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L'état des lieux en 2014

Le système des sciences, de la technologie et de l'innovation au Canada : Défis et occasions en matière d'innovation au Canada

Chapitre 5 : Conclusion — bâtir l'avenir du canada grâce aux sciences, à la technologie et à l'innovation

Les sciences, la technologie et l'innovation (STI) stimulent la productivité et la compétitivité, en plus d'apporter des solutions aux défis liés à la santé, à l'environnement et à la société. Pour assurer un niveau et une qualité de vie supérieurs à ses habitants, le Canada doit rechercher de façon proactive (et obtenir) un avantage concurrentiel durable en STI, en plus de joindre les rangs des pays les mieux classés.

L'état des lieux en 2014 confirme les observations des rapports précédents : le Canada possède de solides bases quant à la formation de sa population et à la qualité de sa production de connaissances. Les Canadiens peuvent en être fiers, sans toutefois tomber dans la complaisance. Il faut investir dans le maintien et le rehaussement de l'excellence. Ces dernières années, d'autres pays ont augmenté leur financement de la recherche-développement (R-D) plus rapidement que le Canada, comme en témoigne la baisse du classement relatif du Canada (c'est-à-dire sa compétitivité) en ce qui a trait aux indicateurs de financement de la R-D. Le Canada doit suivre le rythme en accroissant ses investissements de façon à assurer et à renforcer ses avantages concernant les connaissances et les talents.

À l'échelle mondiale, le Canada n'est pas compétitif sur le plan de l'innovation des entreprises. Pour ce qui est des facteurs de réussite dans ce domaine, l'écart se creuse entre le Canada et ses concurrents mondiaux…

Pour le Canada, l'innovation des entreprises représente l'enjeu majeur dans le secteur des STI. L'analyse fournie dans le présent rapport confirme une conclusion alarmante : à l'échelle mondiale, le Canada n'est pas compétitif sur le plan de l'innovation des entreprises. Pour ce qui est des facteurs de réussite dans ce domaine, l'écart se creuse entre le Canada et ses concurrents mondiaux, particulièrement les cinq pays en tête du classement.

L'innovation des entreprises est essentielle pour que le Canada puisse convertir ses avantages quant aux connaissances et aux talents en gains de productivité et en produits commercialisables qui assureront sa prospérité. Le Canada doit augmenter le nombre d'entreprises qui utilisent et gèrent l'innovation comme stratégie de compétitivité et de croissance. Toutefois, les efforts déployés collectivement pour améliorer le rendement au chapitre de l'innovation des entreprises ne semblent avoir eu que très peu d'effets, voire aucun. Il est évident que nous n'avancerons à rien en faisant toujours les mêmes choses de la même façon. Nous devons revoir sérieusement notre façon de procéder si nous voulons améliorer le rendement du Canada en ce qui concerne l'innovation des entreprises.

Tous les acteurs ont leur rôle à jouer dans l'amélioration du mauvais rendement du Canada en innovation des entreprises et dans le renforcement de ses avantages dans les domaines des connaissances et des talents. L'écosystème des STI est un ensemble d'éléments complexes, dynamiques et interdépendants de concurrence et de collaboration. Bien que, pour réussir, tous les acteurs doivent viser l'excellence dans leurs domaines respectifs, ils doivent aussi collaborer étroitement, sur le modèle d'un système, pour effectuer des changements. Il ne s'agit pas simplement d'augmenter la collaboration, mais d'intégrer les organisations, les activités et les mécanismes de financement dans un ensemble plus cohérent et coordonné. De leur côté, les gouvernements, les établissements d'enseignement supérieur et les entreprises doivent créer et mettre en œuvre des programmes d'une manière plus stratégique. L'adoption d'une approche systémique permettra d'accroître les retombées des investissements en STI.

Pour améliorer le rendement du Canada en STI, il faut bien connaître et comprendre les progrès qu'il a réalisés dans ce domaine, de même que les défis et les occasions qui se présentent. Comme le mentionne le présent rapport, cette compréhension est limitée à certains égards par l'absence de données fiables concernant le Canada et les autres pays. C'est pourquoi il faut grandement améliorer la collecte et l'analyse de données sur les STI au Canada et à l'étranger.

