentage du PIB au fil du temps. Retour au texte

9 Ces mesures comprennent un taux de croissance annuel composé sur cinq ans, une croissance des revenus avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement, et une croissance de la capitalisation boursière (pour les sociétés ouvertes). Retour au texte

10 Sorin Cohn et Bruce Good, Metrics for Firm-Level Business Innovation in Canada. Le Conference Board du Canada, décembre 2013. Retour au texte

11OCDE, Principaux indicateurs de la science et de la technologie (consulté le 4 février 2015). Retour au texte

12 OCDE, Principaux indicateurs de la science et de la technologie (consulté le 4 février 2015). Retour au texte

13 OCDE, Science, technologie et industrie : Tableau de bord de l'OCDE, 2015; OCDE, Science, technologie et industrie : Perspectives de l'OCDE, 2010. Retour au texte

14 Les données sur le financement indirect excluent les encouragements fiscaux estimés pour la R-D à l'échelle infranationale (provinciale, par exemple). Retour au texte

15 OCDE, Science, technologie et industrie : Tableau de bord de l'OCDE, 2015. En raison de fluctuations considérables dans les données rapportées par l'OCDE au fil du temps, aucune année de comparaison n'est utilisée pour les données mondiales sur le capital de risque. Retour au texte

16 Industrie Canada, Moniteur du capital de risque, 4e trimestre de 2014. Retour au texte

17 Toute comparaison entre les pays doit être interprétée avec précaution, car la période de référence varie selon les pays. Les activités et les entreprises visées diffèrent aussi d'un pays à l'autre. Par exemple, les données sur le Canada n'englobent que les entreprises d'au moins 20 employés et avec un revenu de 250 000 $ ou plus. Retour au texte

18 The Boston Consulting Group, The Most Innovative Companies 2014: Breaking through Is Hard to Do, octobre 2014. Retour au texte

19 Centre d'étude des niveaux de vie, Aggregate Income and Productivity Trends, Canada vs. United States, mai 2015. Retour au texte

20 John R. Baldwin, Wulong Gu, Ryan MacDonald et Beiling Yan, La revue canadienne de productivité – Qu'est-ce que la productivité? Comment la mesure-t on? Quelle a été la productivité du Canada pour la période de 1961 à 2012? Statistique Canada, no 15-206-X au catalogue, no 38, 2014. Retour au texte

21 John R. Baldwin, Wulong Gu et Beiling Yan, La revue canadienne de productivité – Guide de l'utilisateur pour le Programme annuel de la productivité multifactorielle de Statistique Canada, Statistique Canada, no 15-206XIE au catalogue, no 14, 2007. Retour au texte

22 OCDE, Croissance du PIB par tête, de la productivité et des CUM (consulté le 22 octobre 2015). Retour au texte