Par exemple, dans le domaine de la santé, l'administration fédérale a créé l'Institut canadien d'information sur la santé, qui recueille des données pertinentes et utiles selon une méthode normalisée auprès de l'ensemble des provinces et des territoires. Voilà qui permet de mieux comprendre l'état du système de santé au Canada, c'est-à-dire les points à améliorer ainsi que les mesures prises et les progrès réalisés. Le temps est venu d'entreprendre une initiative semblable pour compiler et analyser les données sur les STI et ainsi réellement mesurer le rendement du Canada. Ce qui n'est pas mesurable n'est pas gérable.

Stratégie d'avenir

Innovation des entreprises

La grande priorité pour le Canada en STI est d'augmenter le nombre d'entreprises qui utilisent et gèrent l'innovation comme stratégie de compétitivité et de croissance.

La grande priorité pour le Canada en STI est d'augmenter le nombre d'entreprises qui utilisent et gèrent l'innovation comme stratégie de compétitivité et de croissance. Cette responsabilité revient d'abord au secteur privé, mais les gouvernements ont aussi un rôle incitatif à jouer. Pour arriver à stimuler l'innovation, les gouvernements doivent d'abord favoriser une culture axée sur l'innovation et reconnaître l'importance des STI au sein de leur propre administration.

Le Canada devrait adopter trois stratégies de base pour améliorer le rendement des entreprises en innovation :

Réduire l'écart de l'investissement des entreprises dans l'innovation

L'innovation est indispensable à l'augmentation de la part de marché et des profits dans une économie de plus en plus concurrentielle et axée sur le savoir. Les dépenses intra-muros de R-D du secteur des entreprises (DIRDE) sont les plus étroitement liées à l'innovation ayant trait à des produits et des procédés. Le secteur privé canadien se doit donc d'accroître considérablement ses investissements en R-D (comme le montre l'indicateur cible de l'intensité des DIRDE). Comme le mentionne le chapitre 2, une grande industrie des ressources naturelles n'est pas un obstacle à l'augmentation de l'intensité des DIRDE. En effet, compte tenu de l'importance stratégique de son industrie des ressources naturelles, le Canada devrait être un chef de file en STI dans ce secteur.

Les entreprises doivent également investir davantage dans les technologies de l'information et des communications (TIC) (comme en témoigne l'indicateur cible de l'intensité des investissements dans les TIC), qui favorisent l'innovation et la croissance de la productivité. L'augmentation des dépenses en R-D et en TIC stimulera la demande dans l'industrie pour des talents de premier ordre et renforcera la capacité des entreprises à tirer le meilleur parti de ces talents. Ces changements se traduiront par un rendement accru du Canada quant à l'indicateur cible des ressources humaines en sciences et technologie et au sous-groupe des chercheurs dans l'industrie.

Les associations professionnelles du Canada doivent être davantage proactives et aider leurs membres à comprendre l'importance de l'innovation et la façon de bien la gérer, tout en leur fournissant les réseaux et les outils nécessaires. Voici des exemples d'initiatives à entreprendre :

  • « jumelage » visant à encourager les grandes entreprises à se procurer de nouvelles technologies auprès de petites et moyennes entreprises (PME) innovantes;
  • mentorat permettant aux gens d'affaires d'expérience de donner des conseils pratiques aux entrepreneurs et aux PME sur la commercialisation des idées et le développement de sociétés innovantes;
  • occasions d'intégration pour aider les entreprises (surtout les PME) à trouver et à embaucher des personnes talentueuses en STI.
Rétablir l'équilibre entre le financement public direct et indirect de la R-D des entreprises

Même si la décision d'investir dans l'innovation relève des entreprises, les gouvernements peuvent faire appel à des mécanismes de financement direct et indirect pour soutenir et encourager la R-D dans le secteur privé. Bien que le financement direct soit aussi important que le financement indirect, le Canada se fie davantage au soutien indirect (c'est-à-dire au système fiscal) que les autres pays. Les administrations fédérale et provinciales doivent rétablir l'équilibre entre le financement direct et indirect, de façon à offrir un meilleur soutien direct aux entreprises pour leurs projets de R-D qui comportent des risques et des avantages élevés. Grâce au soutien direct, le secteur public et le secteur privé peuvent se partager les risques liés à la recherche et au développement d'une nouvelle génération de produits et de procédés. Le financement direct, accordé en fonction de l'excellence concurrentielle, peut aussi encourager l'innovation en récompensant les entreprises les plus innovantes.

Pour rétablir l'équilibre entre le financement direct et indirect de la R-D des entreprises, les gouvernements doivent apporter un soutien additionnel aux projets dont les retombées seront les plus importantes. Ils doivent donc cibler les industries de grande valeur pour l'économie canadienne, en tirant parti de leurs forces en R-D et en innovation. De plus, ils doivent étudier à fond le rendement des petites et grandes entreprises quant à l'introduction d'innovations relatives à des produits et des procédés. Les données révèlent que les grandes entreprises du Canada accusent du retard par rapport à leurs concurrentes mondiales, tandis que les PME figurent en tête de liste. Ces observations suggèrent que les administrations canadiennes doivent avant tout travailler à améliorer le rendement des grandes entreprises au chapitre de l'innovation et à favoriser la croissance des PME innovantes. Le Canada doit augmenter le nombre de grandes entreprises innovantes en vue de favoriser la compétitivité et la croissance de l'emploi, puisque les grandes entreprises sont souvent plus productives et qu'elles ont tendance à investir et à exporter davantage que les PME.

Encourager la prise de risques et la recherche du succès

L'adoption de l'innovation comme stratégie de compétitivité et de croissance exige des entreprises qu'elles soient fondamentalement moins prudentes et plus ambitieuses. Pour y arriver, elles doivent être en mesure de comprendre l'innovation et de bien en gérer tous les aspects à chacune des étapes de leur croissance.

Rappelons que cette responsabilité revient aux entreprises, mais que d'autres acteurs de l'écosystème des STI peuvent apporter leur contribution. L'industrie du capital de risque du Canada peut aider à instaurer une culture de l'innovation des entreprises, axée sur la prise de risques calculés et l'ambition, en appuyant de façon plus active les entreprises canadiennes à potentiel élevé qui ont des idées novatrices et en les encadrant dans le processus d'innovation. Les gouvernements fédéral et provinciaux peuvent encourager la recherche du succès en contribuant à atténuer les risques associés à la R-D. Pour ce faire, ils doivent augmenter le financement direct des projets à risques et à avantages élevés. Si elles veulent encourager l'innovation dans l'industrie, les administrations fédérale et provinciales doivent elles-mêmes appuyer l'innovation. Plus particulièrement, elles doivent encourager l'innovation et la recherche du succès dans les entreprises grâce à des mécanismes d'approvisionnement plus innovateurs et moins prudents. Les gouvernements canadiens peuvent prendre exemple sur les gestionnaires de la Defense Advanced Research Projects Agency aux États-Unis, qui sont non seulement encouragés à rechercher des technologies à risque élevé ayant des chances d'insuccès, mais aussi mandatés pour le faire.

La formation est essentielle à la promotion d'une telle culture de l'innovation qui assurera la compétitivité du Canada. L'innovation et l'entrepreneuriat doivent être des compétences essentielles à tous les niveaux de formation. Les établissements d'enseignement, en collaboration étroite avec le secteur privé, doivent élaborer des programmes qui intègrent les connaissances scientifiques et technologiques à un ensemble plus large de compétences en affaires, en entrepreneuriat et en commercialisation et qui favorisent la créativité, la prise de risques calculés et la recherche du succès. L'apprentissage formel doit venir compléter l'apprentissage pratique intégré au travail offert par l'employeur. Tous les ordres de gouvernement doivent proposer davantage d'incitatifs qui encouragent les entreprises à offrir aux élèves et aux diplômés des occasions d'apprentissage intégré au travail et qui permettent aux entreprises, surtout aux PME, d'embaucher et d'intégrer des personnes talentueuses en STI.

Connaissances et talents

La priorité la plus urgente est d'améliorer le rendement du Canada pour ce qui est de l'innovation des entreprises. Cependant, il ne faut pas négliger les deux autres piliers de l'écosystème des STI : nous pouvons et devons assurer et renforcer les avantages du Canada en ce qui concerne les connaissances et les talents. Voici les deux grandes stratégies à adopter à cet égard :

Élever les niveaux d'investissement dans la recherche-développement du secteur de l'enseignement supérieur (DIRDES)

Les investissements en R-D et en talents dans le secteur de l'enseignement supérieur aident à établir une bonne base de connaissances pour tous les secteurs de l'écosystème des STI du Canada. Bien que les niveaux de financement fédéral et provincial associés aux DIRDES aient continué d'augmenter, cette hausse ne suffit pas à maintenir le rythme des autres pays qui y consacrent plus de ressources plus rapidement. Les administrations canadiennes doivent renouveler leur engagement envers la R-D dans le secteur de l'enseignement supérieur. Cet engagement, représenté dans l'indicateur cible de l'intensité des DIRDES, est vital au maintien de l'infrastructure intellectuelle dont le Canada a besoin pour demeurer compétitif dans l'économie du savoir.

Investir de façon stratégique

Il ne s'agit plus seulement d'investir. Pour améliorer le rendement du Canada en STI dans la mesure souhaitée par le Conseil des sciences, de la technologie et de l'innovation (CSTI), il faut investir différemment, d'une manière plus stratégique et cohérente, qui maximisera les retombées des investissements pour l'écosystème des STI. Tout commence par un changement fondamental d'attitude et de méthode. Tout d'abord, compte tenu de la petite taille de l'économie canadienne, il faut cibler les investissements afin d'offrir des perspectives et des avantages compétitifs à l'échelle mondiale, ces deux éléments étant primordiaux. Tout en respectant le principe de l'excellence, il faut mettre l'accent sur les priorités et prendre des décisions difficiles quant à la réaffectation de ressources aux endroits où elles seront les plus utiles.

Certaines initiatives prometteuses lancées par le gouvernement fédéral au cours des dernières années pourraient aider à renforcer la capacité dans les domaines clés. Citons entre autres les chaires d'excellence en recherche du Canada et le Fonds d'excellence en recherche Apogée Canada, tous conçus pour soutenir les chercheurs éminents et les programmes de recherche ambitieux dans les établissements d'enseignement supérieur. Bien que ces initiatives constituent un pas en avant, elles ne suffisent pas à permettre au Canada d'atteindre le niveau souhaité pour réellement concurrencer les autres pays. D'autres mesures s'imposent, notamment l'augmentation des investissements dans les universités les mieux placées pour joindre les rangs des meilleurs établissements de recherche au monde.

Ensuite, l'idée d'investir différemment repose sur l'approche systémique décrite précédemment : il faut intégrer les organisations, les activités et les mécanismes de financement à l'écosystème des STI de manière plus cohérente. Chaque administration canadienne doit s'assurer que ses programmes de soutien de la R-D et de l'innovation sont conçus de façon à ce que la recherche, les talents, l'infrastructure et les mécanismes de commercialisation soient interreliés et se complètent. Les gouvernements fédéral et provinciaux doivent collaborer plus étroitement à la conception et à la mise en œuvre de programmes de soutien de la R-D et de l'innovation axés sur les résultats. En outre, les programmes publics doivent à la fois favoriser et forcer la collaboration entre les chercheurs universitaires, industriels et gouvernementaux grâce à des mécanismes de financement qui ne viennent pas nuire (même involontairement) à l'établissement de partenariats. Ce type d'approche systémique doit aussi être adopté pour les utilisateurs des programmes. Chaque établissement d'enseignement supérieur doit planifier de façon stratégique, à l'aide de programmes gouvernementaux, le renforcement de sa capacité dans les domaines où un changement significatif est possible. Les établissements d'enseignement supérieur doivent également collaborer davantage entre eux et avec les chercheurs de l'industrie et du secteur public.

Conclusion

Un écosystème des STI solide et dynamique est essentiel à la prospérité économique du Canada et à la qualité de vie élevée de ses citoyens. Tous les acteurs des STI ont leur rôle à jouer dans l'amélioration du mauvais rendement du Canada en innovation des entreprises et dans le renforcement de ses avantages dans les domaines des connaissances et des talents. La mise en œuvre d'un changement est exigeante et compliquée, mais elle est manifestement urgente. Le CSTI croit que le Canada doit et peut relever le défi.